angleterre Archives - Le Canal Auditif

Critique : Alt-J – Relaxer

Alt-J lance Relaxer, son troisième album en carrière suite au succès critique d’An Awesome Wave qui a même été décoré du Mercury Prize en 2012 et This Is All Yours au succès moins étincelant, mais qui démontrait que le groupe cherchait à explorer une nouvelle contrée sonore. Le trio anglais allait-il une fois de plus surprendre les mélomanes avec de nouvelles aventures?

À l’écoute de Relaxer, la réponse est évidente. Oui. Alt-J explore de plus en plus à travers différents paysages musicaux, des textures variées et des énergies diverses. Cependant, toute cette exploration nous laisse avec un drôle de sentiment. Le trio se lance dans tous les sens et on termine l’écoute un peu en déroute, se questionnant sur la direction qu’il tentait de prendre. La plupart du temps, ça ressemble aux couleurs des deux albums précédents. Pourtant, à quelques reprises, il défriche de nouveaux terrains à coup de cuivres comme sur l’accrocheuse In Cold Blood.

C’est un peu ceci qui frappe, malgré le nombre restreint de chansons, Alt-J essaie beaucoup de nouvelles choses sur Relaxer. Ce n’est pas une chose négative en soi, mais l’ensemble manque terriblement de cohésion. Ceci donne des frictions surprenantes entre le calme de leur adaptation d’House of the Rising Sun, une version à la fois magnifique et radicalement différente de la lecture de The Animals. Mais voilà, sur l’album, elle est suivie de Hit Me Like That Snare de loin la chanson la plus rock’n’roll du répertoire d’Alt-J.

Malgré l’incongruité, certaines chansons sont très efficaces, prises individuellement. 3WW, qui ouvre la galette, commence en douceur pour éclater au refrain. Ellie Roswell de Wolf Alice mélange sa voix à celle de Newman et ça fonctionne très bien. In Cold Blood dont je vous parlais plus tôt possède une mélodie très efficace qui n’est pas sans rappeller An Awesome Wave.

«01110011
Crying zeros and I’m hearing 111s
Lifeless back slaps the surface of the pool
Pool, killer, killer, pool, pool, killer
Kiss me »
– In Cold Blood

Deadcrush, avec sa trame qui possède un gros groove, fait aussi belle figure. Joe Newman y va de nombreuses modulations vocales comme lui seul sait les faire. Pleader qui ferme la marche sur Relaxer, a aussi un petit quelque chose de sympathique et une mélodie de guitare atypique et bien tournée.

Dans l’ensemble, Relaxer est intéressant, mais part tellement dans tous les sens que c’est une drôle d’écoute en tant que tout. Le manque de cohésion et certaines pièces qui sonnent un peu le déjà vu plombent l’aile d’Alt-J. On est loin de la charge magnifique qu’était An Awesome Wave, mais on ne se retrouve pas non plus devant un objet sans intérêt. Bref, c’est correct. Sans plus.

Ma note: 6,5/10

Alt-J
Relaxer
Infectious Music / Atlantic Records
39 minutes

http://www.altjband.com/

Critique : Jamiroquai – Automaton

Les débuts acid jazz/funk du groupe britannique Jamiroquai (jam + iroquois) que l’on retrouve sur l’excellent Emergency on Planet Earth (1993) démontrait dès leur premier album un talent fou pour le groove, la progression mélodique et les textes engagés (défenses des droits des Premières Nations). L’ajout progressif d’éléments R&B et soul allaient les propulser sur la scène internationale avec Travelling Without Moving (1996); il était tout simplement impossible de ne pas avoir entendu Virtual Insanity au moins une fois durant l’année suivante. Le virage vers le disco pop de Synkronized (1999) a supposément déçu plusieurs fans de la première heure, tandis que les nouveaux venus comme moi trouvaient la combinaison parfaite, du moins jusqu’à A Funk Odyssey (2001). Après ça, Jay Kay (alias Jason Luis Cheetham) a eu un trip soft rock sur Dynamite (2005) et un trip house sur Rock Dust Light Star (2010), deux albums plus exploratoires, qui se cherchaient un peu finalement. Sept ans plus tard, le groupe nous revient avec leur huitième album, Automaton, et un retour à ce qu’ils maîtrisent le mieux; du funk, du disco et du R&B revisités au goût du jour.


