Critiques

Blake Mills

Mutable Set

  • Verve Records
  • 2020
  • 51 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Blake Mills ne s’intéresse pas à ce qui sonne ‘’bien”, comme ces points de repère musicaux communs qui nous intéressent instantanément à une mélodie ou une boucle à la batterie. Mills ne cherche pas à plaire, il est son seul critique, au complet service de ses compositions, laissant de côté son amour-propre. Le réalisateur de renom a toujours su orienter les artistes avec qui il collabore à s’élever plus haut, par eux-mêmes. Mills agissant simplement comme médiateur entre l’esprit créateur d’un artiste et son envie d’atteindre un certain succès.

Le folk-rock de Blake Mills est un mélange étonnant de plusieurs styles. On y retrouve à peu près tous les instruments imaginables : violons, cuivres, batteries, basses, des guitares synthés des années 70, des guitares acoustiques, des guitares électriques, et encore d’autres guitares. D’ailleurs, Mills s’est d’abord fait connaître pour sa virtuosité à jouer cet instrument, virtuosité qu’il n’avouera jamais lui-même.

L’album a été réalisé en partie avec la collaboration de Cass McCombs, avec qui on sent l’influence particulière sur My Dear One qui arbore un texte senti, traitant l’amour comme la maison du coeur, laissant la chanson se terminer sur de superbes mélodies planantes à la guitare. La pièce est suivie de Farsickness, une lamentation aux accords impulsifs de piano, un jazz de minuit arrosé par le whiskey, inondé par la fumée bleue du tabac.

Mutable Set détient une vie propre et Mills n’est que la voix du message, toujours au service de la composition. Sur Money Is The One True God, Mills se questionne sur l’importance de l’argent, la gloire, le succès qui pousse tous ces créateurs et artistes à se corrompre à leur tour. L’instrumentation est lente, obscure, ambiante pendant que l’artiste se repent : « I repent of my sins, and I turn from them now / I’ve learned and I’ve obeyed / God is the bread of the underfed / And the bread of the overpaid ».

C’est intéressant à analyser, Blake Mills fait lui-même, comme tous les autres, des compromis pour gagner son pain. Toutefois, pour l’auditeur, la musique qu’il met de l’avant semble unique, assumée, sans faire aucun compromis. C’est à se demander ce qu’il peut bien cacher dans sa bibliothèque personnelle. Quel genre de musique Mills créé, lorsqu’il ne fait réellement aucun compromis ?

L’album est extrêmement intime et son univers difficilement accessible. Ses compositions complexes, brillamment réfléchies, bercent l’oreille. Sa sonorité détend, mais n’excite jamais l’auditeur. Pour s’intéresser à Mutable Set, il faut s’intéresser à l’unique, à ce qui n’offre que très peu de points de repère communs. Or, lorsque l’on s’y adonne et s’y plonge complètement, l’opus se révèle comme un travail de composition hors pair, presque orchestral, laissant l’auditeur à la merci de sa plénitude.

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