Critiques

Fuudge

Fruit-Dieu

  • Lazy At Work
  • 2020
  • 32 minutes
7,5

Menée par David Bujold, cette excellente formation de stoner psychédélique « made in Québec » a catapulté son premier album à la fin de 2018 : Les Matricides. Une entrée des plus fracassantes pour ce groupe qui en avait titillé plus d’un lors de leur passage aux Francouvertes, édition 2016. C’est donc un euphémisme d’affirmer que ce nouvel album était attendu impatiemment par les fans de rock québécois.

Fuudge est de retour avec une nouvelle galette sous le bras : Fruit-Dieu. Réalisé, mixé et joué par Bujold, le virtuose reçoit l’aide de ses comparses habituels sur quelques chansons : Olivier Laroche (batterie sur Mourir j’aime trop ça et Din Vidanges II), Vincent LaBoissonnière (clavier Moog sur Fruit-Dieu) et Pierre Alexandre (basse sur Beurrée de marde).

Dès les premières écoutes, la surprise est moins immédiate comparativement à ce qui était proposé sur Les Matricides. Avec des pièces majeures comme On est une gang de moumounes ou À temps (inoubliable conclusion purgative), il était difficile pour Bujold d’atteindre le même niveau de furie proféré par ces deux chansons.

Toutefois, ce qui est perdu en force de frappe abrasive est bonifié par des morceaux que l’on pourrait qualifier de « folk-rock de poteux ». On pense ici à la pièce titre, Fruit-Dieu, qui a des allures franchement beatlesques et à l’émouvante Comment ça t’es là ? À eux seuls, ces deux morceaux font la démonstration de tout le talent qui habite Bujold; un excellent compositeur certes, mais surtout un arrangeur hors pair.

Et ceux qui les affectionnent en mode décapant ne seront pas en reste. L’influence manifeste des Melvins dans l’introductive Le goût de ta chair et Une tête comme la tienne fait sourire. La conclusion cathartique dans Enterré Vivant est jouissive, malgré ce « fade-out » qui survient un peu trop rapidement… Le penchant garage-rock entendu dans Tu peux prendre mon âme est réussi. On note également un clin d’œil plus que satisfaisant à Kurt Cobain dans Din Vidanges II et l’humour de Bujold atteint la cible dans Din Vidanges I grâce à ces superbes harmonies vocales aux accents liturgiques.

Certains pourraient être rebutés par les textes du compositeur qui versent parfois dans l’infantilisme et la scatologie (Beurrée de marde, entre autres), mais par-dessus tout, on aime Fuudge pour ses qualités musicales. Le groove, la lourdeur de leur stoner, le psychédélisme subtilement saupoudré et l’indéniable dextérité viennent avantageusement contrebalancer la faiblesse littéraire du meneur de la formation.

Est-ce qu’il aurait été préférable pour Fuudge de laisser mûrir plus longtemps les chansons assemblées sur ce Fruit-Dieu ? Peut-être. Même si l’effet de surprise de ce nouvel album est passablement amoindri, il n’y a aucun doute, on a affaire ici à un talentueux créateur chansonnier qui maîtrise à la perfection les codes du stoner psychédélique.

David Bujold est un musicien qui atteindra un jour le nirvana créatif.

Amen ou alléluia, c’est selon !

* Dans le cadre du Tavern Tour, Fuudge lancera officiellement Fruit-Dieu au Pub West Shefford situé au 1562, Avenue du Mont-Royal Est. Ça débute à 22h.

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