Critiques

Dry Cleaning

New Long Leg

  • 4AD
  • 2021
  • 42 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Voilà un album qui était fort attendu par les adeptes de post-punk britannique. Après quelques simples prometteurs et deux EP parus en 2019, le quatuor londonien Dry Cleaning nous proposait la semaine dernière son premier album : New Long Leg. Menée par la poétesse Florence Shaw, la formation est complétée par Lewis Maynard, Tom Dowse et Nick Buxton. C’est l’alliage entre l’interprétation flegmatique de Shaw et le jeu de guitare inventif de Tom Dowse qui confère à Dry Cleaning un charme indicible. Ceux qui ont un faible pour des formations comme Wire, Magazine, Sonic Youth et Joy Divison embarqueront de plain-pied dans l’univers du groupe.

Pour ce premier chapitre, Dry Cleaning a confié les rênes de l’enregistrement à un vétéran du rock anglais : John Parish, un compétent multi-instrumentiste qui est également le frère de son de l’emblématique PJ Harvey. Enregistré en quinze jours dans la résidence du réalisateur située dans la campagne galloise, New Long Leg est porté par le souffle poétique de Florence Shaw. Influencés autant par les unes des tabloïds populistes et les slogans publicitaires vides que par la beauté du quotidien, les textes de Shaw sont ambigus, cyniques et humoristiques. Son timbre de voix, évoquant à la fois les égéries Kim Gordon, Patti Smith et Anne Clark, se positionne toujours en contrepoint du jeu de guitare de son acolyte Tom Dowse.

Parmi tous ces groupes de post-punk britannique qui ont proliféré au cours des cinq dernières années, Dry Cleaning se distingue par une séduisante neutralité ; un post-punk quasi méditatif. À défaut de hurler sa colère à la face du monde, la formation nous propose une virée dans notre intériorité, dans nos incessantes ruminations et anticipations, celles qui reflètent rarement la réalité. Dans Hair Hippo, Shaw exprime son désir de fuite avec l’être aimé de manière narquoise :

« I’d like to run away with you on a plane

But don’t bring those loafers »

– Hair Hippo

Musicalement parlant, Parish ajoute quelques textures au minimalisme sonore du quatuor en incorporant des boîtes à rythmes et en suggérant quelques modifications aux structures chansonnières qu’emprunte habituellement Dry Cleaning. Dans la conclusive Every Day Carry, une note de synthétiseur jouée en boucle, survolée par la guitare dissonante de Dowse, sert de transition vers une finale en apothéose. Dans cette même pièce, Florence Shaw y va de cette perle qui pourrait servir de mantra à ce New Long Leg :

« I just want to put something positive

Into the world but it’s hard because

I’m so full of poisonous rage »

– Every Day Carry

Si les EP Sweet Princess et Boundary Road Snacks and Drinks proposent un son nettement plus « post-punk classique » que ce nouvel album, il faut souligner l’apport de John Parish qui y est pour beaucoup dans le polissage et le perfectionnement du son d’ensemble offert par les Londoniens. On y entend un ascendant psychédélique dans ALC, une inspiration brit-pop « à la Blur » dans More Big Birds et, dans l’excellente John Wick, on y décèle des tonalités new-yorkaises sises entre Sonic Youth et Television.

Si la première vague de post-punk provenant du Royaume-Uni portait en elle une colère tranchante — une rage reliée fortement au Brexit —, les groupes émergents de cette nouvelle déferlante ont plutôt envie de sonder leur intériorité en se détachant de ce climat social incertain.

Dry Cleaning insuffle un peu de poésie à la banalité du quotidien… et ce n’est pas un mince exploit dans une période de l’histoire où les plaisirs journaliers sont trop souvent redevables de notre insatiable désir de consommer.

New Long Leg est une entrée en matière remarquable.

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