Ladytron
Paradises
- Nettwerk Records
- 2026
- 73 minutes
Le groupe electro-pop britannique Ladytron était de retour en mars avec leur huitième album, Paradises, qui fait suite à Time’s Arrow (2023). On se rappelle que le cofondateur Reuben Wu a quitté le groupe pendant la pandémie pour retourner à ses premiers amours en photographie et design graphique. Pour le plaisir de faire un lien avec un autre groupe électro-pop, est-ce que le passage du quatuor original à un trio est comparable au départ d’Alan Wilder de Depeche Mode? Oui, dans la mesure qu’Ultra partage un déséquilibre entre de très bonnes chansons et le même niveau de mémorable qu’un b-side. En l’absence de Wu, Time’s Arrow se déroule comme une messe synthétique faite de couches atmosphériques et de voix très réverbérées durant laquelle on perd un peu ses repères par manque de moments forts. Une transition tout de même remplie d’espoir et de sagesse, en contraste avec Ladytron (2019) et son thème dystopique de planète qui passe au feu.
Helen Marnie, Mira Aroyo et Daniel Hunt se retrouvent donc en trio pour la deuxième fois, sur un huitième album révélé par la sortie de six simples, quand même, sur seize pièces au total. Une proposition possiblement symptomatique d’une époque à laquelle il est essentiel d’assurer une présence régulière sur les réseaux sociaux pour entretenir l’enthousiasme, et jauger le nombre de copies vinyles à presser. Après plus de vingt-cinq ans de carrière, on a le bonheur de retrouver un ami cher qui a bien vieilli sur Paradises, avec une musique tout aussi captivante qu’au début de cette amitié à long terme.
I Believe In You part d’une basse synthétique qui alterne sur deux notes, par-dessus laquelle se dépose une épaisse strate harmonique à travers laquelle Marnie chante sur le fait de croire en l’autre, accompagnée par un chœur échantillonné. I See Red recréé l’hymne darkwave à la perfection, combinant une basse monophonique en contretemps avec la boîte à rythmes, dirigés par un lead synthé scintillant 8-bit et une strate ambiante réverbérée. Une excellente combinaison qui pourrait faire penser à un classique de New Order, je vous laisse trouver lequel.
Kingdom Undersea allège l’atmosphère avec ses accords de piano en duo avec la ligne de basse, mettant de l’avant les vocalises entre Marnie et Hunt. Il y a une petite teinte baléare qui donne le goût de faire de la plongée dans de l’eau turquoise, un motif mélodique en forme de balade sous-marine. Caught in the Blink of an Eye passe du côté balade rêveuse synth-pop, avec ses clappements de main 80s et le synthé en forme de filaments de verre scintillant. Le motif est très efficace, quoiqu’un peu linéaire et répétitif à cause de l’absence de changement rendu au refrain.
A Death in London change de niveau de sophistication en intégrant le saxophone dans une forme électro-pop revisitée en trame de film noir. Je n’enlève rien aux autres simples, mais cette pièce se démarque en originalité et représente ce à quoi on s’attend d’un groupe qui continue d’être le meilleur d’eux-mêmes. Evergreen relaxe un peu sur le tempo et prend la forme d’une balade synth-pop à l’atmosphère rêveuse.
Tout ça est bien satisfaisant, mais il y a dix autres pièces à découvrir, desquelles se démarquent la synthwave de In Blood et la techno de Sing. L’autre moitié de l’album a une qualité de production équivalente, mais la similarité dans les arrangements fait ressortir un moule électro ambient raisonnablement prévisible. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on pourrait s’en passer, parce que les mélomanes fidèles à leur côté plus vaporeux seraient déçus, mais il y a une façon d’agencer les pièces qui rend la deuxième moitié de l’album moins mémorable que la première. Néanmoins, ce qui fait le charme de Paradises est sa capacité à sonner comme Ladytron à son meilleur, malgré un joueur de moins, et d’assurer une continuité pertinente à un catalogue déjà bien rempli de classiques.