Critiques

Capitaine Canada

Capitaine Canada

  • 7e Ciel
  • 2020
  • 32 minutes
7,5

Assez rapidement, quand on écoute Capitaine Canada, on comprend une chose : Alaclair Ensemble est en train de se foutre de notre gueule. Que ce soit par les interventions de Robert Nelson au début et à la fin de l’album, ou encore dans la collaboration avec Maybe Watson, alors qu’il est visiblement ailleurs sur la galette, avec simplement quelques filtres appliqués sur la voix. C’est sûr que de se nommer DJ Volpeur, évoque rapidement Vlooper. Et disons-le franchement, on retrouve des grooves qui rappellent J-Dilla dans l’esthétique. Et chose certaine, la gang d’Alaclair aime beaucoup le compositeur américain. À moins que ce soit le retour de Mash bien camouflé?

Rajoutons à tout cela les nombreuses références à la légende Alaclarienne : la mélodie sur les « Capitaine Canada », dont celui qu’on retrouve sur Le Canif qui est la même que Saucoupe volante. Quelques secondes après, le vers se termine avec « nos mamans, elles n’ont pas élevé des ding ding» une référence à Ding Dong du mixtape America Volume 2 paru en novembre dernier. Là où le groupe joue bien le jeu, c’est qu’on est incapable de dire si c’est la dégaine de Robert Nelson ou Eman qui est derrière les lignes. C’est fâchant.

Sur Copenhague par contre, il n’y a pas de doute, c’est Maybe Watson qui se fait aller la rime alors qu’il nous chante encore l’amour en douceur avec une touche d’amour. KNLO est certainement derrière Work It Out, en tout cas, ça lui ressemble. Mais bon comme dit Capitaine Canada : « arrête de faire ton chichi, fais tes redressements assis ».

Ceux qui sont fans des premières années d’Alaclair Ensemble retrouveront la nonchalance magique du groupe qui joue avec les mots avec habilités et nous tire le sourire en coin à plusieurs occasions au sein d’une même chanson. Parmi les trames audacieuses, Météore repart avec la palme. C’est une pièce taillée dans un riff répétitif chanté. Ce n’est jamais facile pour un rappeur de se lancer sur trame qui est déjà chantée. Pourtant, Capitaine Canada s’en sort comme un champion. Il faut dire que l’échantillon utilisé est percutant en soi avec une solide mélodie.

Est-ce nécessaire, maintenant, pour Alaclair Ensemble, de se masquer pour aller un peu plus loin dans ses essais? Est-ce que c’est plutôt une façon de célébrer la création d’une œuvre campée dans la réalité unique du confinement? Parce que toutes les chansons comportent des allusions à cette situation vécue en société. Et la bande trouve des moyens d’alléger la situation comme dans ZigZag qui te rappelle que c’est le temps de chiller alors que FouKi rejoint Capitaine Canada.

Dans l’ensemble, c’est un beau délire que nous offre Capitaine Canada, ce «malfrat», comme dirait si bien Robert Nelson. Celui qui est caché, comme il le dit lui-même en entrevue avec Philippe Renaud du Devoir, se montre quand même avec ses meilleurs habits sur cet album. Avec beaucoup d’essais, viennent parfois certaines idées laissées en suspend, mais l’album, avec ses 32 minutes, s’écoute vraiment très bien. Et ça risque de vous faire sourire.

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