Critiques

Actress - Karma & Desire

Actress

Karma & Desire

  • Ninja Tune Records
  • 2020
  • 68 minutes
8
Le meilleur de lca

Actress, le personnage scénique du Britannique Darren J. Cunningham nous revient en force avec Karma & Desire, un long microsillon qu’il a certainement élaboré lors de son dernier voyage temporel en 2096.

Avec cette proposition risquée de 4080 secondes, qui va à l’encontre des tendances actuelles, le DJ et producteur anglais assume pleinement sa marginalité. J’imagine que l’excellente écurie (Ninja Tune) qui lui sert de maison de disques est bien fière de son poulain.

L’univers électronique de Cunningham est difficile à décrire, même pour le principal intéressé. Si son studio regorge d’instruments contemporains (drum pad machines, synthétiseurs, batterie électronique etc.), son processus créatif a grandi au fil des ans, passant d’unebase techno vers une graduation quasi classique et orchestrale.

Pour vous, lecteurs visuel.lles (comme moi), je vous conseille/recommande/suggère de regarder ses prestations live ou encore ses entrevues sur internet, ça vaut le détour!

D’ailleurs, son approche expérimentale/minimaliste est indéniable lorsqu’on se délecte de Karma & Desire. Éternel insatisfait de ses trames, le jeune trentenaire affirme son désir de quiétude alors qu’il a le réflexe et l’habitude de créer des textures presque «brutales».

Maniaque de l’échantillonnage, Actress utilise à bon escient ses échantillons vocaux et instrumentaux.

D’ailleurs, la chanteuse new-yorkaise Szela (Thompson) prête sa voix robotisée sur Angel’s Pharmacy et Remembrance. Soulignons, entre autres, l’apport vocal foutrement divin du londonien Sampha, qu’on entend à trois reprises.

Dû à la complexité de l’offre, l’idée de décortiquer l’album, pièce par pièce, m’est vite passée. Après tout, on parle ici de haute voltige électronique habilement déconstruite.

Je décrirais l’exercice comme une série de tableaux et portraits paradoxaux. Constamment en oppositions, les compositions finissent au même endroit, qu’elles soient propices à danser ou à pleurer, issues d’une percussion enivrante ou d’un piano larmoyant. Cet endroit, je l’imagine comme un punk house bétonné ou une usine désaffectée convertie occasionnellement en salle de spectacle. Un lieu commun réunissant une sacrée belle faune de mélomanes en tout genre, de la trance jusqu’au grime.

Tant qu’à comparer ses morceaux aux arts visuels, je dirais même que Many Seas, Many Rivers est une immense fresque maritime, où une brunante répétitive et saccadée plane sur une mer goudronnée. Une «courte» escapade de 8:10 qui est, à mon humble avis, le titre-phare de l’opus.

Ce que j’admire personnellement, c’est l’enchaînement des compositions. Systématiquement ou presque, l’ambiance changera «drastiquement» de chanson en chanson… par exemple, on passe d’une danse ensorcelante sur Loveless à une pièce solo jouée sur un piano feutré sur Public Life.

À l’orée de l’Halloween, si vous manquiez d’idées pour vos listes de lecture lugubres, je vous invite à tendre l’oreille à Save. C’est une sorte de quête spatialement périlleuse où le/la protagoniste n’a strictement aucune idée du danger qui l’attend. Disons simplement que la chute de notes «spooky» aux claviers et synthétiseurs y est certainement pour quelque chose. Posons un petit collant «on aime» sur ce périple instrumental.

En fait, Actress, ainsi que ses collaborateurs et collaboratrices méritent tous des autocollants dans leurs cahiers de leçons.

Bref, comme Karma & Desire est une station orbitale à l’abandon, je vous laisse là-dessus, question de prendre la prochaine fusée et y découvrir ses secrets.

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