 

Shake It On fait vibrer le plancher de danse avec son beat 70s et ses éléments disco et funk. Le club s’illumine rendu au refrain chanté avec des voix féminines chorales et tout le monde qui bouge dans une chorégraphie synchronisée. L’arpège au clavier ouvre Automaton sur une base techno, la rythmique du couplet est incroyablement efficace, le refrain part ensuite en fusée comme un hymne pop, avec la grosse boule qui tourne au-dessus de la piste. Cloud 9 baisse la tension d’un cran avec du R&B rétro, genre Michael Jackson fin 70s; un bel hommage s’il en est un. Superfresh crée un superbe groove disco avec la basse rythmée à l’octave et la guitare jouée en contretemps.

Hot Property assure la suite sous forme de nu-disco et de funk, avec des sons de clavier en paillette et une mélodie enjouée. Something About You revient au R&B et à une atmosphère romantique 70s, avec jeans serrés et déhanchements prononcés. Summer Girl continue dans la veine disco, il fait chaud sur la promenade, paire de patin à roulettes vintage, lunettes soleil et brise océanique en sus. La basse électrique ouvre Nights Out In The Jungle accompagnée par les percussions, et mettent en place une rythmique funk irrésistible, ponctuée par Kay à la voix.

Dr. Buzz revient au disco de fin de soirée qu’on danse rapproché dans toute sa sensualité. We Can Do It détone un peu par sa simplicité, mais la performance est tout de même réussie. Vitamin combine un rythme rapide et précis comme base à une mélodie légère et vaporeuse, les percussions et le solo de cuivre intensifient la séquence jusqu’à la reprise du refrain. Carla conclut sur du disco rock répété en boucle, en faisant progresser les harmonies jusqu’au fade out traditionnel.

Automaton est de loin l’album le plus intéressant de Jamiroquai depuis A Funk Odyssey, et fait même de l’ombrage aux deux albums précédents. C’est une question de goûts évidemment, mais le groupe est probablement un des mieux placés sur la planète pour insuffler de la vie au disco, au funk et au R&B, et le fait de s’être éparpillé sur d’autres genres pendant deux albums commençaient à faire douter de cette notoriété. Nous sommes rassurés, Jamiroquai sait toujours comment nous faire danser, sans se casser la tête à vouloir tout réinventer.

Ma note: 7/10

Jamiroquai
Automaton
Virgin EMI
57 minutes

http://www.jamiroquai.com

Critique : The Charlatans – Different Days

Ici, en Amérique, on les connaît sous l’appellation The Charlatans UK puisque chez nos voisins du sud, un groupe psychédélique originaire de San Francisco et qui a œuvré à la fin des années 60, se nommait aussi The Charlatans. Si ma mémoire ne me fait pas faux bond, à l’époque, le groupe mené par Tim Burgess avait préféré ajouter UK à la fin de son nom plutôt que d’encourir d’interminables poursuites judiciaires. Au-delà de ces considérations sémantiques, The Charlatans existe aujourd’hui sans le UK et sont surtout bien connus de vieux fans de pop-rock alterno grâce à leur imparable succès The Only One I Know, paru sur leur premier album titré Some Friendly (1990).

C’était la période où tout ce qui grouillait de rockeurs britanniques portait la coupe champignon, arborait des chandails de marin et flirtait avec la « dance music ». Originaire de la ville de Manchester en Angleterre, The Charlatans faisait partie de toutes ces formations qui ont émergé de la vague Madchester, mouvement musical dont les principales têtes d’affiche étaient alors les Happy Mondays, les Stone Roses, New Order, James, etc. Mais The Charlatans, contrairement à la vaste majorité de leurs compagnons, a poursuivi sa route, produisant régulièrement de bons disques et qui ont reçu leur bonne part d’approbation.

Vendredi dernier, Burgess et ses acolytes étaient de retour avec un 13e album studio intitulé Different Days sur lequel apparaît une panoplie d’invités de renom : Paul Weller, Kurt Wagner (Lambchop), Stephen Morris (New Order, Joy Division), Anton Newcombe (The Brian Jonestown Massacre), Johnny Marr (The Smiths), pour ne nommer que ceux-là… et Burgess qui porte toujours la coupe champignon !

