Critiques

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Iceage

Seek Shelter

  • Mexican Summer
  • 2021
  • 41 minutes
8
Le meilleur de lca

En 2011, lors de la parution de New Brigade, qui aurait parié sur la longévité de la formation danoise Iceage ? Pas grand monde à vrai dire. Pourtant, dès l’avènement de Plowing Into the Field of Love (2014), la bande menée par Elias Bender Ronnenfelt donnait des indices probants sur ses intentions créatives. Iceage empruntait alors un virage gothique réussi, mais fortement influencé par Nick Cave & the Bad Seeds. En 2018, le quatuor récidivait avec un autre excellent long format : Beyondless. À l’époque, il poursuivait son périple en arpentant les sentiers balisés du punk-blues à la Stooges.

Iceage est un groupe qui prend son temps et qui réfléchit profondément à sa prochaine destination sonore avant d’entamer un processus créatif. Pour la première fois de sa carrière, le groupe a accepté de remettre les rênes de la réalisation à une oreille extérieure. Pour Seek Shelter – création qui voit le jour aujourd’hui même – le groupe a jeté son dévolu sur le vétéran Peter Kember, alias Sonic Boom. Dans le communiqué de presse émis par la maison de disques Mexican Summer, le charismatique chanteur explique très bien cette décision : « Nous voulions un partenaire, un sorcier, plus qu’un réalisateur. Il est arrivé au studio avec un camion rempli d’instruments étranges ».

Enregistré à Lisbonne au Portugal dans un studio délabré, Seek Shelter confirme l’arrivée d’un guitariste supplémentaire au sein de la formation. Casper Morilla Fernandez élargit un peu plus la palette sonore d’Iceage. Le désormais quintette s’est également adjoint les services de la Lisboa Gospel Collective qui spiritualise quelques chansons.

Iceage a toujours refusé la stagnation créative et Seek Shelter ne fait pas exception à cette règle qui s’impose tout naturellement au groupe. Cette fois-ci, la bande à Ronnenfelt donne un coup de volant à droite en plongeant dans la britpop des années 90. Les structures chansonnières sont plus conventionnelles. L’approche vocale plus harmonieuse de Ronnenfelt évoque à parts égales le maniérisme de Jarvis Cocker (Pulp) et la mélancolie de Jason Pierce (Spiritualized).

Ce nouvel album désarçonne aux premières auditions. Si Iceage avait subtilement remisé son aura punk au cours des deux dernières parutions, sur Seek Shelter, il disparaît en quasi-totalité. Dorénavant, on devra considérer Iceage comme un groupe purement rock… mais au sens le plus respectable du terme. Après quelques écoutes, ce « nouveau son » prend tout son sens et met en lumière les ambitions princières du groupe.

Seek Shelter est une création qui confronte la morosité ambiante et l’atmosphère conflictuelle qui prédomine beaucoup trop ces jours-ci. Certains pourraient percevoir dans ce virage un désir de fédérer le plus grand nombre et ils n’auraient pas tout à fait tort. Cependant, Iceage adopte une approche unificatrice sincèrement émouvante qui réconforte grâce à un rock aussi explosif qu’imposant. Le blues rock rocailleux, les refrains choraux et les orchestrations somptueuses confèrent une grandeur certaine au rock d’Iceage.

Avec ses airs de Happy Mondays et de Primal Scream, Vendetta modernise l’époque Madchester. Sur Drink Rain, Ronnenfelt s’inspire du romantisme de Jacques Brel. Love Kill Slowly remémore le Pulp de l’album This Is Hardcore et l’entrée en matière, Shelter Song, est un hommage senti à l’œuvre de Jason Pierce. Dans Gold City, l’envie honnête d’apaiser, intention qui constitue l’ADN de cet album, est superbement exprimée par le chanteur-parolier :

« What you have lost, I shall provide

All that you left behind, I’ll pick up the supplies »

– Gold City

Encore une fois, Iceage fait l’habile démonstration de ses indéniables qualités, celles-ci pleinement mises au service d’une création fédératrice totalement assumée. Un disque déstabilisant certes, mais qui sustente de plus en plus l’auditeur au fil des écoutes.

Accolade virtuelle à Peter Kember à la réalisation qui accomplit une besogne remarquable.