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Le Pitchfork music festival 2022

En mars dernier, lorsque Pitchfork a annoncé les artistes présents à son festival de Chicago, ça ne m’a pas pris ni une, ni deux que j’avais déjà acheté mes billets et réservé mon Airbnb pour une semaine à Chicago. Pourquoi ne pas en faire d’une pierre, deux coups et profiter de la ville de Chicago et du festival? Les têtes d’affiche sont intéressantes et je n’ai jamais visité la ville de Chicago. Pitchfork semble offrir un festival qui honnêtement semble compétitionner avec le reste de l’été…

Donc, en roadtrip de feu, nous, mon partenaire et moi, nous voilà parti pour le Midwest américain, pour assister au festival de musique du média le plus respecté et controversé dans le milieu. Et puis l’expérience, comment c’était? Ben c’était…particulier. Tout d’abord parce que Chicago, c’est le Midwest américain. Rien à voir avec le East Coast (New York) ou le West Coast (Los Angeles). Ici, on est dans l’Amérique profonde, la vraie. Ceci dit, l’État de l’Illinois est un état démocrate, donc on est dans le deep democrat stronghold du Midwest. C’est un peu différent des états voisins l’Indiana, le Missouri ou le Minnesota. Saviez-vous que l’Illinois est l’un des états avec les lois les plus strictes en matière de port d’armes? Le seul problème, c’est qu’il est entouré d’états ultra-laxistes là-dessus…

Bref. Revenons à nos moutons. Donc, dans cette ville où tout est littéralement à une heure et demie de marche, mais où ça te prend 10 minutes en auto pour arriver à ta destination, c’est à Chicago que Pitchfork a, à la base, commencé. Le fondateur a démarré son blogue en 1996 à Minneapolis, mais en 1999, l’a relocalisé à Windy City. Aujourd’hui, le média est basé à New York parce que Condé Nast l’a racheté en 2015. Pourquoi je vous raconte tout ça? Pour mettre un peu de contexte. Bref, le Pitchfork Music Festival existe depuis 2006 et a comme objectif de non seulement mettre de merveilleux artistes de l’avant, mais aussi de faire la promotion des artisans, des organisations, des maisons de disques qui font la scène de la ville de Chicago.

Imaginez un mix entre Osheaga et Pop Montréal, vous avez le Pitchfork Music Festival. Se déroulant sur trois jours, le festival est ambitieux. Et il relève son rôle assez bien, tout en ayant quelques failles. Est-il décevant? Pas vraiment. Est-ce le meilleur festival de l’été? Pas tout à fait. Alors il se situe où? C’est un peu un festival pour millénariaux. Il finit à 22h30, offre une sélection de musique dans laquelle les gens de 28 ans et plus se reconnaissent et est un événement absolument low-key. Les gens sont allongés, lisent ou décident de s’asseoir sur leur chaise de camping pliante durant une prestation de Parquet Courts. C’est original. Et étrangement, ça m’a plu. Malgré la pluie abondante du vendredi. Petit retour.

VENDREDI

Alors qu’il a fait beau et chaud toute la semaine, le vendredi fut une journée pluvieuse et franchement humide. Après avoir en main de précieux ponchos transparents qu’on finit par trouver au Wallgreen’s à 2.30$, nous prenons la route vers Union Park. À notre arrivée, il y a peu de personnes, mais la pluie s’est arrêtée. On commence par un petit tour des lieux. Il y a trois scènes identifiées par RED, GREEN, BLUE qui ne sont pas si loin l’une de l’autre. Honnêtement, le festival est petit comparativement à ce que je m’attendais. Pas trop de kiosques de commanditaires ou d’activations. Petit bémol, pour certaines sections du festival qui sont gérées par des commanditaires, il faut être abonné ou utiliser des applications seulement accessibles aux Américains. En général, on arrive à avoir accès à la majorité des installations – sauf la section VIP. Parmi les premiers spectacles, on apprécie SPIRIT OF THE BEEHIVE, Wiki, et Monaleo. Mais c’est définitivement Indigo De Souza qui me fait chavirer avec son indie-rock à saveur emo du début des années 2000. C’est frais, c’est moderne, et c’est bien exécuté. Indigo De Souza est impressionnante par sa présence sur scène. Le clou de cette journée? Oubliez la performance de The National, qui comme d’habitude était excellent. C’est l’explosive Tierra Whack qui a électrisé la foule par sa performance, son énergie et sa fougue. À ce point-ci, j’étais complètement trempée par la pluie, mais ça n’avait aucune importance. Je voulais tout simplement m’amuser et danser avec Tierra Whack.

