Owen Pallett - In Conflict - Le Canal Auditif

Owen Pallett – In Conflict

Owen-Pallett-In-Conflict-500x500Owen Pallett lance cette semaine In Conflict, son deuxième album sous sa véritable identité, mais quatrième si on additionne Has A Good Home et He Poos Clouds paru sous le pseudonyme de Final Fantasy. Le montréalais d’adoption avait d’ailleurs gagné le prix Polaris en 2006 pour He Poos Cloud. Quand ton album contient le mot déféquer et que tu gagnes un prix, cela prouve qu’il était extrêmement solide!

Depuis, le Canadien s’est souvent fait remarquer pour ses arrangements et ses réalisations pour des groupes tels qu’Arcade Fire, Grizzly Bear et The National. Ce quatrième album était très attendu puisqu’il a été annoncé pour la première fois en novembre 2012. Pallett réussit-il à égaler ses réussites passées?

In Conflict montre un Owen Pallett plus humain. Le penchant grandiose de ses chansons n’est évidemment pas évacué, mais le jeune homme se montre plus personnel dans ses textes. I Am Not Afraid qui ouvre la marche laisse entrevoir le type de questions que se pose le musicien qui a atteint la mi-trentaine: «I’ll never have any children/I would bear them and confuse them, my children». Cette ouverture sur des cordes stridentes installe une atmosphère d’intimité et d’émotivité entre l’auditeur et Pallett. Celui-ci se fait nostalgique, anxieux, inquiet, bref… ouvert.

Le côté monumental de sa musique vient jurer (positivement) avec ses états d’âme, créant une dichotomie riche en possibilités et en contradictions. The Secret Seven est un fier représentant de la capacité de Pallett à aller piger dans la musique classique pour inspirer des mélodies pop. Autant par ses arrangements, que par ses inflexions vocales, que l’utilisation de silences, le jeune compositeur crée une passerelle accessible entre un type de musique trop souvent snobé par une élite grisonnante/ennuyante et la musique classique. On A Path en fait tout autant en tirant des procédés qui rappellent l’opéra.

Pallett est doué pour créer des pièces plus grandes que nature et celui-ci ne boude pas son plaisir avec quelques morceaux particulièrement majestueux: l’intoxicante Chorale, avec ses cuivres synthétiques, sa richesse sonore et ses variations intelligentes retient particulièrement l’attention.

Le principal reproche qui sera fait à Pallett sur cette nouvelle offrande sera celui de la morosité. Contrairement à Heartland, paru en 2010, la lumière n’apparaît pas d’office. Oui, les morceaux sont colossaux, mais les textes, eux, sont personnels et intimes. On a l’impression d’assister à une rencontre privilégiée entre le créateur et «l’être humain» Owen Pallett, qui possède ses propres questionnements, inquiétudes et peurs qui ressemblent sensiblement aux nôtres. Pallett réussit son pari avec In Conflict et fait paraître un album aussi riche musicalement qu’émotivement.

Ma note: 8/10

Owen Pallett
In Conflict
Secret City Records
50 minutes

www.owenpalletteternal.com/

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