Mantisse
Les fleurs préférées de ma mère
- 117 Records
- 2026
- 40 minutes
On connaît Mantisse comme membre de LaF, groupe avec lequel il a fait paraître plusieurs albums au cours des sept dernières années. Le rappeur avait fait une première aventure en solo en 2022 avec Colin-Maillard, un album toujours plutôt versé dans le rap, mais qui déjà laissait entrevoir qu’il avait aussi envie de chanter. Les refrains de plusieurs chansons en particulier donnaient cette impression. Voici que quatre ans plus tard, Mantisse lance un album de folk-pop-rock qui mise sur approche très différente de ce qu’il a présenté auparavant.
Avec l’aide de son coloc, un certain Étienne Coppée, et une équipe de studio qui mise sur François Lafontaine, Marie-Pierre Arthur, Velours Velours, Arnaud Castonguay (O.G.B.) et son complice dans LaF Bnjmn.lloyd, il a accouché d’un album où la douceur occupe une place centrale. Peu importe les sujets abordées, allant des amours malheureux à la quête de son identité, Mantisse livre toujours le tout avec une certaine délicatesse.
Ce qu’on remarque, c’est qu’il y a eu un certain travail vocal qui a été fait en amont de l’album. Il semble beaucoup plus confiant que sur Colin-Maillard, comme le démontre Drop où il chante la tergiversation par rapport à une relation.
est-ce qu’on s’imagine
ensemble dans cette prison
le feu on l’alimente
jusqu’au dernier charbon
— Drop
Le tout arrive avec une instrumentation aux arrangements orchestraux qui n’est pas sans rappeler Harmonium. C’est un peu la même chose qui se passe sur Vienne sans les orchestrations qui sont remplacées ici par des échantillons de voix qui viennent ponctuer un passage.
Parmi les moments réussis de l’album, on retrouve la délicate Septembre où il chante avec une voix aigüe l’amour à son plus embrasé. On retrouve aussi Le nom d’un chien qui repose principalement sur une guitare acoustique qui est doublée d’un piano et des synthétiseurs. Puis, les voix en chœur viennent renforcer celle de Mantisse au refrain.
S’il y a une critique à faire, c’est qu’on reconnait beaucoup Étienne Coppée derrière l’album, autant dans l’approche de Mantisse que dans les orchestrations. C’est parfois un peu trop près de ce que propose l’auteur-compositeur-interprète. C’est le cas sur Comment, mais, en général, il y a cette couleur. C’est un peu normal, après tout, c’est la première fois que Mantisse se lance dans cette direction musicale et il emprunte aux autres certains tours. Ce n’est pas tragique ni unique, mais on le reconnaît tout de même.
L’autre chose un peu étrange est Poème qui arrive comme un cheveu sur la soupe à la fin de l’album et qui soudainement donne le parquet à Lisa Detzel-Varouxis. Elle écrit bien et livre habilement son texte. Mais, je peine à comprendre le pourquoi du comment de cette invitation sur laquelle Mantisse est seulement à la guitare. Peut-être que ça vient de la manière de travailler en rap où les invitations sont fréquentes, mais c’est comme si la dernière pièce d’un album de LaF était soudainement chantée par Pierre Lapointe. Ça ne fait pas de la pièce une mauvaise chose en soi, c’est simplement étrange comme choix.
Au final, on peut dire que Mantisse réussit cette nouvelle aventure qui verse davantage dans un folk-pop-rock québécois. On découvre une voix convaincante et un côté de la personnalité du rappeur très différent. C’est un album versé dans l’émotion et dans une délicatesse agréable.