Mention spéciale à Camp Cope, dont je n’ai pu écouter que 10 minutes, mais ce fut 10 minutes magiques.

SAMEDI

Ma journée préférée de tout le festival. Il ne pleuvait pas, il faisait un peu frais, assez pour qu’on puisse profiter des spectacles sans haïr tout le monde. On arrive alors que The Linda Lindas joue et quelle performance ! Leur voix d’ados punks projette, elles sont généreuses. Je suis un peu jalouse des Linda Lindas. Moi aussi j’aurais voulu être dans un band punk quand j’avais 14 ans. Elles vivent mon rêve, mais je ne peux m’empêcher d’être impressionnée par leur timidité et leur amour pour leurs fans. Le nombre de jeunes enfants portant des t-shirts du band est d’ailleurs pas mal élevé après leur performance. Nous profitons de l’occasion d’un petit break pour faire le tour des marchands sur place. Une foire aux vinyles est sur place. Elle regroupe des labels indépendants de Chicago, des magasins de vinyles indépendants. Ça donne l’occasion de chercher des vinyles d’artistes qui sont sur place, ou de chercher des raretés. Et des vinyles, il y en a. De la marchandise, il y en a à la tonne. Suis-je ressortie endettée de cette expérience? Oui. Mais ça vaut la peine. Les discussions sont intéressantes, les gens racontent des histoires et ça donne la possibilité de découvrir de nouveaux artistes. Bien que je comprenne qu’une foire à vinyle peut être encombrante lors d’un festival, il y a ici un potentiel de connexion entre les fans et les gens de l’industrie. Ça casse des barrières, mais ça permet de promouvoir les projets et les nouveaux artistes.

Après les achats, on ressort pour écouter Dry Cleaning (qu’on avait déjà vu au Fairmount en mai et qui est toujours excellent) et on fait un petit détour pour Iceage, groupe punk rock danois que mon partenaire apprécie. Malheureusement, j’ai de la misère à apprécier. La performance du chanteur me fait drôlement penser à une imitation manquée de Julian Casablancas. Je comprends vaguement les paroles, bref… performance non mémorable.

Mais c’est vraiment avec la performance de Lucy Dacus que je trouve finalement le moment tant espéré. Je ne me cache pas, je suis une grande fan de Lucy Dacus. Sa douceur sur scène, ses interactions pertinentes avec ses fans… Lucy Dacus transforme le public à travers chacune de ses interprétations. Avec du brillant dans les cheveux, un petit maquillage bleu, elle nous entraîne dans chacune de ses chansons. On est ravi lorsqu’elle chante pour la première fois une reprise de Believe de Cher qui devient une ballade acoustique déchirante. J’ai pleuré. Et je vais encore pleurer à Osheaga lorsqu’elle va jouer de nouveau.

Après Lucy Dacus, Japanese Breakfast embarque sur scène pour donner un spectacle envoûtant. Michelle Zauner est la coqueluche de la scène indie et son dernier album, Jubilee, est partout lors du festival. Il y a une bière spéciale faite en collaboration avec elle, les fans sont fiers de porter son t-shirt, les gens disent ouvertement qu’ils sont là que pour elle. Alors que je n’étais pas une grande fan de Japanese Breakfast au début de la performance, à la fin, je suis devenu la plus grande fan. Zauner est heureuse sur scène. C’est son élément. Elle danse, elle s’y donne à coeur joie, elle joue de la guitare aux côtés de son partenaire. Chicago n’est pas la foule endiablée qu’elle devrait être pour cette performance qui dépasse mes attentes. Performance qui d’ailleurs est à l’opposée de celle de Mitski qui boucle la soirée. Mitski est théâtrale, du début à la fin, elle ne s’arrête que deux fois pour dire bonjour à la foule et lui dire au revoir et enchaîne toutes ses chansons d’un coup. Est-ce une performance décevante? Pas vraiment. Elle est à l’image de Mitski. C’est une performance exécutée par quelqu’un qui a fait un album sous contrat alors qu’elle voulait quitter l’industrie. Mais elle y donne son 110%.

Mention spéciale à mon regret de ne pas avoir acheter un tote bag de Japanese Breakfast qui se sont envolés si rapidement.

