Critiques

Melody's Echo Chamber

Bon voyage

  • Fat Possum Records
  • 2018
  • 33 minutes
7

L’album Bon voyage est arrivé à point avec l’été, les routes qui se déroulent dans un mirage d’asphalte mouillé. Melody’s Echo Chamber propose avec ce deuxième opus une aventure psychédélique plus expérimentale que son précédent et excellent album homonyme. Le premier opus a été réalisé par Kevin Parker (Tame Impala) et était empreint de poésie, d’une certaine douceur et de riffs accrocheurs. Cette fois, Melody Prochet s’est entourée d’une équipe suédoise (Fredrik Swahn et Reine Fiske [The Amazing] collaborent à la réalisation, Gustav Estes et Johan Holmegard participent à la musique) et exploite des sonorités plus moyen-orientales, plus expérimentale aussi.

Bon voyage devait paraître en juin 2017, mais Melody Prochet a survécu à un accident qui l’a clouée à l’hôpital quelques mois, faisant reporter d’un an le lancement et la tournée subséquente. Mais avant cela, la sortie d’un deuxième opus avait été annoncée quelques fois, un projet a complètement été abandonné, un simple — Shirim, qui clôt ici l’album — avait été lancé en 2014. Bref, le parcours n’a pas été simple jusqu’à ce deuxième album, mais il en vaut l’écoute. Le résultat est un brin éclectique, avec des temps forts, des pièces accrocheuses, mais aussi des temps morts, des expérimentations un brin douteuses et une faiblesse au niveau des textes.

L’album s’ouvre en force avec Cross My Heart, où on retrouve avec joie la voix éthérée et chaleureuse de la Française. Mais à 1 minute 33 secondes, la pièce bifurque vers une cassure étonnante, où une flûte traversière jazzy et des « yeah yeah yeah » nous déroutent. Les paroles passent de l’anglais au français, et là, nous entrons dans un univers d’Alice au pays des merveilles, de « civilisation perdue/au fond d’un puits » et de :

« Je danse avec des louves 

des biches et des elfes

Dans la forêt paisible et enchantée »

L’imagerie fantastique reviendra tout au long de l’album, avec des références aux anges et aux loups-garous.  Breathe In, Breathe Out , une des plus courtes pièces de l’album, est une des plus accrocheuses. Melody sifflote en intro un « pa pam » et ensuite suit une expérimentation sur le passage à l’âge adulte dans un monde de fou :  Desert Horse . Melody respire, griche, crie, susurre, hurle, sacre, pousse sa voix à l’extrême.

« So much blood

On my hand

And not much

Left to destroy »

– Desert Horse

C’est violent et déchiré, puis la mélodie tire dans toutes les directions, on passe à nouveau de l’anglais au français, avec quelques ponctuations en suédois. Les références au Moyen-Orient se dévoilent dans les paroles (on parle de dunes, de sables mouvants, de soleil) et dans l’instrumentation.

Suit une balade en suédois : Var har du vat . Les dernières strophes se traduisent par « breathe out » et ajoutent à la cohésion de l’album, où le souffle revient dans presque toutes les chansons.

L’écoute de Bon voyage n’est pas sans rappeler le chaos de la lecture d’un jeu de tarot, l’envie de croire en un destin, une force supérieure, mais avec la retenue d’une personne élevée en France dans notre siècle. Il en ressort des références presque psycho-pop : « Ain’t no karma, only love » sur Quand Les Larmes D’un Ange Font Danser La Neige. Sur cette pièce, Nicholas Allbrook fait une petite apparition pour du spoken-word.

Malgré les défauts de l’album, on dodeline souvent de la tête à l’écoute, on découvre de nouveaux détails à chaque écoute. La voix de Melody reste un baume (sauf lorsqu’elle crie) aux oreilles. Une bonne trame sonore de roadtrip, en somme.

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