Critiques

Dead Cross

II

  • Ipecac Recordings
  • 2022
  • 32 minutes
8
Le meilleur de lca

Quand le surdoué chanteur-performeur Mike Patton a accepté de remplacer au pied levé Gabe Sebrian — qui a quitté Dead Cross presque aussitôt qu’il l’avait fondé — Dave Lombardo, Mike Crain et Justin Pearson ont dû éprouver une vive joie. Paru en 2017, le premier album éponyme du quatuor résolument hardcore est caractérisé par la performance vocale à couper le souffle de Patton.

Pour cette deuxième aventure, pourquoi modifier une formule qui a si bien fonctionné ? Dead Cross est donc de retour avec le même alignement, mais surtout avec la même envie d’en découdre avec cette atmosphère sociopolitique délétère qui prévaut chez nos voisins du sud.

Sauf que cette fois-ci, un épais nuage a obscurci la gestation de ce nouveau long format intitulé simplement II. Dead Cross a dû accélérer grandement son processus de création, car le guitariste Mike Crain a appris tout juste avant de se retrouver en studio avec ses pairs qu’il était atteint d’un cancer des amygdales.

Quelques mois auparavant, c’est Patton lui-même qui a dû mettre un terme à la tournée 2022 de Faith No More. L’homme souffre d’agoraphobie sévère; une peur paralysante des lieux publics et des espaces ouverts. C’est donc dans ce contexte que Dead Cross a entamé l’enregistrement de cet opus réalisé par l’excellent Ross Robinson (Red Fang, Blood Brothers).

Sur ce deuxième volet, Dead Cross s’éloigne subtilement du punk hardcore traditionnel qui définissait le premier effort du quatuor. II est un album non conventionnel qui est en parfait équilibre entre tous les genres musicaux explorés par la formation : noise rock, sludge métal, post-punk, musique expérimentale, etc. Mais n’ayez crainte, le punk hardcore demeure bien vivant.

L’humour absurde, qui a toujours singularisé l’approche littéraire de Mike Patton, est présent. Le vétéran se fait un malin plaisir à tourner en dérision tout le mouvement « born-again christian » — une renaissance spirituelle, gracieuseté du bon Saint-Esprit, conséquence d’une réconciliation avec le tout aussi « bon » Dieu.

All out of ammo

Act as a dildo

– Christian Missile Crisis

Love Without Love donne le ton avec ses guitares atonales. Animal Espionage a de forts liens de parenté avec le noise rock de la formation torontoise Metz. La mixture audacieuse de sludge métal et de post-punk dans Ants and Dragons est jouissive. Le punk hardcore pur jus de Heart Reformer réjouira les veux routiers adeptes du genre. L’assaut rythmique de Dave Lombardo dans Reign of Error nous rappelle à quel point le doyen est encore un très grand batteur. Que dire des jouissifs grognements animaliers et des hurlements poussés à la limite de Patton dans Strong and Wrong et Nightclub Canary? Enfin, Imposter Syndrome réunit tout ce que Dead Cross nous a offert sur ce II, mais dans une seule et même chanson !

L’année musicale en cours est un grand cru pour les amateurs de musique corrosive aux ascendants punks. Soul Glo, OFF!, Otoboke Beaver, Meat Wave, pour ne nommer que ces formations, ont tous fait paraître d’excellents longs formats cette année. Ce II de Dead Cross se joint à cette joyeuse bande d’insurgés qui ont le courage de crier haut et fort, parfois avec ironie, leur indignation.