Critiques

Altin Gun Yol

Altin Gün

Yol

  • ATO Records
  • 2021
  • 40 minutes
7

Après On, premier album d’Altin Gün paru en 2018, la gloire était déjà assurée pour la formation établie aux Pays-Bas, bien que d’essence on ne peut plus turque. Œuvrant dans un rock anatolien à la forme bien classique, proche des influences d’Erkin Koray, Selda ou de Barış Manço, le groupe fait alors redécouvrir à pas mal tout le monde le groove des années 70 qui a bercé Merve Daşdemir et Erdinç Ecevit, seuls réels ressortissants turcs de l’ensemble.

Avant même sa sortie, Yol faisait déjà parler partout et c’est tant mieux. Altin Gün n’est plus la simple curiosité musicale exotique de ses débuts, mais un groupe qui est reconnu à l’international pour la qualité de sa musique et de ses prestations impeccables. Certains se posaient toutefois la question après Gece, le second opus du sextuor : le groupe allait-il se renouveler et sortir du classicisme dans lequel il semblait lui-même s’enclaver?

Après avoir exploré les décennies 60 et 70, Altin Gün explore maintenant des influences plus 80’s. Mission accomplie? Jusqu’à un certain point. Si les synthétiseurs avaient toujours été prépondérants, ils le sont ici encore plus, mais avec un kitsch groovy tout à fait nouveau. C’est d’ailleurs particulièrement marquant sur le premier extrait de l’album, la chanson Ordunun Dereleri, qui avait étonné bien des fans à sa sortie.

Le groupe s’aventure bel et bien dans un rock tourné sur le funk et la disco, mais y va avec prudence. Et parfois même un peu trop. Après une série sans faute de bangers qui culmine sur l’incroyable Yüce Dağ Başında, Kesik Çayir vient offrir une sorte de pause un peu étrange. La chanson est pourtant fort intéressante, située à mi-chemin entre la production plus pop de Gökçen Kaynatan et une création électro moderne qui pourrait facilement plaire aux amateurs de Polo & Pan. Mais en musique, tout est une question de timing. Kesik Çayir convainc difficilement, surtout lorsque suivie par Arda Boylari, la piste la plus calme de l’album. La préférée, d’ailleurs, de la chanteuse de la formation qui s’est amusée sur une variation d’un poème folklorique d’Âşık Veysel. Une mise en contexte fort intéressante, mais la chanson tombe ironiquement à plat au milieu du reste. Même chose pour la conclusion de l’album qui, positionnée ailleurs, aurait bien mieux paru.

C’est le principal problème de Yol : Altin Gün explore de nouvelles sonorités et réussit à se renouveler, mais sans y aller à fond et ça finit par affecter l’ensemble. Ça passe par les chansons nommées précédemment, mais aussi par des fondus parfois décevants, comme sur Hey Nari, Yekte ou Kara Toprak, qui se terminent sur un jam que l’on aurait vouloir voir durer quelques minutes de plus. Ça nous laisse du moins sur notre faim d’ici à un éventuel spectacle live.

Bref, la joie, l’exotisme et la danse sont tout de même les mots d’ordre de Yol. Tout y est suave et ensoleillé, mais il faut tout de même faire attention aux mirages et autres erreurs de production.

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