Critiques

Dope Body

Crack A Light

  • Drag City
  • 2020
  • 41 minutes
7,5

Après cinq ans d’absence, le groupe de noise rock de Baltimore Dope Body a décidé de rebrancher ses guitares électriques et ses gros amplis afin de s’exposer en grand, tel un virus, avec deux albums cette année : Home Body en sortie numérique seulement et Crack a Light. Ce dernier incarne bien ce style propre au groupe : un agréable mélange de gros son lourd et de rock alternatif accrocheur.

Dope Body décoiffe, mais ne dépayse pas. La formation garde ici son penchant pour les tounes enragées rehaussées de sonorités inusitées et décalées rappelant à l’occasion The Jesus Lizard ou Brainiac (3RA1N1AC pour les intimes). Sur la furieuse introduction Curve, le chanteur Andrew Laumann s’époumone à crier à répétition la déclaration incertaine (ou la tentative de motivation) : « I think I feel alright ». Un cri rassembleur bien senti ainsi qu’une énergie primale présente sur l’ensemble de l’œuvre. Alors que l’excellente Jer-Bang se démarque par une guitare mélodiquement énervée et répétitive, qui prend un rapide virage déconstruit dans le but d’ajouter une touche de bizarrerie à l’esthétique brute. 

Le groupe sait aussi comment établir une atmosphère angoissante. Ce climat est tranquillement installé, comme sur la sinistre Lu Lu, puis est bel et bien confirmé sur les pièces instrumentales Frank Says Relapse et Lo & Behold. Cette dernière étonne par ses percussions primitives inquiétantes dignes d’un film d’horreur ou de la musique de fond de Mortal Kombat (le 2 plus précisément). Ce son dérangeant, mais addictif comme une curiosité malsaine se retrouve aussi dans la longue conclusion de Mutant Being.

Les paroles déstabilisantes contribuent aussi à créer cette atmosphère angoissante. Sur un rythme quasiment propice à la danse, la chanson Clean & Curve alterne entre une voix imposante puis un chant languissant sous la forme d’un message inquiétant : « I don’t want to hurt nobody ». Sans jamais perdre de vue la colère bien représentative du groupe, The Sculptor sort aussi du lot avec son cri du cœur lent, sombre et sensible rappelant l’agonie à la Slint : « Who knows will I ever be satisfied with something I can mould into something I can hold ».  

Dope Body se distingue également par son noyau noise rock enveloppé d’un style mélodique et accrocheur emprunté à l’âge d’or du rock alternatif du début des années 90. Cette dernière influence se retrouve notamment sur More, ainsi que sur la courte et puissante My Man. L’album semble s’éterniser à certains moments, mais atteint son apogée avec l’excellente et intense conclusion Known Unknown. Celle-ci nous gonfle à bloc comme le ferait un coup de poing dans les dents, le tout sur un rythme électronique bien agressif. 

Plus un groupe de weirdos que de rockeurs, Dope Body maîtrise son style original avec un album assez solide. Crack a Light accumule la rage punk, mais conserve toujours ses jouissives explorations sonores étranges. L’aspect innovant disparaît parfois un peu où certaines pièces plutôt oubliables en côtoient d’autres, plus remarquables. Certaines étonnent moins et ne font pas vibrer autant : l’énergie ne s’essouffle pas, mais la sauce s’étire. Crack a Light prouve tout de même qu’il est toujours possible de faire du rock créatif et impressionnant à l’aide de plusieurs chansons qui en valent largement le détour.

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