Critiques

Flore Laurentienne

Volume III

  • Secret City Records
  • 2026
  • 35 minutes
9
Le meilleur de lca

Avec la pièce d’ouverture, Fleurs, le dernier opus de Flore Laurentienne installe dès les premiers instants la sensation du temps qui s’étire et d’élégante douceur mélancolique.

Les cordes pincées instaurent une tension délicate, rapidement rejointes par de courts tourbillons de violons et des touches de piano. Peu à peu, des volutes majestueuses s’élèvent, évoquant le générique d’ouverture d’une série d’époque. À mi-parcours, les synthétiseurs analogiques s’invitent avec une étonnante cohérence, créant un ensemble à la fois riche et apaisant, comme un souffle de modernité dans une pièce profondément intemporelle.

C’est dans cette fusion organique que s’inscrit Volume III, point d’orgue du projet instrumental de Mathieu David Gagnon. Avec cet opus, le compositeur et orchestrateur conclut une trilogie amorcée il y a sept ans, explorant ce vaste territoire où cordes et synthétiseurs analogiques se sont d’abord courtisés pour ensuite ne faire qu’un. Cette signature musicale, désormais cristallisée, puise sa force dans l’immensité du paysage québécois, une filiation naturelle pour celui qui a grandi au rythme du Saint-Laurent, en Gaspésie.

Cette inspiration, elle s’entend, et se dessine, dès qu’on ferme les yeux.

Profondément cinématographiques, les compositions de Flore Laurentienne nous ont d’abord fait survoler à vol d’oiseau la grandeur des paysages québécois sur Volume I, avant de baisser d’altitude pour nous rapprocher de la force élégante des crues printanières sur Volume II. Sur Volume III, la descente se poursuit et l’on passe au ras des pâquerettes, là où cohabite une biodiversité de détails et de micro-mouvements.

Sur Régate, la deuxième pièce de l’album, les cordes agissent comme un rappel de la persistance de la beauté au milieu de la course effrénée du temps, ici figurée par la trame nerveuse et cyclique des synthétiseurs.

La suivante, Petit matin, nous transporte dans la douceur de l’aube tout en reprenant des lignes mélodiques des titres qui la précèdent. D’ailleurs, est-ce le fruit du hasard ou non, la trilogie de Flore Laurentienne aligne trois albums de huit titres. Un chiffre qui, une fois couché, renvoie à l’infini et à une musique pensée comme une boucle retournant aux mêmes thèmes, aux mêmes motifs, sans toutefois être redondante.

D’ailleurs, chacune des huit pièces de Volume III mérite sa place: aucune n’est là par hasard ou par défaut. Chacune mérite une mention.

Fleuve VII est un long crescendo de pianos et de cordes qui nous rappelle que la lumière aura toujours le dessus sur la noirceur. Sur Fleuve VIII et Navigation VII, les synthétiseurs reviennent pour souligner qu’il y a de la beauté aussi dans la modernité. Les nappes analogiques, que l’on pourrait croire dissonantes dans un tel contexte orchestral, s’y fondent avec naturel et sensibilité, renforçant cette impression de continuité et de symbiose qui traverse l’album.

Sur Volume III, les talents de compositeur de Gagnon sont évidents. Il parvient à faire cohabiter l’infiniment petit et l’infiniment grand, le passé et le futur, esquissant une rare lueur d’espoir dans une époque marquée par la montée des clivages et le repli sur soi.

La trilogie se conclut sur (À travers les) Chablis, une pièce qui nous invite à avancer malgré les obstacles, dans un paysage à la fois dévasté et magnifique, où la lumière finit par percer. Seule composition des trois albums à intégrer des percussions, elle agit comme un discret déplacement du leitmotiv, nous laissant envisager que le prochain chapitre de Flore Laurentienne pourrait explorer la rythmique des saisons, le battement du cœur ou, pour poursuivre ce message de lumière, les cercles de percussions qui constituent l’une des formes les plus anciennes de solidarité humaine.

Nous resterons attentifs à la suite.

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