Critiques

Arab Strap

As Days Get Dark

  • Rock Action Records
  • 2021
  • 47 minutes
8
Le meilleur de lca

Une autre semaine, une autre réunion d’un groupe influent après des années d’absence. Cette fois, c’est la formation écossaise Arab Strap, soit Malcolm Middleton à la guitare et Aidan Moffat à la voix, aux rythmes et aux ambiances électroniques. Seize ans après The Last Romance, qui bouclait une fort respectable série de six albums en dix ans, et après plusieurs années de projets chacun de leur côté (Middleton sous son propre nom, Moffat sous le pseudonyme L Pierre), le duo nous revient, plus gothique et plus ténébreux que jamais.

Arab Strap s’est rapidement fait remarquer, dès ses premiers démos en 1995, parce qu’il mettait le doigt sur une forme d’expression à la fois intemporelle et très de son temps. Il s’inspirait de rockeurs folks sans âge comme Bill Callahan et Will Oldham, mais accompagnait ces influences d’ornements et rythmes synthétiques, ce qui le plaçait dans les platebandes de ses contemporains post-rock. L’attrait du duo avait aussi beaucoup à voir avec les textes morbides et la voix graveleuse de Moffat, une combinaison qui a fait la carrière d’un plus d’un chanteur. 

Pour As Days Get Dark, Arab Strap revient à la formule de ses débuts : le duo est entré en studio avec le réalisateur Paul Savage pour marier les ébauches de Middleton à la guitare aux textes et aux ambiances de Moffat. Après seize ans d’absence, la méthode donne des résultats d’une profondeur, d’une richesse et d’une gravité qui surpassent tout ce qu’Arab Strap était arrivé à faire auparavant. Et n’allez surtout pas penser que l’âge a rendu Moffat plus sage ou tendre. As Days Get Dark est une exploration de tout ce qui hante l’humain après le coucher du soleil, quand les perversions, les habitudes tenaces et les pulsions de mort ont le dessus sur le sommeil et sur tout le reste.

« What has the night to do with sleep?
There is no secret she won’t keep
It’s only sinful in the sunlight anyway »

— Here Comes Comus!

L’album commence par le premier extrait à avoir été révélé, The Turning of Our Bones, qui combine célébration du sexe, contemplation de la chair vieillissante et rituels funéraires prônant la réincarnation, le tout accompagné d’un rythme soutenu et d’un éventail de sonorités variées. Ailleurs, l’album explore l’épuisement pornographique (Another Clockwork Day), la tristesse si constante qu’il devient impossible de pleurer (Tears on Tour), l’attrait indéniable de l’excès (la glorieuse Here Comes Comus!), la lutte interminable à laquelle sont livrés les défavorisés (Fable of the Urban Fox), et j’en passe. C’est une série de sujets d’un sordide à la limite du soutenable, rendus tolérables, voire réjouissants, par la lucidité avec laquelle ils sont abordés. 

On reconnaît encore l’Arab Strap d’antan, mais ces nouvelles pièces sont livrées avec un aplomb et une variété instrumentale qui pourraient sembler blasphématoires pour ceux qui appréciaient surtout le côté intime et lo-fi des premiers albums du duo. Parions que beaucoup des vieux fans seront toutefois impressionnés par la croissance et la maturité de Moffat et Middleton. Car, clairement, le duo ne s’est pas réuni simplement par nostalgie ou par appât du gain, mais bien parce qu’il tenait un bon filon avec ses nouvelles compositions. C’est le genre de retour sur disque qui donne l’impression que se séparer et se réunir plus de 10 ans plus tard est peut-être la chose la plus saine qu’un vieux groupe peut faire.

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