Chroniques

Les albums parfaits des années 80

Dinosaur Jr. — You’re Living All Over Me (1987)

SST Records

C’est le deuxième album studio du trio initial formé de J Mascis, Lou Barlow et Murph. Lancé en 1987 par SST Records – maison de disques appartenant à l’époque à Greg Ginn de Black Flag – You’re Living All Over Me est aujourd’hui considéré comme l’un des fers de lance du mouvement alternatif américain dont le climax de popularité a été atteint avec la sortie de Nevermind de Nirvana (1991). Le son inimitable de Dinosaur Jr. (mur de guitares, solos à l’emporte-pièce, voix nonchalante de Mascis) emprunte alors sa forme définitive. Un vrai classique de l’indie-rock états-unien. (SD)

Pixies — Surfer Rosa (1988)

4AD

J’ai découvert la formation lors de la sortie de Doolittle (1989), mais quand j’ai prêté l’oreille à leur précédent effort, Surfer Rosa (1988), je ne m’en suis jamais remis. Avec des chansons dont les bases ont été conçues principalement à la guitare acoustique, le premier album des Pixies est sinistre. Black Francis hurle comme un damné, les guitares de Joey Santiago sont magnifiquement malhabiles et dissonantes, Kim Deal nous gratifie de la géniale Gigantic et David Lovering est moins prévisible que sur les parutions suivantes. C’est LA porte d’entrée par excellence pour s’abandonner à l’univers siphonné des Pixies. (SD)

Sonic Youth — Daydream Nation (1988)

Enigma

Daydream Nation est l’album qui concrétise le virage mélodique de la formation; mouvance propulsée un cran plus haut avec la parution de Goo. Évidemment, le mélomane qui fraye avec Sonic Youth est un passionné de guitares. Sur Daydream Nation, l’utilisation du larsen est mythifié créant ainsi une atmosphère étrange, parfois même malsaine. Juste pour le morceau d’ouverture, Teen Age Riot, ce disque en vaut vraiment la peine. C’est le chef-d’oeuvre de la première période créative de Sonic Youth. (SD)

Public Enemy — It Takes A Nation of Millions To Hold Us Back (1988)

Def Jam + Columbia

La première chose qui frappe à l’écoute du deuxième album de Public Enemy est sa musicalité. À l’époque où les détracteurs du rap accusent cette musique de n’être que du bruit, Chuck D, Flavor Flav et leurs acolytes relèvent le défi de faire un disque qui ouvre une nouvelle ère pour le genre sans renier ses racines. Le brûlot Bring the Noise se joue d’ailleurs de cette idée, tandis que Don’t Believe the Hype critique les médias. La bande puise à toutes les sources, de James Brown jusqu’à Slayer, pour créer des pistes d’une incroyable densité. Comme l’a écrit Robert Walser dans un des premiers articles musicologiques à parler de rap avec sérieux, « il faut écouter non seulement ce que ces rappeurs ont à dire mais aussi ce que ces musiciens composent – comment ils utilisent le rythme, les rimes et la rhétorique pour exprimer l’idée de survie et de célébration, dans un esprit de revendication et de communauté ». (BC)

A Tribe Called Quest — People’s Instinctive Travels and the Paths of Rhythm (1989)

Jive + RCA Records

Même si plusieurs avancent que ce n’est qu’à Low End Theory (1991) que A Tribe Called Quest s’est vraiment démarqué, je suis de l’avis que leur premier effort aura donné le coup d’envoi au hip-hop alternatif et pour de bon grâce à leurs expérimentations avec des échantillons de cool jazz, de folk et de pop. Réussir à rapper sur Walk On The Wild Side de Reed (Can I Kick It) est tout de même un exploit. ATCQ fut aussi le premier groupe de hip-hop à critiquer le gangsta rap qui bat alors son plein aux États-Unis, ainsi que la tournure machiste que prend la culture hip-hop en général à cette époque. Leurs paroles parfois légères, parfois lourdes de sens, dénoncent également les violences sexuelles de la rue et la société de consommation. Soutenu par le flow incroyable de Q-Tip, cet album intemporel ne contient aucun faux pas. (EL)

Beastie Boys — Paul’s Boutique (1989)

Capitol

Fort du succès de Licensed to Ill, Ad-Rock, MCA et Mike D auraient pu se la couler douce en récidivant avec la même recette : du hip-hop rock adolescent et provocateur. Réalisé par les Dust Brothers, cet album des Beastie Boys est presque entièrement composé d’échantillonnages et évacue le rock pur et dur. Les ventes sont bien sûr nettement moins importantes que le précédent effort, mais la livraison enflammée et l’innovation sonore de Paul’s Boutique le positionne aujourd’hui comme l’un des chouchous de la communauté hip-hop. (SD)

De La Soul — 3 Feet High And Rising (1989)

Tommy Boy Records

Dans le fond, si Public Enemy étaient les punk du hip-hop, De La Soul serait la new wave. Contrairement à la première galette de ATCQ sortie la même année, 3 Feet High and Rising lui, a reçu un accueil favorable de la critique : l’album a été classé #1 en écartant la chanson Freedom de Neil Young, qui y trônait depuis un moment déjà. Incroyable pour un disque enregistré par trois ados, avec des échantillons obtenus illégalement par-dessus le marché. Essayez de trouver ce brûlot sur une plateforme de téléchargement : De La Soul n’a jamais payé pour les droits des samples utilisés! Johnny Cash, Hall & Oates, Kraftwerk, Steely Dan et les Turtles attendent encore de leurs nouvelles. (EL)

Nomeansno — Wrong (1989)

Alternative Tentacles

L’un des albums favoris à vie de notre chroniqueur La Brute du Rock… et c’est totalement justifié. Ce mélange jouissif de punk, de jazz et de rock progressif, évoquant à la fois Dead Kennedys et Minutemen fait l’effet d’une claque en plein visage et ce, à chacune des écoutes. Paru juste avant l’éruption du volcan alternatif, ce disque de Nomeansno tient encore solidement la route 30 ans plus tard. Wrong est l’improbable fusion entre l’agressivité du punk et la virtuosité du jazz. Et c’est un groupe canadien par-dessus le marché ! Que demander de plus ? (SD)

René Lussier — Le Trésor de la Langue (1989)

Ambiances Magnétiques

S’il y a quelqu’un dans l’histoire musicale du Québec qui a lancé des mouvements surprenants, c’est René Lussier. Trésor de la Langue s’ouvre sur la voix d’une Française qui dit qu’elle « ne comprend pas le dialecte québécois » et qui « aimerait qu’on s’adresse à elle en français ». C’est ce mélange entre le discours politique, le joual, les orchestrations contemporaines et l’expérimentation sonore qui fait la richesse de cette œuvre inclassable, encore aujourd’hui. C’est un peu une chronique de notre histoire à travers un album-concept mésestimé. (LP)

The Cure — Disintegration (1989)

Fiction Records

Quand on discute avec les fans de The Cure, il est difficile d’obtenir l’unanimité à savoir quel album ils préfèrent dans la discographie du groupe. Une chose est sûre, Disintegration se hisse très haut dans la liste de leurs meilleures créations. Le huitième album de la formation est un retour au rock gothique qui a consolidé leur réputation. Introspectif et conçu sous influence (merci aux drogues hallucinogènes!), il est l’un des bons vendeurs de leur carrière, malgré l’esthétique sombre et mélancolique qui prédomine. (SD)

Les albums parfaits 1950-60
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