Jean-Michel Blais
Mirador
- Arts & Crafts
- 2026
- 40 minutes
Avec ce quatrième album, le pianiste montréalais Jean-Michel Blais nous invite dans un nouvel univers singulier, encore plus intime que ses précédents. Mirador est pour lui une ode à ses souvenirs d’enfance et aux mondes imaginaires qu’il créait plus jeune. On ressent que ce projet est à la fois teinté d’une nostalgie et d’une volonté d’explorer différentes sonorités, ici fortement inspirées de la musique sud-américaine.
L’introduction, muses, indique dès ses premières secondes que le chant choral sera un élément central dans ce disque. C’est l’une des raisons pour lesquelles il a voulu réunir douze chanteurs baroques pour l’enregistrement de l’album. À l’exception du magnifique interlude quwi et de la conclusion la chambre des possibles, la voix est omniprésente. Ça en fait l’un des signes distinctifs du projet. C’est un vent de fraîcheur pour Blais ; on ne l’avait jusqu’à maintenant jamais vu mettre de l’avant cet instrument humain dans ses compositions. Ça colle particulièrement bien à l’ambiance de voyage et d’imaginaire sur laquelle il souhaitait miser.
Les inspirations de musique andine se font davantage remarquer à partir de la troisième piste, pavane. C’est un point de départ où s’en suivent des mélanges d’instruments à cordes, d’instruments à vent et de pistes rythmiques subtiles, mais dansantes, nous faisant doucement voyager. Carnavalito et granada en sont les meilleurs exemples. On a réellement voulu expérimenter puis partager une fusion de genres avec ces morceaux, et c’est autant dépaysant pour nous que pour la discographie du pianiste.
Là où Jean-Michel Blais nous ramène à ses sources, c’est étonnamment au tout début de la chanson titre du projet, mirador. Ses progressions d’accords et sa fluidité nous rappellent ce qui avait été si charmant dans les albums II et Dans ma main. La deuxième moitié du morceau, elle, est un bel hybride entre sa signature néo-classique et l’identité sonore de mirador.
Les dernières secondes de quwi étaient parmi les plus belles et surprenantes de l’album. Blais nous a donné un avant-goût de ce qu’aurait pu être un long morceau ambiant, sans piano, qui assumait pleinement le changement de direction musicale que représente ce projet. Et même si le choix de prioriser la forme d’un court interlude pour partager cette proposition est intéressant, il aurait été souhaitable d’en avoir plus. J’aurais certainement aimé retrouver plus souvent au courant du disque ce total abandon dans la musique andine et dans la façon qu’il a de se l’approprier.
En s’aventurant dans la seconde portion de mirador, on change d’énergie. Les chansons kyrie et laulasmaa font davantage écho au côté orchestral et cinématographique, qui était surtout au cœur d’Aubades, le dernier album solo de Jean-Michel Blais, même si elle demeure aussi l’une des grandes lignes de ce projet. Et soyons clairs, c’est tout aussi beau et impressionnant à écouter.
On sent seulement qu’il y a, dans ces derniers morceaux, une petite retenue qui nous empêche d’aller au bout de l’idée. On a épuré la production en laissant de côté les pistes instrumentales qui sont inspirées de la musique sud-américaine pour prioriser le piano, le quatuor à cordes et les chœurs. C’est joli, c’est plus méditatif, mais ça donne l’impression d’avoir un pied dans l’univers de ce nouvel album et un autre dans son dernier. Dans les deux cas, on se laisse transporter dans son monde et sa douceur. On ne peut se plaindre.
Jean-Michel Blais nous prouve, une fois de plus, que le piano néo-classique est d’autant plus fascinant quand il est complémenté par différents genres. C’est jusqu’ici un parcours, ou plutôt un voyage sans faux pas.