Critiques

Sufjan Stevens + Bryce Dessner + Nico Muhly + James McAlister

Planetarium

  • 4AD
  • 2017
  • 77 minutes
7

« to be human is to be a total mess »

Être humain c’est être chaos. Voilà la thèse qui soutient la complexe et surprenante création de Sufjan Stevens, Bryce Dessner (The National), Nico Muhly et James McAlister. Déjà l’union des quatre musiciens a de quoi faire rêver les mélomanes. Alors que les deux premiers sont des figures de proue de la musique indépendante, Muhly se tire bien d’affaire avec ses expériences électroniques et James McAlister est le batteur du premier depuis plusieurs années. Planetarium malgré cette alliance surprenante est un objet qui présente une bonne unicité esthétique et sonore.

La première chose qui frappe, c’est la plume de Sufjan Stevens qui est partout sur l’album. Que ce soit dans les mots ou les mélodies que l’approche générale de l’album. Bien que Nico Muhly soit l’instigateur à la demande du Muziekgebouw Eindhoven, ça nous ramène aux délicieux trips de The Age of Adz avec ses moments d’électro baroque. Disons qu’après la sobriété de Carrie & Lowell, on retrouve Stevens qui flotte quelque part dans l’espace avec des claviers. Dessner, qui n’est pas étranger à des expérimentations de la sorte, amène aussi des avenues intéressantes et on reconnaît sa main dans les guitares. C’est particulièrement limpide sur Mars avec de merveilleux moments de mélodies de guitares claires.

C’est aussi le retour des expérimentations avec le vocodeur que Stevens avait abordées avec le groupe Sisyphus. Ça ne l’empêche pas de nous proposer des moments magnifiques. Uranus est un bel exemple avec ses chants sobres qui se transforme en chœurs vocaux efficaces accompagnés de cuivres généreux. S’en dégage une aura de musique d’église chrétienne. D’ailleurs, la grande place laissée au mysticisme et à l’impression de grandeur sur Planetarium est tout à fait logique. À chercher les étoiles et à regarder cet immense univers qui nous dépasse, il est difficile de ne pas se sentir dépassé.

« The universe doesn’t allow perfection. »
– Stephen Hawking

Planetarium est une œuvre costaude qui nous transporte dans une multitude de directions qui ne sont pas toujours faciles à suivre. C’est un grand fouillis qui nous livre tout de même une bonne dose de beauté. Ce n’est pas non plus une œuvre facile à digérer. On peut passer d’une pièce intime comme Moon à une ritournelle aérienne Pluto pour atterrir sur Kuiper Belt, une expérimentation électronique qui mélange claviers rétro et parasites auditifs hyperactifs.

Saturn est une pièce qui est incorporée partie des spectacles de Sufjan Stevens depuis quelques années, particulièrement lors de la tournée d’Age of Adz. Des extraits avaient même fait surface, il y a quelques années, mais en version beaucoup moins complète que celle qui nous arrive sur Planetarium. On reconnaît aussi des mélodies typiques de Stevens sur Jupiter qui nous berce doucement.

Dans son ensemble et surtout dans son concept, Planetarium est une œuvre très intéressante. Ce n’est pas une œuvre facile à écouter en raison de sa durée (77 minutes) et un certain chaos qui y règne. Ça demeure tout de même une création fascinante qui comporte de nombreux moments de grand intérêt. Après tout, ce n’est pas une équipe de céleris qui ont créé cette ode à notre système solaire. Voilà un album-concept qui lance des perches créatives comme on lance des sondes à travers le vide de l’espace.

Ma note: 7/10

Sufjan Stevens, Bryce Dessner, Nico Muhly & James McAlister
Planetarium
4AD
77 minutes

http://4ad.com/releases/850

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