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Concerts

Tame Impala au Centre Bell le 22 juillet 2026 : sortez les confettis, Eventually

Tame Impala était de passage hier soir au Centre Bell pour présenter sa tournée suivant la sortie de l’album Deadbeat, paru en octobre dernier.

Photos pas Maya Goudreau

Tame Impala, c’est ce one-man-band australien nommé Kevin Parker, aka le-gars-qui-a-toujours-l’air-de-venir-de-se-lever. La première partie était assumée par Djo, de son vrai nom Joe Keery, mieux connu pour jouer le personnage (le plus intéressant de la série?) de Steve Harrington dans Stranger Things. Retour sur une soirée haute en couleur, en jeux de lumière et en confettis. 

Djo

Confier le début de la soirée à Djo relève du coup de génie marketing. Petite mise en contexte pour les non-initiés. D’abord, le gars a connu un succès viral sur Tik Tok en 2024 avec sa chanson End of Beginning (pourtant sortie en 2022), puis la pièce a trouvé un regain de popularité en 2026, grimpant au numéro un des écoutes sur Spotify, après la fin de la diffusion de la saga Stranger Things, raccrochant les fans à tout ce qu’ils peuvent se mettre sous la dent qui s’apparente de près ou de loin à leur série chouchou. Ensuite, on vient de le dire, un succès viral sur Tik Tok veut bien souvent dire un succès viral auprès des jeunes, et surtout des jeunes prêts à payer le gros prix (plus ou moins 250$ pour un billet au parterre) pour entendre UNE TOUNE. (Un phénomène qu’on avait déjà remarqué avant: plein de jeunes faisant descendre la moyenne d’âge à la tournée des Arctic Monkeys de 2023 après que la chanson Do I Wanna Know soit devenue virale sur la plateforme de vidéos courtes). Enfin, Joe Keery est associé à Tame Impala pour être la star du clip de Loser, toute est dans toute, merci bonsoir!

Alors, comment c’est, Djo, sur scène? D’emblée, le gars est sympathique, charismatique (dah! c’t’un acteur! Talentueux en plus!), et drôle. Sa proposition musicale est intéressante et recherchée, on est vraiment loin du pop-rock générique fait par l’IA. Awake en début de set pouvait être un peu rebutant, alors que le commencement de la chanson a des petits airs de Something in the Way de Nirvana; mais la pièce se transforme en hymne emo rock déchirant à la dernière minute, donnant finalement le ton à une suite peut-être plus corsée qu’on nous laissait croire! 

Est venue ensuite Change, pas la plus palpitante de son répertoire, mais donnant toute la place à la très dansante Basic Being Basic par après, créant une vraie communion avec son public (très fourni pour une première partie!) en demandant de chanter avec lui, tout le monde s’exécutant de go. Puis il a enchaîné avec la très rythmée Link, la balade Roddy, et Fool, avec ses airs de Prince. Djo a fait son animateur de foule avant d’aller s’asseoir au piano pour chantonner Charlie’s Garden, qui semble tout droit sortie de Sgt.Pepper des Beatles. On sent que l’artiste a fait ses devoirs et écouté plus que le Top 6 à 6 de CKOI de la dernière année. 

Delete Ya et Egg se sont enchaînées aussi bien sur scène que sur le disque, avec leur refrain accrocheur et leurs arrangements bien ficelés. Djo a terminé son électrisant set avec sa chanson la plus attendue, End of Beginning, rappel automatique à tout le monde dans le Centre Bell qui l’avait peut-être oublié qu’il possédait un cellulaire et que ce serait donc bien plate de ne pas en conserver une précieuse archive à publier en story sur Instagram.

Entracte

Impossible de ne pas prendre une petite pause du concert à ce stade-ci du texte (anyway c’est l’entracte du show, pis ça a duré 45 minutes!) pour ne pas revenir sur les réactions très mitigées de l’album Deadbeat de Tame Impala. « Pas très inspiré », « Kevin Parker semble perdu », « du prodige de la psych-rock au consultant de la pop la plus générique qui soit », disons que les attentes étaient élevées et qu’à peu près tout le monde et son beau-frère ont été déçus. Tu veux faire du dance? Fine. Ça te tenterait pas que ce soit… bon? Tu nous as habitués à des standards bien plus élevés, Kevin, lui dirait-on. On ne pourra jamais reprocher à un artiste de tenter de se renouveler, mais Kevin Parker ne réussit pas à rallier ses anciens fans à ses envies artistiques, tout simplement parce qu’il n’a probablement juste pas autant les moyens de ses ambitions, en tout cas pas autant qu’on le pensait. 

Tame Impala

Tame Impala

Heureusement pour tout le monde (et son beau-frère), le principal intéressé semble avoir été à l’écoute de son public et consacre environ le tiers du temps de spectacle aux pièces du dernier album, laissant une belle vitrine à tous ces classiques que les fans de la première heure avaient envie d’entendre (et de voir, parce que Tame Impala en show, c’est visible). 

De ce fait, Apocalypse Dreams, parue sur Lonerism en 2012, était une excellente entrée en matière pour crisser le feu au plafond du Centre Bell. Jeu de lumière hallucinant (on n’oublie pas que c’est Tame Impala!) qui annonçait déjà une folle épopée visuelle en perspective. Après un bref jam de sons tirés du dernier album, Kevin et sa bande ont entamé Borderline, l’extrait de The Slow Rush, alors qu’il en a profité pour la première fois de faire le tour de sa scène circulaire, faisant réagir très fortement le public. Loser, l’une des chansons les plus réussies de Deadbeat, a été interprétée de manière très rock, donnant plus de kick qu’à la version de l’album.