Musicalement, ce groupe en a fait du chemin. Après avoir été considéré longtemps comme un vulgaire « one hit wonder », The Charlatans y va d’un autre bon album. Ce qui vous happera d’entrée de jeu, c’est la réalisation, celle-ci est d’une éclatante limpidité, gracieuseté du groupe lui-même. Chaque son, chaque instrument et chacune des voix sont parfaitement répartis dans le spectre sonore. Du travail éloquent !

Et ce qui aurait pu tomber dans un interminable alignement d’invités spéciaux se lançant la balle inutilement se transforme finalement en une sorte d’album-concept où chacun des protagonistes intervient de manière discrète. Par exemple, Kurt Wagner nous offre un court « spoken-word » en introduction de The Forgotten One et Anton Newcombe pousse la note de façon subtile dans Not Forgotten. Idem pour Paul Weller dans Spinning Out. Bref, malgré les innombrables invités, ça demeure un véritable disque des Charlatans.

Voilà un bon disque de pop alternative dite « adulte » et dans ce genre où l’ennui est la norme, la bande à Burgess tire très bien son épingle du jeu. Dans la foulée de l’attentat insensé qui a eu lieu la semaine dernière à Manchester, ce disque sera un paisible baume sur les plaies ouvertes de tous les Mancuniens. Il s’agit d’écouter l’excellente Let’s Go Together pour comprendre de quoi il en retourne.

Sans que ce soit un grand disque de la part des vétérans de la pop britannique, je dois avouer qu’après 13 albums au compteur, d’entendre The Charlatans être en mesure de présenter autant de chansons de qualité, dans un enrobage aussi impeccable, eh bien, ça mérite le plus grand des respects. Les vieux de la vieille seront vraiment aux oiseaux.

Ma note: 7/10

The Charlatans
Different Days
BMG
45 minutes

http://www.thecharlatans.net/

Laura Marling au Théâtre Corona

Laura Marling était de passage à Montréal vendredi soir pour la première fois depuis la sortie de son album Semper Femina. C’est devant un Théâtre Corona bien rempli que la jeune femme est venue présenter ses ballades folks. En ouverture, on nous avait mentionné que la formation américaine Valley Queen allait réchauffer la foule. Le groupe a dû annuler leur présence au tout dernier moment.

C’est au coup des 20h30 que l’Anglaise se présente sur scène en compagnie de ses musiciens. Quelques arrangements floraux arboraient l’espace. Marling démarre la soirée, habillée d’une salopette et d’un chandail à manches longues rouges, avec Soothing. Premier extrait de son sixième album. La voix mélancolique de la chanteuse et les riffs de guitare nous impressionnent. Elle possède cette facilité de charmer la foule avec ses mélodies minimalistes et touchantes. Honnêtement, après avoir fait un tour d’horizon dans l’audience, j’ai pu constater que tous étaient concentrés à l’écouter. Pas de prises d’égoportraits, pas de vidéos en direct… que de contemplation. Le silence régnait dans la foule. Faut croire que l’utilisation des cellulaires n’était pas tendance ce soir là. Et vous savez quoi? C’était bien parfait comme ça. On a pu savourer la musique en temps réel. Sans se faire achaler par la dernière technologie d’un voisin.

Entourée de ses comparses musiciens, la belle blonde enchaîne avec d’autres chansons récentes : Wild Fire, The Valley, Don’t Pass Me By. Le tout était bien exécuté. Entre plusieurs changements de guitare, Marling nous séduit par les différentes sonorités de son instrument de prédilection. On ne se le cachera pas, elle le manipule extrêmement bien. À vrai dire, l’artiste peut se retrouver sur un quai, en pleine nuit et elle ferait résonner le lac au grand complet. Toute une métaphore… mais vous aurez compris l’idée.

Un peu plus tard dans le spectacle, Laura Marling se retrouve seule, face au public. Elle nous roucoule quelques sérénades à fleur de peau dont une reprise de For the Sake of the Song de Townes Van Zandt. Bien qu’elle soit très discrète en spectacle, l’Anglaise livre tout de même la marchandise. Rien à dire là-dessus. Parole de journaliste à lunettes!

