Critiques

Jeff Rosenstock

NO DREAM

  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

Bien souvent, la pop-punk propose une litanie de mélodies enfantines qui, appuyée par un enrobage faussement abrasif, provoque une irritation sonore chez l’auteur de ces lignes. Les fabricants de fringues à la mode, de baskets « tendances » et de skateboards ont profité grandement de l’édulcoration du mouvement punk. En fait, ce sont tous ces « marchands du temple » qui ont provoqué la dénaturation de ce genre musical qui, à ses balbutiements, constituait un puissant mégaphone pour tous les laissés pour compte du capitalisme.

Quand le marketing et le corporatisme s’en mêlent, c’est habituellement le début de la fin, et ce, pour n’importe quel mouvement artistique.

Et il y a Jeff Rosenstock. Le musicien roule sa bosse depuis 1995 et a entamé une carrière solo en 2005 avec l’album We Cool. En 2016, il enchaînait avec Worry pour finalement nous offrir au début de 2017, l’excellent Post-; une création power-pop-punk dédiée aux lendemains sociopolitiques qui déchantent. L’homme se démarque de ses semblables en raison de son engagement politique de tous les instants et aussi grâce à son interprétation aussi harmonieuse que venimeuse. De plus, Rosenstock a l’ambition de redonner un peu de pertinence à un genre qui, soyons francs, en a grandement besoin.

Jeff Rosenstock nous réservait une surprise la semaine dernière : l’avènement d’un nouvel album intitulé NO DREAM. Il avait procédé de la même manière avec Post-. Le punk-rocker a confié la réalisation de sa création à son bon ami « Grammy Jack » Shirley qui a travaillé avec Deafheaven, entre autres.

Rosenstock a convié son groupe dans un immense espace afin d’enregistrer ses nouvelles chansons en format « live ». Dès les premières écoutes, vous constaterez la parfaite cohésion qui unit le compositeur et ses instrumentistes. D’ailleurs, c’est la principale force de ce NO DREAM : l’irréprochable performance de la formation.

Fidèle à son habitude, le parolier pioche sans ménagement sur les politiques migratoires du « Grand Orange » qui sévit chez nos voisins du Sud, s’en prend à la consommation effrénée d’une certaine caste de preneurs et s’amuse gentiment aux dépens de cette gauche bien-pensante, et bien peu rassembleuse, qui souhaiterait vivre dans une société parfaitement javellisée, nettoyée de toutes formes d’excès.

Dans Nikes (Alt), Rosenstock dénonce tous ces punks inauthentiques et embourgeoisés qui s’empressent de combler leur vide intérieur par l’achat compulsif :

« Looking for a dream that won’t morph to a nightmare

Lying to myself about things that I love

Cause I’m distracted by public displays of happiness

So I scar the internet for a new pair of Nikes

Status symbol shit that I say I’m above

Disown control

Oh no

Oh no

I’m fucking full of shit »

Nikes (Alt)

Et l’espoir est difficilement perceptible pour un idéaliste comme Rosenstock. Ainsi, dans NO DREAM, l’artiste s’en prend au mode de vie capitaiste qui transforme le citoyen en consommateur désespéré :

« The only endgame for capitalism is dystopia

And we know all about but we just don’t know what to do.

What can we do ?

What can we do ? »

NO DREAM

NO DREAM alterne entre la power-pop mélodique du début des années 2000 et le punk hardcore du début des années 80. On note même une affection profonde pour la formation californienne Dead Kennedys. Ça s’entend clairement dans la pièce-titre.

Parmi les autres réussites de cet excellent cru de Rosenstock, le refrain de Scram! est tout simplement irrésistible, le fort penchant power-pop séduit dans Leave It In The Sun et la conclusive Ohio Tpke étonne par son côté « old school ».

Peu d’artistes pop-punks sont en mesure d’offrir autant de bons riffs à leurs fans, souvent au sein d’une seule et même chanson. Peu de groupes sont habiles à faire autant de vacarme sans s’aliéner un auditoire plus consensuel… et peu de compositeurs issus de cette mouvance musicale sont aussi sincères que Jeff Rosenstock.

Du punk-rock grand public qui est pertinent. Une perle rare.

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