Chroniques

Démocratiser la Hongrie avec le Quatuor Bozzini

Les 8, 10 et 13 avril prochain, le Quatuor Bozzini propose la série salon Budapest qui se penche sur une série de compositeur hongrois de Ligeti à Jeney.

Presque tous les printemps, le Quatuor Bozzini se lance dans des séries deux à quatre spectacles qui se penchent sur un répertoire étranger. Nous nous sommes entretenus avec Clemens Merkel, le violoniste de l’ensemble pour parler de ceux-ci. L’an dernier, la formation avait été du côté du Japon et avait même poussé le projet jusqu’à inviter des musiciens et compositeurs du pays du soleil levant. Cette année, ils plongent dans le monde des compositeurs hongrois. « Ce sont des compositeurs que nous jouons beaucoup lorsque nous sommes à l’extérieur de Montréal surtout Zoltán Jeney et Gyula Csapó. C’est une génération de compositeurs plus jeunes que Ligeti et György Kurtág et nous allons aussi jouer pendant cette série. »

Ces compositeurs ont en commun d’avoir fréquenté le New Music Studio de Budapest qui a été fondé par László Vidovszky, Peter Eötvös, Zoltán Kocsis, László Sáry and Zoltán Jeney. Cet endroit foisonnant a permis à plusieurs talentueux artistes d’émerger à Budapest. Cependant, quelques-uns sont restés tout de même des secrets bien gardés : « Zoltán Jeney et Gyula Csapó ne sont pas très bien connus, même en Europe centrale. Ils n’ont pas émigrés et n’ont pas voyagé beaucoup grâce à leurs oeuvres. Donc ici, ils ne sont pas connus du tout. Mais la musique vaut vraiment la peine. »

Alors comment est-ce que le Quatuor Bozzini est venu à connaître ces compositeurs un peu obscurs? « Nous avons joué du Zoltan Jeney de façon régulière dans une petite série de concerts à Borås en Suède. Il s’agit de concerts de musique de chambre présentant un petit groupe de compositeurs et compositrices peu connus, mais qui de notre avis, gagnent à l’être! Gyula Csapó a longtemps enseigné à l’Université de Saskatoon et il nous a invité à jouer l’une de ses pièces en 2016. Nous en avons fait la création et l’enregistrement au Budapest Music Center en 2016. Nous avions d’ailleurs à l’occasion travailler avec Gyorgy Kurtag, l’expérience d’une vie! »

Travailler avec la relève

Le troisième de ces concerts est particulier puisque 22 élèves du Cegep de St-Laurent viendront rejoindre le Quatuor Bozzini sur scène. D’ailleurs, cette association n’est pas nouvelle. La formation de musique contemporaine travaille avec Natalie Cadotte et ses étudiants depuis quelques années. Cela permet à l’ensemble de proposer des pièces plus imposantes et d’une autre côté, cela donne l’opportunité aux élèves de se pencher sur des compositeurs moins connus.

Les 22 étudiants les rejoindront pour interpréter Something Like et Something Round de Jeney. Il s’agit de pièce qui sont très particulières. Tout d’abord, elles sont des négatifs de l’autre. Ce qu’elles sont composés inversement au niveau de l’intensité comme si les moments de calme de l’une répondait au moment d’emportement de l’autre. On est près de la musique électronique drone, puisqu’il s’y trouve très peu de variation. « C’est une musique statique. Ce n’est pas une musique avec un élément narratif. C’est comme une installation vidéo où rien ne semble bouger, mais en fait, c’est simplement nuancé. Il y a un parrallèle à faire avec la musique drone. Mais c’est 25 violons qui jouent donc il se passe toujours quelque chose. »

Démocratiser et défaire des préjugés

Le Quatuor Bozzini a une belle initiative. Puisque le mélomanes avertis pourraient décider de voir les trois concerts pour la modique somme de 30$. Difficile d’être plus accessible. « Au 19e siècle, les salons de musique étaient le moyen d’écouter les grands compositeurs comme Beethoven. C’est le prédécesseur du vinyle et de la radio. Parce que c’était très difficile de voir Beethoven live à l’époque. » C’est donc cette idée pouvoir se jeter dans des oeuvres qui seraient autrement plus difficile.

Si un préjugé persiste sur la musique contemporaine, le Quatuor Bozzini fait ce qu’il peut pour ouvrir la porte à tous. Les prix des billets restent abordables, il y a aussi des laboratoires qu’ils donnent à Montréal, ils vont dans les écoles pour montrer la musique qui les excite. « La marche semble souvent haute pour entrer dans le monde des créations contemporaines et nous travaillons à la réduire. »

Le Quatuor Bozzini présentera trois concerts les 8, 10 et 13 avril prochains dans le cadre du Salon Budapest:

Le 8 avril : György Ligeti et László Vidovszky à la Sala Rossa

Le 10 avril : György Kurtág et Gyula Csapó à la Chapelle historique du Bon-Pasteur

Le 13 avril : Zoltán Jeney à la salle de concert du Conservatoire.

Pour en savoir plus sur les activités de Groupe Le Vivier

*Cet article a été écrit en collaboration avec Groupe Le Vivier et le Quatuor Bozzini

2 commentaires

  1. Steve Naud, le 2019-04-10 à 07:15

    Merci pour cette excellente chronique. Une des meilleures façons de démocratiser la musique contemporaine, c’est d’en parler! Le Quatuor Bozzini est une de nos meilleure formation dans le genre. Récemment, ils ont publié un très bon disque consacré à la musique du compositeur américain Phill Niblock. Les amateurs de drone devraient l’adorer!

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