Jamaz
NOUS LE MONDE
- Disques 7ième Ciel
- 2026
- 23 minutes
Cinq ans après nous avoir livré son premier EP, Les Ennuis, et plusieurs projets en groupe, Jamaz revient avec NOUS LE MONDE, un premier album s’inscrivant à merveille dans l’ère du rap queb actuel. Principalement connu comme étant l’un des membres de LaF, on le retrouve cette fois-ci sans collaboration. Et bien que son projet soit caractérisé par le thème du l’union, soit le NOUS, sa décision de prioriser le JE dans la liste d’interprètes est peut-être ce dont on avait besoin pour mieux s’immerger dans son univers solo.
Dès les premiers instants de l’intro SCORE, on reconnait la signature de Jamaz. Né à Paris et ayant grandi à Montréal, c’est avec un subtil accent, qui oscille entre français et québécois, que l’artiste nous plonge rapidement au cœur de ses craintes et de ses ambitions.
Le pouvoir c’est l’amour
Plus le vouloir c’est la mort
J’ai traversé la mer
J’ai peur de traverser la morgue
2000 sur le compte faut que j’augmente les plans j’élabore
Pas besoin de chercher la porte je la vois devant je vais franchir d’accord
— SCORE
Tout au long du projet, il est question des relations humaines, amoureuses et amicales, et des émotions qu’elles stimulent. Ce sont ces connexions et ce NOUS que Jamaz semble identifier à la fois comme étant la racine inévitable de ses naufrages et la bouée sur laquelle il peut s’appuyer. Que ce soient avec ses remises en question et ses doutes exposés dans la sombre LOVE LANGUAGE ou l’extase d’un amour décrit dans l’accrocheuse YOUNG GEE GENIAL, ce NOUS est partout. C’est ce qui teint ses expériences.
Si toutefois on peut voir une légère circularité dans les thèmes abordés, ce n’est pas le cas sur le plan instrumental. Ayant précédemment collaboré avec Komēdza, soit l’une des révélations de cette 30e édition des Francouvertes, ainsi que le talentueux rappeur français EDGE, le producteur Astro Psykeman assure ici la composition de la quasi-totalité des pistes du projet.
D’une vue d’ensemble, on baigne dans des sons trap assez modernes. On peut d’ailleurs identifier quelques similarités avec des morceaux issus de CHROME, le plus récent album de LaF. Cela dit, ce n’est pas une sonorité qui se propage de manière invasive du début à la fin du disque. Les mélanges de genres enrichissent réellement la proposition de l’artiste. Il y a un rythme estival qui nous rappelle Les Ennuis dans l’excellent titre L’APPEL, suivi d’une section rythmique entrainante et des lignes mélodiques qui tendent plutôt vers les codes de la pop avec CRASH, puis on remarque d’importantes influences jazz au sein du morceau LES AUTRES, qui est probablement le plus marquant et rafraichissant du projet.
Ce qui rend cet album à la fois ingénieux et accessible, c’est avant tout l’impressionnante aisance qu’a Jamaz à nous emmener là où il le souhaite. Son écriture, en étant personnelle et imagée, demeure accrocheuse, et son choix de mots est tout simplement bon. Voilà. Il emploie des mots qui sonnent bien, puis nous les partage avec un flow travaillé. Aussi simple que ce raisonnement puisse paraitre, il explique en partie l’efficacité de son écriture. Il est l’une des raisons pour laquelle il est difficile, que l’on soit amateur de rap ou non, de ne pas aimer un couplet ou un refrain de Jamaz lorsqu’on en entend un.
NOUS LE MONDE vient en quelque sorte de mettre un baume sur l’annonce qu’ont fait les membres de LaF sur leurs réseaux sociaux il y a un peu plus d’une semaine : « LaF n’a pas dit son dernier mot, mais pour l’instant, nos chemins créatifs et side quests personnelles nous amènent ailleurs. […] On continue tous à faire de la musique et à créer. On espère que vous serez au rendez-vous pour la suite, sous toutes ses formes. » En ayant hâte de voir comment cela se concrétisera pour les autres membres du groupe, on peut affirmer que Jamaz, lui, a fait ses preuves. Ce premier album nous a habilement montré ce dont il était capable et nous donne envie de le suivre là où son univers nous mènera. Il n’y a rien à craindre pour la suite.