Breathe Deeper de The Slow Rush, choix un peu bizarre dans un set qui s’annonce entre le rock et le dance, a mené vers Gossip, cette petite pièce servant d’interlude sur Currents, mais qui est venue mettre la table à la géante Elephant qui, en show, est une pure leçon de rock pesant et maîtrisé. C’est aussi ça, Tame Impala. Les musiciens qui accompagnent Parker sont rodés au quart de tour, chaque beat est poussé avec rudesse, mais chaque mélodie est jouée avec finesse. 

On est ensuite revenu à la très dance Afterthought, et comme la toune est plate, Kevin en a profité pour prendre un premier bain de foule. Qu’arriverait-il s’il manque quelques paroles, alors qu’il est accroché par des fans en délires? Pas un gros manque. Il est remonté sur scène pour interpréter un peu à l’écart My Old Ways avec son début piano-voix assez joli, avant de retrouver le groupe pendant que la chanson reprenait ses airs dansants et puissants. 

Le public a pogné de quoi quand le band a commencé Feels Like We Only Go Backwards alors que les projections et les éclairages s’en donnaient à cœur joie dans la thématique psychédélique, halos autour de Kevin en prime. Jusqu’ici, tout se passait somme toute assez bien, et sans trop de bémols. C’était notre constat avant qu’on suive à la caméra le leader sortir de scène, qu’on le voie pisser backstage (en tout cas, c’est ce qui était suggéré), pour revenir sur une petite scène secondaire, éclairée par des lampes très 70’s

Il y est allé pour jouer Ethereal Connection, cette chanson qui te donne autant de fun à l’écouter que le marteau piqueur qui te réveille chaque matin sur ta rue depuis trois mois, pis qui te rappelle que ton quartier s’embourgeoise. (Comme Kevin Parker.) Le concept de la petite scène n’est pas nul en soi, en fait, c’est même vraiment cool: ça recrée le salon de l’artiste, assis par terre sur le tapis shaggy entre quatre lampes, son synthétiseur et ses pédales, comme s’il créait le beat pour la première fois. Idée géniale, chanson à oublier. Il a ensuite enchaîné avec Not My World, qui nous donne à nous aussi, le goût de nous coucher par terre, parce que ce n’est pas un joyau de son répertoire, on va se le dire. Même si la fin a des élans de Thriller, il n’y a rien dans ce morceau qui accote une once des qualités du tube de Michael Jackson et Quincy Jones. 

Retour sur la scène principale pour jouer Let It Happen et rappeler au public qu’il était vivant et créer – on n’exagère pas – le meilleur moment du spectacle. Éclairages qui semblaient provenir d’une mitraillette, confettis à ramasser à la pelle, jeux de caméra extravagants, tout y était. Et c’est alors qu’on se demande: Qu’est-cé qui peut bien topper ça après? On vous dévoile tout de suite le punch: rien. 

S’en est suivi une triade moins convaincante: la planante Nangs, puis Obsolete, qui est le meilleur titre pour décrire l’état de cette chanson drette après le show, et Yes I’m Changing, à oublier, tout simplement. Le public semble avoir repris un peu d’énergie pour chanter de toutes ses forces Eventually, légèrement étirée sur la fin et New Person, Same Old Mistakes, clairement appréciée dans la foule, mais un peu trop lente pour une fin de setlist. T’as beau ressortir les confettis, on les a vus tantôt, on s’en rappelle! Ça ne rend pas ta toune plus up tempo

Parker a spécifié qu’il aimait Montréal et semblait réellement content d’être là en revenant pour le rappel, et on peut juste le croire en voyant ce Centre Bell plein à craquer qui chantait ses chansons par cœur. Garder Dracula pour la finale, chanson la plus catchy du dernier opus, était une excellente idée pour revigorer un public après deux heures de show. Mais on se serait passé de The Less I Know the Better, qui étirait pour rien un spectacle qui aurait bénéficié d’être plus tassé. S’est rajouté là-dessus End of Summer – la vraie de vraie finale celle-là! – pour nous rappeler, d’un coup qu’on s’en souvenait pu, que Kevin, maintenant, il a viré au dance.  

Finalement, Tame Impala a beau nous époustoufler par des projections spectaculaires, des confettis et des jeux de lumière dignent de Moment Factory, on sort du show avec un petit feeling nostalgique en se disant que tout ça, toute cette extravagance, ferait de ce concert le meilleur de notre année si la qualité de la musique avait suivi, au gré des albums. Juste un tiers du show de chansons de Deadbeat, ça reste quand même un tiers du show dont la musique est ordinaire. Kevin, steplâ, reviens-en du dance pis renoue avec c’que tu fais de mieux, du psych-prog-rock. On te tiendra pas rigueur de tes petites incartades, mais là, ça suffit. Let it Happen, Kevin. Eventually… 

Liste des chansons

  1. Apocalypse Dreams
  2. Deadbeat Jam
  3. Borderline
  4. Loser
  5. Breathe Deeper
  6. Gossip
  7. Elephant
  8. My Old Ways
  9. Afterthought
  10. Feels Like We Only Go Backwards
  11. No Reply
  12. Ethereal Connection
  13. Not My World
  14. Let It Happen
  15. Nangs
  16. Obsolete
  17. Yes I’m Changing
  18. Eventually
  19. New Person, Same Old Mistakes

Rappel

  1. Dracula
  2. The Less I Know the Better
  3. End of Summer

Crédit photo: Maya Goudreau

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