Critiques

Cédrik St-Onge

Et si j’étais à des années-lumière

  • Ad Litteram
  • 2019
  • 49 minutes
8,5
Le meilleur de lca

On est gâtés. Parmi les jeunes sensations musicales qui n’arrêtent pas de jaillir au Québec ces derniers temps (je pense aux Vincent Roberge, Hubert Lenoir, et autres Lydia Képinski de ce monde), voici Cédrik St-Onge et son premier long jeu, Et si j’étais à des années-lumière. Et c’est vraiment, vraiment rodé.

C’est simple : l’auteur-compositeur-interprète gaspésien nous sert ici une œuvre magistrale. Entre cathédrales sonores et passages acoustiques délicats, St-Onge évoque des sentiments plus grands que nature avec une rare maîtrise. Tout en nuances, sa musique est à la fois puissante et subtile, viscérale et évanescente. Et on ne verse jamais dans la mélancolie complaisante.

De la détresse à l’espoir, l’artiste navigue entre plusieurs thèmes assez personnels, souvent sur un ton doux et un brin mélancolique. Certains titres sont assez vaporeux et particulièrement intéressants dans le contexte de l’album (L’astronaute, Les grands voyages, Désharmonie). D’autres sont un peu plus directs, autant dans le traitement de la voix que dans la clarté des paroles. Mais animés par sa voix gracieuse, ses textes sont pénétrants même lorsqu’on en saisit que des bribes :

«J’ai jamais vu ton corps s’étendre sur le mien

J’ai jamais vu tes peurs s’éteindre dans mes mains

J’ai tout oublié»

J’ai tout oublié

L’influence de Karkwa est parfois omniprésente, surtout sur le plan vocal. C’est loin d’être surprenant sachant que Louis-Jean Cormier a piloté la réalisation du premier EP de St-Onge, en 2017. Mais honnêtement, peut-on lui reprocher de sonner trop karkwaesque?

Sur Et si j’étais, son ton est plus contemplatif et moins maussade que celui de Cormier avec Karkwa ; le son du Gaspésien est aussi résolument plus ample, moins compact. Bon, la ressemblance est frappante sur Demain, mais ce serait trop facile de généraliser. Plusieurs titres empruntent une direction flambant neuve et sans équivalent dans l’univers musical québécois. On peut y voir une forme d’émulation qui n’est peut-être pas achevée, mais qui porte déjà ses fruits.

Plusieurs collaborateurs chevronnés ont été impliqués dans la création d’Et si j’étais, ce qui étonne peu compte tenu de la qualité du produit fini. Parmi ceux-ci, on retrouve Catherine Major au piano, Gabriel Desjardins (Philippe Brach) aux arrangements de cordes, et Martin Lavallée (Jean Leloup, Marie-Mai) à la batterie. Enfin, St-Onge partage la direction artistique avec Jeff Moran, l’homme qui l’a découvert en 2015 et son mentor depuis.

Tel une sorte de Walt Whitman musical, St-Onge réussit à atteindre une beauté universelle à travers son odyssée introspective. Car même si le Gaspésien nous entraîne chaleureusement et sans complexe dans son univers envoûtant, l’album possède avant tout une grande signification personnelle : «Pour moi, un premier album complet, c’est la chose la plus importante qu’un artiste peut accomplir dans sa vie», confie-t-il sur sa page Facebook.

Alors que plusieurs de ses contemporains québécois trouvent leur pertinence dans l’air du temps, Cédrik St-Onge tend plutôt vers une ampleur intemporelle. À la manière d’Ágaetis Byrjun de Sigur Rós ou du tout récent Titanic Rising de Weyes Blood, Et si j’étais à des années-lumière ne s’écoute pas simplement : il s’expérimente profondément. Une franche réussite.

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