DIMANCHE

Dernière journée du festival et je le sens dans mon corps. Assez pour que je pense un instant faire autre chose de ma journée, mais j’ai envie de voir BADBADNOTGOOD…qui finalement annule leur performance à cause de la COVID. On en profite pareil en regardant L’Rain qui se donne pleinement sur scène avec son R’n’B expérimental, presque spirituel. C’est audacieux, c’est bon et ça redonne de l’énergie. L’Rain sait comment hypnotiser les gens durant sa prestation. Même son de cloche du côté de Injury Reserve qui joue après. Du rap expérimental, des sons qui heurtent un peu mes tympans, et un homme qui décide (encore une fois) de s’asseoir en plein milieu de la foule sur sa chaise de camping, un rendu un peu surréel.

Mais c’est la performance de Noname qui me séduit. Native de Chicago, la rappeuse s’éclate devant sa ville, ses concitoyens et elle se donne complètement après un hiatus qui a duré trop longtemps selon moi. C’est une énergie à l’image de la ville qui ressort de son concert. Il y a une ambiance où on ne se prend pas la tête, on apprécie la musique et les gens autour de nous. Noname nous donne le goût de danser, et de nous éclater et nous prépare pour un dimanche en douceur malgré les propos plutôt sérieux de ses chansons.

Earl Sweatshirt embarque sur scène tout de suite après sous une pluie battante. L’air ahuri, il s’exclame à propos de la pluie «WHY IS IT RAINING?» faisant rire la foule. Son air un peu perdu ne l’empêche pas de rapper et d’entraîner tout le monde avec lui. Avec son DJ, il soulève la foule avec sa performance loin d’être monotone. Fidèle à son habitude, un peu gelé, il s’interrompt lui-même et demandent aux gens dans la boue si tout va bien. Il s’assure de la sécurité des fans, quelque chose qui est apprécié durant le festival. La performance de Toro y Moi juste après est un peu fade. Je m’attendais à plus d’énergie. Le chanteur reprend ses succès, la foule danse sans plus. Est-ce lui ou Chicago qui est le problème? Après trois jours à Pitchfork, je peux soulever que oui, les fans de la ville sont moins excités que ceux de Montréal où la foule est toujours en délire. Mais avec The Roots, je me ravise. Finale tant attendue du festival, les gens dansent ensemble, se parlent et célèbrent. C’est difficile de ne pas sourire devant la scène.

PIS T’EN A PENSÉ QUOI?

À part la bouffe hors de prix, les toilettes chimiques un peu poche — mais normales — et la pluie, le Pitchfork Music Fest est un bon festival. Le choix des artistes est plus près des intérêts des millénariaux (lol ici), et j’aime la formule qui permet de découvrir des artisans locaux et des labels locaux. Bien que Pop Montréal le fasse déjà, je pense que c’est quelque chose qu’Osheaga gagnerait à faire plus. Donner la place aux artisans d’ici et aux maisons de disques ne ferait que faire rayonner un peu plus nos talents à l’étranger. Mais il y a aussi un plus que j’ai franchement aimé dont je n’ai pas encore discuté. Le festival avait durant les trois jours des moments de conversations entre artistes et journalistes.

Écouter les artistes parler de leur processus de création, des deux dernières années de pandémie, de leurs difficultés et de leurs aspirations amène une autre dimension à leur performance. C’est notamment ce qui m’est arrivé avec Indigo De Souza. Oui, elle est bonne sans le contexte, mais l’écouter parler avant sa performance m’a permis de l’apprécier encore plus. Eh oui, Pop Montréal et Osheaga, vous gagneriez à faire ce genre d’événements avec des médias locaux (genre Le Canal Auditif…)

Mais comme tout festival, il y a des côtés moins cool. Notamment, la scène Blue qui souvent avait du noise bleed vers la scène Green et Red. Entendre un autre groupe jouer alors que tu essaies de te concentrer sur une autre performance, ça enlève tout le plaisir d’être dans un festival. L’autre côté négatif? Le prix des billets en fonction de l’expérience. Je comprends qu’il y a de grands noms qui viennent, mais mon expérience ne valait pas le 225$ (USD) payé pour le festival. 150$ pour trois jours m’auraient paru plus juste.

Est-ce que j’y retournerai? Oui, absolument! Parce que ça se passe à Chicago, parce que c’est différent, parce que j’aime le fait que c’est plus relax que d’autres festivals, parce que je suis une milléniale – mauvaise blague.

Est-ce que ça vaut la peine que vous y alliez? Oui, pour toutes les raisons mentionnées plus haut. Et les souvenirs. Parce que des souvenirs, là j’en ai une tonne, malgré la pluie.

Puis, au final, ça fait une expérience à vivre!