Critiques

Destroyer

Have We Met

  • Merge Records
  • 2020
  • 42 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Avec la nonchalance d’un crooner au charme énigmatique, Dan Bejar mène son groupe Destroyer dans un univers de fabulations qui semblent sorties des années 1980. Ils nous ont habitués à une pop qui se joue habilement des codes de la chanson. Peu de refrains notamment, pour laisser la place à une poésie en prose libre, soutenue par une instrumentation nuancée. Bejar utilise sa plume pour raconter une panoplie d’histoires à la signification abstraites et empreintes de mélancolie. Un style inimitable qui ne nous déstabilise jamais complètement.

« You throw yourself down on the playground
Skid to a halt on the runway
You cast a poisonous look to the sun
You know it just doesn’t happen to anyone
You know this doesn’t just happen to anyone »

It Just Doesn’t Happen

Have We Met est une galette un peu plus courte que leurs précédentes, se rapprochant du fameux Kaputt, leur succès du début de la dernière décennie. En dix pièces, on expérimente des ambiances doucement mélodramatiques. Les synthétiseurs sont omniprésents jusqu’à en devenir engourdissants, par moment. On a l’impression d’être enveloppé dans de subtiles draperies sonores métalliques. Parfois ces tissages synthétiques sont déchirés par une guitare abrasive (The Raven) montrant avec encore plus de détails la délicatesse des notes jouées aux claviers.

En écoutant Cue Synthesizer, le bassin se délie en suivant les percussions synthétiques, alors que la voix de Bejar raconte son état de désabusé convaincu. Comment discerner le vrai du faux dans un succès pop ? Une trame sonore pour un souper spectacle jazz accompagnant la fin du monde. Doit-on être atterré ou se déhancher ? Même constat avec Crimson Tide racontant l’état de décrépitude du personnage qui ne peut échapper à son destin fatal. Les sujets peuvent sembler pénibles, étouffant presque. Par chance, l’instrumentation est aérée permettant de se laisser porter par nos propres interprétations.

Il y a définitivement un humour noir qui traverse tout l’album et The Man in Black’s Blues le cristallise parfaitement. Une pièce campant un personnage en difficulté devant la réalité qui ne correspond pas à ses attentes. Il les pourchasse, mais elles lui échappent continuellement. Pour clore ses réflexions, le personnage se lance dans un long interlude mi-comptine, mi-chanson à répondre, qui fait écho à la futilité de ses envies. La répétition des mêmes lignes efface tout effet mignon, pour plutôt annoncer une folie. Il cogne à une porte ou sur les parois de son crâne pour trouver une solution. À se fier à la pochette de l’album, l’homme en noir pourrait probablement être Bejar lui-même qui chante devant un miroir.

Un effort musical pour vivre avec notre part d’ombre, sans sombrer dans une dépression étouffante. La désinvolture de Bejar au micro est accompagnée par des compositions riches réinventant les meilleures caractéristiques du New Wave. Les images poétiques sont puissantes aux bons moments, évitant ainsi un lyrisme difficile à saisir. C’est un sourire énigmatique qui reste sur le visage après Have We Met, douzième offrande indie-pop de Destroyer. Une réussite, Kinda Dark.

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