Critiques

Ladytron

Ladytron

  • !K7
  • 2019
  • 54 minutes
8
Le meilleur de lca

Ladytron a vu le jour à la fin des années 90, décennie qui a marqué la musique électronique avec l’utilisation parfois abusive d’échantillons sonores. C’est dans ce contexte que Daniel Hunt et Reuben Wu ont décidé de dépoussiérer les vieux synthétiseurs et souffler un vent de fraîcheur dans le genre électronique avec leur synthèse analogique. Rejoint par les charmantes Helen Marnie et Mira Aroyo à la voix, le quatuor a pris d’assaut les pistes de danse avec leur premier album 604 (2001) et des classiques comme Discotraxx et The Way That I Found You. Light & Magic (2002) a confirmé leur talent pour les boucles mélodiques irrésistibles, propulsant le groupe sur la scène internationale en tant que nouveau leader d’électro pop à saveur vintage. Witching Hour (2005) a annoncé l’arrivée des guitares à la sonorité rock de stade tandis que Velocifero (2008) a densifié la formule à un niveau épique, atteignant même par moment une espèce de lourdeur gothique.

Gravity the Seducer (2011) a allégé tout ça en revenant à la palette d’origine, sans guitares (ou presque), laissant pratiquement toute la place à de la synthèse épurée inspirée du new wave. Après sept ans on ne pouvait plus parler d’attentes, et bien que ça n’ait rien à voir avec Tool, l’annonce d’un nouvel album a provoqué autant d’enthousiasme que de réalisation (en cachette) qu’ils composaient encore. Le quatuor est finalement revenu à la mi-février avec un sixième album éponyme, qui propose un mélange particulièrement équilibré de tout ce qui les a inspirés depuis leurs débuts, bien enveloppé dans une atmosphère de fin du monde.

La ligne mélodique du refrain de Until the Fire ouvre l’album sur un rythme post-punk énergique et les deux voix féminines planantes. Les retrouvailles sont chaleureuses, alimentées par le grésillement des synthétiseurs et l’écorchement doux de la guitare; le feu est allumé et monte haut vers le ciel. The Island nous fait plonger dans les années 80 avec une balade qui fait penser à un duo entre Olivia Newton-John et Blondie, l’effet rétro est hallucinant. L’interprétation vocale est juste, touchante par son intention résignée, avec tout juste la bonne dose d’intellectualité dans le texte. Tower of Glass donne suite à la sonorité rétro disco, mi-balade mi-piste de danse, dont la ligne de basse rappelle Joy Division, c’est superbe. Far From Home reste pas trop loin de la base rythmique disco, mais avec une palette complètement synthétique. Les harmonies vocales se répondent à travers une sorte de comptine sur fond d’atmosphère de science-fiction 8-bit. Ça mérite une larme de joie.

Paper Highways pèse sur la pédale darkwave, s’engouffrant dans un tunnel éclairé par des tubes fluorescents. Malgré la lourdeur du rythme mécanique, le ton enfantin de la voix d’Aroyo donne un effet manga qui a autant de charme qu’un bébé panda. Le premier simple The Animals continue l’album en force avec sa structure électro de stade, une ligne mélodique qui part en fusée ainsi qu’un texte et deux voix qui élèvent la pièce à un niveau stratosphérique. Run ralentit la cadence sous forme de balade sombre, très chaleureuse avec sa voix placée toute proche et la trame lourde des synthétiseurs. Le texte est un peu répétitif, et devient par le fait même un instrument fondu dans la masse. Deadzone commence superbement bien sur un rythme électro-industriel et une interprétation vocale mi-chuchotée/mi-tragique, une combinaison particulièrement efficace du duo féminin. Je ne sais pas trop quel élément me fait penser à Smooth Criminal, mais il y a un groove similaire qui la rend totalement irrésistible.

Figurine prend la direction électro-pop avec une ligne mélodique mélancolique, jouant sur l’intensité dramatique, tout ça placé sur un rythme à l’aspect mécanique. You’ve Changed reprend la structure industrielle à la façon de Deadzone, et sonne comme un hymne de piste de danse d’une soirée fin 90s. Horrorscope change de palette en empruntant une avenue plus près du techno ambiant, presque jungle, avec mélodie dissonante à la voix qui ajoute un air de comptine sombre de film d’horreur. The Mountain ralentit à nouveau le tempo en une balade rock, avec un impression de mélancolie mélangée à de la résignation. Tomorrow is Another Day croise les percussions (et la voix réverbérée de Marnie) pour prendre ensuite de l’expansion aux claviers, solidifiant le tout sur un rythme techno. L’orgue et la seconde strate de rythme complètent le thème épique de fin d’album, conclusion touchante teintée de nostalgie.

La mélancolie a cette particularité de représenter avec précision la mince ligne entre l’espoir et le désespoir, un dualisme qui s’intègre parfaitement dans les plages sonores synthétiques de Ladytron, et qui s’apprête parfaitement au thème global de leur nouvel album. La dystopie à la sauce britannique est une recette qui ne se démode pas, et le quatuor la maîtrise très bien avec leurs textes soignés, bien rythmés. Les thèmes mélodiques sont peaufinés et produits de manière à ne rien laisser s’échapper. Cette qualité amène un petit bémol; il manque de silences, de respirations, c’en est parfois étouffant comme la fumée du feu de forêt. Mais on comprend que ça sert à accentuer le thème de fin du monde, à ce sujet Ladytron frappe dans le mille, et fait résonner bien plus que les oreilles.

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