Critiques

Laurence Nerbonne

Feu

  • Coyote Records
  • 2019
  • 44 minutes
8
Le meilleur de lca

Laurence Nerbonne revient avec du nouveau matériel plus badass que jamais. Écrit, composé et réalisé de façon autodidacte, Feu, son deuxième album, risque de faire jaser. Sans filtre et provocatrice, Nerbonne adopte un style plutôt hip-hop qu’on ne lui connaissait pas. Pleins feux sur un album qui se taille déjà une place dans mon top 2019.

C’est en novembre dernier que Fausses idoles, premier extrait de Feu est sorti, et ça a surpris un peu tout le monde : Laurence Nerbonne rappe de manière assumée avec un flow qui n’a rien à envier aux plus grands et des paroles assez directes. L’image de chanteuse pop que l’artiste s’était donnée sur son précédent album, XO (paru en 2016 et gagnant du Juno du meilleur album francophone en 2017) est maintenant rompue.

Toutefois, il ne faut pas associer la chanteuse à un style en particulier. Laurence Nerbonne sait adopter les nouvelles tendances tout en se réinventant. Selon elle, Feu est un reflet de ce qu’est la pop en 2019 : un mélange des genres. On sent bien que, pour cet album, Nerbonne a voulu se gâter, se faire plaisir et se défouler. Elle porte néanmoins toujours un regard pertinent et réel à chaque situation. Oui, Feu est destiné au grand public, mais on sent avant tout que c’est un album pour elle. Elle rappe de façon tranchante, mais les chansons Danser à contretemps, Semblant ou Recommencer sont d’ailleurs plus pop, plus émotives et moins dénonciatrices que les autres.

Dès la première écoute de Feu, on peut reconnaître les inspirations dans le matériel qui se fait du côté anglophone avec Drake, Missy Elliot, Cardi B, etc. Avec cet album, Laurence Nerbonne emprunte un chemin qu’aucune femme n’a emprunté au Québec jusqu’à maintenant : s’assumer avec un album (en partie) hip-hop francophone brut et provocateur à souhait.

Rappelez-vous lorsque Loud a lancé Une année record, les critiques étaient unanimes : il allait écrire l’histoire du rap québécois et propulser sa musique partout dans la francophonie. L’album était soi-disant excellent, mais ne serait-il pas pertinent qu’on réserve le même accueil à Feu, mais surtout, à Laurence Nerbonne ? Tout à fait.

Le ton et l’arrogance qu’ont en commun Loud et Nerbonne ça peut faire frissonner les frileux, particulièrement dans le cas de cette dernière. Pourquoi ? Parce que Laurence Nerbonne est une femme. Oui, c’est une raison stupide. On ne devrait pas avoir à en parler. L’album est un vent de fraîcheur et fait du bien. On se dit : ENFIN quelqu’un qui ose et qui repousse les limites !

La chanson Back off est assez poignante. C’est une flèche lancée à Louis-Jean Cormier (qui avait répondu, en entrevue à La Presse, être en désaccord avec la parité hommes-femmes dans les festivals), mais c’est plus que ça. C’est une critique des festivals eux-mêmes qui ont des têtes d’affiche presque totalement masculines.

« Jamais l’acte principal depuis Céline, c’est zéro. (…)

Qu’est-ce que les gens vont dire d’une fille macho? »

Back Off

De son côté, la chanson #Metoo est une dénonciation de l’industrie en général, pour qui, les standards préconçus dominent encore. Nerbonne critique le fait que la voix des femmes soit si peu écoutée et qu’il soit facile de les blâmer pour tout et rien. 

« Les galas te feront jamais gagner

Les radios te feront jamais tourner

T’es trop grosse pour faire de la télé

Pour une fille t’es capable de rapper (…)

Toutes les femmes en moi sont fatiguées

Elles sont pas folles elles sont révoltées

Tu peux commencer par écouter 

#metoo

Feu, c’est un excellent album : toutes les chansons s’écoutent bien, les textes sont réfléchis et poignants, les rythmes sont à point, bref, c’est un véritable bijou. C’est aussi un album qui agit un peu comme un modèle pour les autres femmes qui voudraient s’affirmer de la sorte. Avec Feu, Laurence Nerbonne s’amuse, dénonce et ose.

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