Au retour de ses musiciens, on a eu droit à Daisy, How Can I, Once, Sophia et Rambling Man. L’émotion y était. Le public présent prenait part à la soirée en murmurant les paroles. À ma grande surprise, peu de chansons issues de ses précédents albums ont été jouées. À ma plus grande surprise, le spectacle aura duré 1 heure 15 minutes… 1 heure 15 minutes! Je vais être franche avec vous, ça m’a un peu déçu. J’aurais bien aimé voir Marling un peu plus généreuse et moins coincée avec son public en pigeant dans ses anciennes galettes, qui furent toutes aussi puissantes les unes que les autres. Même si la chanteuse nous avait averti qu’il n’y aurait pas de rappel (ce qui semble être une habitude pour elle en tournée), le concert est passé à la vitesse de l’éclair. Les lumières se sont rallumées… et j’ai juste eu le temps de dire vite fait, bien fait.

Critique : Slowdive – Slowdive

Après avoir repris la route pour jouer leurs vieux succès depuis 2014, l’année 2017 marque le retour sur disque de Slowdive. Une longue pause s’était imposée dans les années 90 après les insuccès de Souvlaki et Pygmalion. Bien que ces deux albums (ok, surtout Souvlaki) aient aujourd’hui le statut d’albums cultes, il n’en a pas toujours été ainsi. Avec la presse britannique qui a démoli leurs deux derniers albums et les tournées peu fructueuses, la bande à Neil Halstead a lancé la serviette en 1995 après 6 ans d’activité. Mais comme c’est souvent le cas, le bouche-à-oreille et l’arrivée d’internet ont changé les choses. Un nouveau public s’est ouvert aux chansons pop bien réverbérées des Anglais au cours des années 2000. Nous voilà donc en 2017 avec la suite des choses.

Dès les premières notes, on aperçoit un certain changement de son. Malgré les couches de pédales à effet, on remarque une plus grosse production, quelque chose de plus contemporain. Le son de Slowdive semble avoir quelque peu évolué et c’est pour le mieux. L’excellente Slomo qui ouvre l’album donne le ton. La ligne de voix peut sembler déstabilisante à la première écoute, mais on s’habitue rapidement. On remarque aussi les belles harmonies entre Neil Halstead et l’indispensable Rachel Goswell.

Les choses se poursuivent avec une belle rockeuse : Star Roving. Une formidable énergie et de belles textures sonores viennent confirmer que ce premier simple est un coup de foudre malgré une progression d’accords assez typique du style shoegaze/dream pop.

Les Anglais lèvent quelque peu le pied de la pédale à gaz pour la suite des choses. Don’t Know Why et Sugar for The Pill offrent de belles mélodies et des guitares vaporeuses sans jamais s’éloigner de la ligne conductrice de l’album. Des moments qui rappellent la pop des années 80 sont perçus ici et là, venant rajouter un peu de variété.

Le gros son rock et sans abus de pédales de distorsion revient pour l’excellente Everyone Knows avec la voix de Rachel bien ensevelie sous la réverbération et une très inventive ligne de basse. La même chose pourrait être dite avec la fantastique No Longer Making Time. Cette dernière est peut-être la plus familière, car on a l’impression qu’elle aurait pu se retrouver sur Slouvaki.

On se dirige vers la fin dans un beau festival de pédales de délai avec la très dream pop Go Get It. Près de 6 minutes (en fait, les 8 chansons de l’album sont plutôt longues) de sonorités à écouter très fort dans vos écouteurs afin de pouvoir en apprécier toutes les textures. Encore une fois, sans surprise, les voix sont bien camouflées dans le mix.

En guise de conclusion, Slowdive invite l’auditeur à une jolie et mélancolique finale. Avec une ligne de piano répétitive, un son assez minimaliste et aucune percussion, Falling Ashes est la chanson de l’album qui rappelle le plus Pygmalion. Il s’agit ici d’un 8 minutes de subtilités et de beauté qui sera très pertinent une fois l’automne revenu. Ou tout le temps, c’est selon.

2017 sera donc le grand retour sur disque pour un autre groupe britannique de la mouvance shoegaze. Pour notre grand plaisir, Slowdive est revenu en force avec une suite digne des meilleurs moments des années 90, mais avec une solide production des années 2000. Huit chansons qui feront plaisir aux fans de la première heure, les retardataires (et ils sont nombreux) et une nouvelle génération.

Ma note: 8,5/10

Slowdive
Slowdive
Dead Oceans
46 minutes

http://www.slowdiveofficial.com/