Critiques

Mogwai

As the Love Continues

  • Temporary Residence Ltd
  • 2021
  • 61 minutes
7,5

Quelque 25 ans de carrière, et maintenant dix albums studio derrière la cravate (sans compter une foule de projets parallèles), voilà le parcours d’un des pères fondateurs du post-rock, Mogwai, qui vient de lancer As the Love Continues, successeur du très réussi Every Country’s Sun (2017). Si la formule n’a pas beaucoup changé, la bande prouve qu’elle a encore la main pour le rock tumultueux et épique.

Ainsi donc, quatre ans se sont écoulés depuis Every Country’s Sun, même si on a un peu l’impression que les Écossais nous sortent un album par année, en raison de la quantité de films, documentaires ou séries pour lesquels ils ont signé la bande sonore (Atomic, KIN, ou encore plus récemment ZeroZeroZero). Certes, le post-rock se prête bien au jeu de la trame sonore (Friday Night Lights ne serait pas un aussi bon film sans les chansons d’Explosions in the Sky), mais il y a aussi le risque pour un groupe de se cantonner dans un rôle de soutien sur ses propres albums, là où sa musique ne bénéficie d’aucun support visuel pour renforcer son pouvoir émotif.

Si Mogwai s’est d’abord fait connaître pour sa capacité à créer de longues pièces qui se déploient lentement selon les principes de la répétition et des montées d’intensité, le groupe s’est tourné depuis quelques années vers une approche plus accessible, avec des titres plus courts et l’intégration d’éléments électroniques. Les résultats n’ont pas toujours été probants (Rave Tapes), mais le groupe a au moins le mérite de tenter de faire évoluer les codes du genre qu’il a lui-même contribué à ériger.

Cela dit, Mogwai est un groupe qui avance à petits pas et son carré de sable demeure somme toute restreint. Ainsi, As the Love Continues poursuit dans le sillon creusé par Every Country’s Sun. Encore une fois, le groupe a confié la réalisation au vénérable Dave Fridmann (Mercury Rev, The Flaming Lips, MGMT, Sleater-Kinney). Une telle décision se justifie pleinement, Fridmann ayant contribué à cimenter le son classique de Mogwai sur le solide Rock Action en 2001. Leur complicité reste intacte sur As the Love Continues, dont la production parvient à trouver le fragile équilibre entre les titres plus atmosphériques (Dry Fantasy; Fuck Off Money) et ceux dominés par les guitares rugissantes (Drive the Nail; It’s What I Want to Do, Mum).

Considéré comme un tout, As the Love Continues se veut une sorte de condensé des différentes personnalités musicales de Mogwai. Ritchie Sacramento est une chanson très réussie, aux accents presque shoegaze, et étonnamment conventionnelle dans sa forme (l’équivalent de ce qu’était Party in the Dark sur Every Country’s Sun). Il y a aussi Ceiling Granny, dont le rock direct, brut et concis (pas de long crescendo ici!) évoque un peu Glasgow Mega-Snake, de l’album Mr. Beast (2006).

As the Love Continues ne contient pas vraiment de faux pas, à part peut-être Here We, Here We, Here We Go Forever, qui agace l’oreille avec sa batterie électronique et son abus d’effets distordus. Mais c’est en deuxième partie que le disque atteint sa vitesse de croisière avec le triptyque composé de Midnight Flit (brillants arrangements de cordes), Pat Stains (avec le saxophoniste Colin Stetson, malheureusement un peu perdu dans le mix) et l’excellente Supposedly, We Were Nighmares.

Bref, Mogwai fait du Mogwai, et le fait bien. La recette est connue, mais elle n’est pas usée. Ça n’a évidemment plus la puissance de Mogwai Young Team ou Come On Die Young, mais pour un groupe identifié à un genre très précis, on peut dire que la bande à Stuart Brathwaite vieillit plutôt bien, comme un bon spiritueux. Hasard ou pas, le groupe a lancé en 2014 sa propre gamme de whisky 9 ans. Ils ont aussi sorti un rhum, mais moins réussi, paraît-il. Voilà, vous savez tout maintenant.

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