Chroniques

Les albums parfaits des années 70

Alice Coltrane — A Journey in Satchidananda (1971)

Impulse!

Un album débordant de transcendance, d’harmonie et de chagrin. Le mari d’Alice, et saxophoniste jazz, John Coltrane, meurt d’un cancer en 1967. La veuve chercha ses repères, rencontra le guru Swami Satchidananda et se converti à l’hindouisme. Comme l’indique le titre A Journey in Satchidananda, Alice Coltrane nous emmène sur des territoires inexplorés dans la composition jazz et dans sa spiritualité, puisant dans de multiples cultures du monde comme la musique traditionnelle indienne et divers instruments (le bourdon tanpura et l’oud). L’histoire raconte que c’est John qui aurait commandé cette harpe dont Alice jouera toute sa vie. Il serait mort avant que la harpe ne soit prête à être livrée. Tragiquement magnifique. (EL)

Joni Mitchell — Blue (1971)

Reprise Records

Le succès commercial n’a jamais été la tasse de thé de la grande dame du folk, même si la plupart de ses albums sont classifiés culte : la popularité nous enlève parfois beaucoup de liberté! La musicienne canadienne venait de terminer le très acclamé Ladies Of The Canyon (1970) lorsqu’elle s’est promise une année sabbatique vouée au voyage où elle tente de renouer avec sa créativité, mais surtout de s’évader de l’atmosphère claustrophobe du vedettariat. Blue est ainsi devenu l’humble récit d’une vie en mouvement, son journal intime de longs voyages, de mal du pays et d’amours voués à l’échec. La folk-pop aérienne de Blue est inconfortablement directe : on y retrouve seulement la voix éthérée et vulnérable de Mitchell en avant-plan, accompagnée de piano, guitares et dulcimer. (EL)

Led Zeppelin — IV (1971)

Atlantic Records

Eh oui, c’est l’album de la chanson-signature du groupe : Stairway to Heaven. L’atmosphère informelle imposée par la mythique grange Headley a permis au groupe d’expérimenter différents arrangements, et ce, dans une variété de style. Vous aimez le blues à la puissance décuplée ? When the Levee Breaks et la légendaire piste de batterie jouée par Bonzo Bonham sont pour vous. La folk ésotérique vous plaît ? The Battle of Evermore relève du génie. Sans être mon disque préféré de Led Zep (je préfère le III), IV est un incontournable dans une liste d’albums dits « parfaits ». (SD)

Leonard Cohen — Songs of Love and Hate (1971)

Columbia

Le talent de parolier du montréalais Leonard Cohen n’est plus à prouver et c’est en partie en raison des compositions qui forment Songs of Love and Hate, comme Famous Blue Raincoat, Joan of Arc et Avalanche. Sur l’album, on entend clairement ce qu’est devenu le son Cohen : armé de sa guitare classique syncopée, un peu incapable de faire sonner ses notes comme elles le devraient. Les textes venaient de différentes époques. Plusieurs années plus tard, Cohen expliquera que sa vie était en train de s’écrouler autour de lui et qu’il vivait une grande dépression au moment d’enregistrer. C’est peut-être ce qui vaut ce : « this song has grown old and bitter » à l’ouverture de Sing Another Song, Boys. (LP)

Serge Gainsbourg — Histoire de Melody Nelson (1971)

Philipps

Première collaboration entre Jean-Claude Vannier et du prolifique Serge Gainsbourg. Premier album de la trilogie concept du chanteur français. Histoire de Melody Nelson est un incontournable de la chanson française, qui raconte l’histoire sentimentale entre Gainsbourg et une jeune femme de 15 ans qu’il percute avec sa voiture. (C’était une autre époque!) L’amour naît, est complexe et meurt dans un écrasement d’avion. Le récit est inspiré par l’oeuvre Lolita de l’écrivain Vladimir Nabokov, mais aussi de son idylle avec l’anglaise Jane Birkin, qui prête sa voix pour Melody Nelson tout au long de l’album. Les arrangements orchestraux de Vannier sont subtils, noirs et magnifiques alors que Gainsbourg livre les textes de manière charnelle. (LP)

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