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Critiques

Mary in the Junkyard

Role Model Hermit

  • AMF Records
  • 2026
  • 45 minutes
8
Le meilleur de lca

Depuis quelques mois, le jeune groupe mary in the junkyard nous offre des bribes de ce que l’on allait retrouver dans leur tout premier album, Role Model Hermit. Ce trio londonien avait franchement mis la table pour un projet aussi novateur qu’intrigant, et cette sortie va au-delà de ce qui nous était promis.

Il est difficile d’étiqueter la proposition de ce groupe. Art Rock? Shoegaze? Indie Folk? C’est un peu des trois par moments, mais ça importe peu. Cet hybride de genres, encore surprenant après plusieurs écoutes, est justement ce qui invite à en donner une autre à ce projet. On a l’impression de déballer un cadeau sans jamais arriver à identifier ce qui se trouve entre nos mains.

Après avoir sorti en 2024 leur premier EP, this old house, certains ont comparé le groupe à Big Thief et Wolf Alice. On pourrait aussi y voir des touches de Rilo Kiley ou encore des Pixies, quoique plus sombres et moins entrainants. Chose certaine, mary in the junkyard présente ici un son qui lui est propre. C’est suffisamment diversifié pour ne pas s’ennuyer de la première à la onzième piste et assez cohérent pour y voir une direction assumée de la part du jeune trio.

Les guitares distordues, les violons et les grooves de rock alternatif forment la base pour la plupart des morceaux. On n’est pas trop dépaysé en écoutant uniquement les pistes instrumentales. Là où ça se « gâte », c’est lorsqu’on suit la chanteuse et multi-instrumentaliste Clari Freeman-Taylor. Dans Mouse, elle nous décrit l’attachement qu’elle aurait eu avec une souris dans sa vie antérieure. Sur Crash Landing, il est plutôt question de rupture amoureuse et de masculinité toxique. On peut donc dire que tout ce qui se trouve entre ces deux pôles, c’est son terrain de jeu. Et elle s’amuse avec le fond autant qu’avec la forme. Ses imprévisibles mélodies sont parfois narrées ou chuchotées et sa justesse vocale, volontairement compromise par moments, caractérisent l’originalité de la proposition.

Dans la première moitié de l’album, Blood et Seek And Destroy s’enchainent en présentant un son rock alternatif qui s’intensifie avec les minutes. C’est accessible sans être cliché. Ça donne le ton, même si on ne retrouve pas cette exacte ambiance dans le reste du disque, et ce n’est pas plus mal.

New Muscles, parue quelques semaines avant l’album, a tout ce qu’il faut pour nous fidéliser. Le rythme trip-hop, les voix qui s’harmonisent avec les violons lors du refrain et l’imagination du groupe traduite dans le texte sortent du lot.

I embrace the thunder and the lightning
I will make it so hard to forget me>
I am a creature of only instinct
I could take you down with one finger
— New Muscles

La deuxième moitié du projet est amorcée avec la remarquable Crash Landing. La réverbération sur la guitare et les chœurs forment un pont vers la dream pop, un peu à la Beach House, que le groupe utilise brillamment tout en conservant sa signature. La chanson Welcome Break qui la succède est d’autant plus impressionnante. En écoutant les premières secondes, on se croirait tout droit sorti d’Amnesiac ou d’In Rainbows de Radiohead. La chanteuse nous offre une performance vocale toute en finesse malgré la puissante charge instrumentale qui l’entoure.

L’énergie de l’album s’atténue avec Candelabra, la plus délicate du projet. Le trio adopte pour la première fois une production plus minimaliste, alliant uniquement guitare sèche et voix. On a l’impression d’être avec eux en studio en entendant les ricanements et le raclement de gorge de la chanteuse au début de l’enregistrement. L’ayant écrite à seulement 17 ans, Freeman-Taylor raconte le manque et ses comportements autodestructeurs en amour. C’est d’ailleurs l’une des toutes premières chansons du groupe, comme si on demandait d’être davantage impressionné.

Role Model Hermit ne donne pas l’impression d’être un premier album, dans le meilleur sens possible. Mary in the junkyard a certainement acquis une belle expérience en assurant la première partie du groupe Wet Leg lors de leur tournée internationale l’année dernière. Ce trio nous sert aujourd’hui un projet unique et moderne, comme un portrait de sa fantaisie, où le jeune âge des membres du groupe ne reflète en rien le niveau de cette sortie.

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