Critiques

Birmani

Birmani

  • Indépendant
  • 2021
  • 34 minutes
7,5

Birmani est trio québécois qui allie le stoner et le rock psychédélique en y ajoutant une généreuse pincée de grunge. Formé du multi-instrumentiste Simon Doucet-Carrière, du bassiste Antoine Lévesque et du batteur Mathieu Racine, le groupe nous proposait récemment un premier album éponyme ; un long format qui fait suite à la parution de trois EP. Les deux premiers ont été lancés en 2018 et le tout dernier, paru en 2019, contenait une pièce-fleuve. D’une durée d’environ vingt-quatre minutes, Mes démons (me jouent de la crécelle) empruntait les sentiers balisés par le rock progressif des années 70.

Enregistré en grande partie au studio Breakglass, ce premier album a été réalisé par le groupe lui-même. Si le précédent EP laissait planer un enfoncement dans les méandres tortueux du prog-rock, cette entrée en matière est nettement plus concise et n’emprunte aucun détour sonore.

En plus de nous présenter un son lourd et parfaitement assumé, portant les stigmates de groupes comme Gros Mené ou encore All Them Witches, Birmani incorpore de superbes claviers de poteux qui rendent le plat encore plus digeste. Combiné à quelques tentatives mélodiques brillantes — la très Queens of the Stone Age titré Les pieds soudés (à ton plancher), entre autres — ce premier essai est une réussite qui vient se loger tout près des deux premiers albums (Les Matricides et Fruit-Dieu) de nos chouchous locaux, la formation Fuudge.

Littérairement, la formation fournit un effort intéressant en se partageant la besogne. Doucet-Carrière a rédigé les textes de la pièce-titre ainsi que ceux de la chanson Alaska. Antoine Lévesque-Roy prête sa plume pour Sans Savoir et le travail rédactionnel est complété par Gabrielle Delamer qui signe les paroles de Balles de plomb, Lac de la confusion et Les pieds soudés (à ton plancher).

Et il n’y a vraiment aucun morceau faiblard sur cette création. L’arrivée des claviers narcotiques dans Birmani fera frissonner votre corps au grand complet et le riff béton dans Balles de plomb vous fera « headbanger » allègrement. Un automne (de marde) évoque le Soundgarden de Badmotorfinger ; un subtil clin d’œil à Jesus Christ Pose. Lac de la confusion conjugue les rythmes locomotifs du krautrock au grunge « nirvanesque ».

En plus de promouvoir le rock désertique de la bande à Josh Homme, la basse dans Les pieds soudés (à ton plancher) possède un je-ne-sais-quoi de post-punk. L’accalmie acoustique dans Sans Savoir fait du bien et est embellie par l’ajout d’un mellotron. La conclusive Alaska est une sorte de blues psychédélique orchestrale qui constitue le seul moment passablement prog sur cet album. Un dénouement épique et émouvant.

Parfois, la vie d’un mélomane-fou peut réserver de belles surprises et ce premier long format de la formation Birmani en est une vraie. Si vous aimez votre stoner rock, cuit de façon médium-saignant, vous serez sustenté par cet éponyme hautement protéiné.