Critiques

Ben Howard

Collections From The Whiteout

  • Island Records
  • 2021
  • 62 minutes
6,5

L’Anglais est de retour avec une offrande plutôt étonnante, soit Collections From The Whiteout. Fort d’un assemblage rock expérimental teinté de jazz et d’électro, Ben Howard collabore avec Aaron Dessner (The National) pour cette nouvelle parution.

Disons qu’avec ce long format, Ben Howard est à des années-lumière du son qu’il l’a positionné sous les plus grands projecteurs des quatre coins du globe. Oubliez Every Kingdom et I Forget Where We Were, ce bon vieux Ben Howard là n’est plus. Ce quatrième tome chargé de 16 pièces est une grosse gorgée à avaler, compte tenu de l’heure nécessaire pour l’écoute intégrale, en plus de ses versions bonus en fin d’album. Howard et Dessner avaient visiblement un trip quelconque à combler, une expérience qui plaira certainement aux hipsters en quête de marginalité. Évidemment, tout ça au grand désarroi des puristes, des fans de l’indie-folk quelque peu générique, mais attachant du Ben Howard d’antan. Personnellement, je fais clairement partie de la deuxième catégorie. Je me souviens très bien d’avoir mangé une belle claque au visage lorsque son deuxième album, I Forget Where we Were, voyait le jour en 2014. Une mélancolie profonde m’habitait à ce moment-là, synonyme d’une proposition sombre et puissante. À cette époque, Ben Howard est vite devenu mon partenaire d’étude de prédilection.

La sensation «neo-folk» souvent associée/comparée à José Gonzales laisse de côté les harmonies vocales accrocheuses sur Collections From The Whiteout. En revanche, l’auditeur reçoit parfois des envolées déphasées, parlées, dignes d’une forme étrange de spoken word. C’est le cas notamment sur Finder’s Keeper. Cette dernière est probablement, malgré son incohérence stylistique, la plus réussie de l’album. De plus, une ou deux failles se retrouvent sur la création, comme Rookery qui est figée dans le temps prise quelque part en 2013 et 2014 alors qu’elle aurait très bien pu se retrouver sur I Forget Where We Were. Une triste ballade guitare-voix très générique qui fera bien plaisir aux «nostalgiques». You Have Your Way est dans la même veine, quoique beaucoup plus riche en percussion et effets de corde.

La fin de l’opus propose également un sinistre récit historique : The Strange Last Flight of Richard Russell. Ce dernier fut un agent de bord d’une compagnie aérienne (Horizon Air/Alaska Airlines) en 2018. Révolté des conditions que son employeur lui offrait, Russell, en guise de rébellion, décida de prendre contrôle d’un avion alors basé à l’aéroport de Seattle. Seul à bord, il volera (dans les deux sens) pendant près d’une heure et des poussières, pour finalement l’écraser, se suicidant dans le processus. Ses manœuvres, pour un néophyte de l’air, sont alors décrites comme surprenantes par plusieurs spécialistes. Sur les réseaux sociaux, Richard Russell est vu comme un «sky king». Simple crack-pot à mes yeux, Ben Howard a trouvé le moyen de lui rendre «hommage».

Sinon, Collections From The Whiteout contient physiquement deux disques, alors que seulement deux versions «edit» sont écrites sur le second microsillon. Perso, je ne vois pas vraiment l’importance de ces deux versions, mais bon, je ne suis pas dans les souliers d’Howard et Dessner.

D’ailleurs, c’est un assemblage musical plutôt difficile à digérer pour le commun des mortels. Même si certains bijoux s’y retrouvent, l’apport en cailloux est bien plus important. Il est difficile de trouver une pertinence à ce quatrième long format.

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