Charli XCX
Music, Fashion, Film
- Atlantic Records
- 2026
- 30 minutes
Par le passé, j’avais l’impression que Charli XCX alternait entre des propositions plus accessibles et des projets plus audacieux qui sortent de ce qui est proposé dans la pop contemporaine. Évidemment, elle me fait mentir sur Music, Fashion, Film qui est le troisième dans une lignée d’album qui refuse la facilité. L’Anglaise est devenue un phénomène mondial avec l’excellent Brat qui, malgré sa nature plutôt audacieuse, a séduit les foules partout à travers la planète. Je veux dire, on a eu un Brat summer. Rien de moins. Puis, Charli XCX a proposé la bande sonore de Wuthering Heights cet hiver. Elle a dit ouvertement que la proposition de faire celle-ci avait été un déclic créatif qui lui avait fait du bien après avoir vécu une période de grande fatigue suite à la tournée mondiale de Brat. Music, Fashion, Film arrive avec une bonne part autobiographique et, une fois de plus, une approche novatrice à sa musique.
It makes me wanna throw my life away
All the music, all the people
Not a single kiss goodbye
Your French exit, chase the stars
Yeah, the ones in your eyes
But let’s be honest, I’m talking ’bout the ones on the pavement
‘Cause that look, it’s a bullet
It makes me question what I’m doing
Do I wanna make music? Am I being fuckin’ stupid
If I try to be a girl on the screen when I’m turning thirty-four?
— Camera
Au cours des deux dernières années, Charli XCX a aussi trempé son orteil, puis fait le plongeon en tant qu’actrice. Cette nouvelle façon de créer l’a visiblement allumé. Elle en parle sur Camera, mais la pièce arrive surtout sur un constat : elle recherche toujours des situations où elle se sent en état de vulnérabilité parce que ça lui donne l’impression d’être en vie. Charli XCX a l’air du genre de personne qui se tanne rapidement d’une situation donnée et le risque la garde sur ses gardes. Au-delà de ça, c’est un malêtre qu’elle confesse en douce. Parfois, c’est moins en douce comme le démontre de manière ostentatoire I’m Afraid.
En ce sens, cet album se rapproche de l’excellent How I’m Feeling Now paru pendant la pandémie. Elle y parle aussi de la vacuité de tenter d’apaiser les émotions négatives avec des objets matériels sur Card Decline. La pièce mise sur une guitare électrique qui est bouclée, doublée par moment et complétée par des sonorités distorsionnées. Là encore, on se rapproche de son album de 2020. Ce traitement musical qui incorpore des guitares aux atours rock dans sa pop qui mise sur les synthétiseurs est légion sur l’album.
On retrouve ce rock dans le proprement nommée Rock Music, sur 2007, sur Camera ou encore sur Yeah. Charli XCX ne dénature pas ce qui fait d’elle une artiste pop à l’avant-garde des genres, mais incorpore des éléments. C’est savamment fait. De manière semblable à Olivia Rodrigo, mais avec sa propre touche qui n’a rien à voir avec celle de Rodrigo. C’est moins propre, moins carré. Et c’est peut-être en raison de ses collaborateurs qui sont toujours aussi talentueux : A.G. Cook (qui se fait célébrer sur Magic Metal Montana) et Finn Keane. Le trio qui travaille ensemble depuis Pop 2 a une visiblement une belle connivence et ce sont nos oreilles qui en bénéficient.
Fashion, Film, Music ne va pas aussi loin dans certaines expérimentations que Brat, mais, franchement, on est loin de la pop radiophonique standardisée. Comme sur Wink Wink, Charli XCX entretient son image de la « bum » de la cour de récré qui regarde de haut. Le truc, c’est que, quand on porte attention aux paroles, on l’entend bien que c’est surtout une femme qui navigue les hauts et les bas d’avoir réussi à ce point sa carrière et qui doit composer tous les jours avec l’amour du public. Ç’a du bon. Ça vient aussi avec des défis et des frustrations. Et c’est toute cette humanité complexe que Charli XCX glisse dans l’album. L’inclusion de David Cronenberg, qui parle de la différence du rapport à l’immortalité à travers l’art est particulièrement intéressante. Dans l’œil du public, les œuvres paraissent éternelles, mais, pour l’artiste, de toute façon, elle va mourir comme tout le monde. L’immortalité de son œuvre a peu d’impact sur sa vie quand on revient à la base. Bref. Du beau boulot.