Lysandre
Portrait de l’invisible
- Chivi Chivi
- 2026
- 32 minutes
En 2022, Lysandre Ménard présentait l’intéressant Sans oublier, un album de pop-rock avec des influences de Fleetwood Mac et du rock des années 70. Depuis, la pianiste émérite a accompagné en tournée Klô Pelgag en plus de jouer sur les albums de Lou-Adriane Cassidy et Ariane Roy. Il y a visiblement pendant ce temps quelque chose qui a cliqué pour elle. Parce que la proposition qui arrive avec Portait de l’invisible montre une autrice-compositrice-interprète encore plus en possession de ses moyens créatifs.
Les mélodies vocales sont beaucoup plus efficaces sur Portrait de l’invisible. Sans changer énormément son approche, elle a vraiment consolidé son approche et l’a dynamisé. Les arrangements vocaux et la réalisation d’Alexandre Martel servent la manière de chanter Lysandre, qui est un peu légère qu’elle chante des choses terribles ou de la douceur. À cet effet, Le Cowboy aux mains d’argents peut sembler anodine jusqu’à ce qu’on se penche sur les paroles qui sont beaucoup plus sombres que le ton qu’on entend. Est-ce qu’on parle d’une agression? Ou juste d’une relation difficile? Les sous-entendus sont nombreux et disons que ça penche plutôt pour la première option.
S’il y a parfois de la noirceur sur Portrait de l’invisible, il y a aussi de la douceur. C’est le cas sur Pierrot fou d’amour, une pièce sur la sensibilité et sur l’élan romantique. Lorsqu’elle parle de l’album, Lysandre dit que « Portrait de l’invisible est le déploiement intime de plusieurs fables chantées qui ne pouvait sortir qu’en effusion bouillonnante. Dans l’acuité du subliminal et l’étrangeté des personnages qui laissent des traces, l’album est porté par l’urgence d’immortaliser ce qu’on ne voit pas à priori; il tend vers ce qui est impossible à saisir. » C’est vrai qu’on entre dans l’album comme on entre dans un rêve. Il y a quelque chose d’éthéré, mais aussi d’enveloppant dans sa proposition. C’est un univers particulier qui se démarque de ses contemporains.
Parmi les pièces qui retiennent l’attention, il y a 5052 avec sa basse très post-punk qui s’inscrit naturellement dans sa pop audacieuse. Il y a aussi la mystique Fontaine de jouvence qui mise sur une mélodie vocale efficace. Il y a aussi de la fragilité, comme sur JVTPM, qui clôt l’album sur une touche mélancolique orchestrale et qui rappelle que Lysandre est une artiste qui vient aussi de ce milieu et c’est le fun de voir ces couleurs traverser dans sa musique pop.
C’est un très bon deuxième record que propose Lysandre. Sa pop aventureuse est très bien écrite et composée. Et même si elle a toujours bien livré ses créations, elle a pris une coche de plus en assurance et cela donne encore plus de poids à sa proposition.