Louis-Jean Cormier - Les grandes artères - Le Canal Auditif

Louis-Jean Cormier – Les grandes artères

Louis-Jean CormierC’est cette semaine que paraît le très attendu (euphémisme) dernier rejeton du populaire Louis-Jean Cormier titré Les grandes artères. Populaire n’est pas utilisé ici avec ironie, car ce succès, Cormier l’a chèrement gagné, à la sueur de son front, grâce à son immense talent et après des années de galère au sein de Karkwa. Le précédent effort, Le treizième étage, a recueilli l’approbation critique et du plus grand nombre. Exploit.

Évidemment, la parenthèse La Voix a accéléré grandement ce triomphe, mais il s’agit de jaser longuement avec Cormier pour comprendre l’intention qui se camouflait inconsciemment derrière la décision du bonhomme. On vous invite humblement à lire l’excellente entrevue réalisée par l’acolyte LP Labrèche. Cela dit, malgré le grand respect que l’on porte au travail de Louis-Jean Cormier, est-ce que ces Grandes artères se figent ou si au fil des écoutes, on se laisse séduire par ce disque mélancolique?

En premier lieu, voilà un album qui aborde les thèmes de la rupture et du chagrin amoureux, et ce, sans compromis, avec en trame de fond le vertige d’une vie qui fout le camp et qui va peut-être un peu trop vite. On ne peut que faire des associations évidentes avec la «cormiermania» qui a pris des proportions colossales suite à la «période» La Voix. Cormier réussit à exprimer le désarroi et le tumulte intérieur avec une éloquence poétique de haut niveau. Sur ce plan, on dit un immense bravo!

Musicalement, on a quelques petites réserves. Tout au long de l’écoute, une impression d’être assis entre deux chaises s’est emparée de nous comme si ces Grandes artères souffraient d’un manque de cohésion au niveau de la direction artistique. Si Le treizième étage était un disque foncièrement structuré, cette tentative tire vers plusieurs directions. Se côtoient du folk/banjo à la Sufjan Stevens (Traverser les travaux), du rock karkwaïen (Vol plané), du rock psyché (St-Michel), du soft-rock (Faire semblant), des parcelles symphoniques (Tête première), l’ensemble élégamment orchestré. Voilà un disque dont la plupart des arrangements sont splendides… mais qui servent parfois à masquer les moments faibles de certaines chansons.

Malgré ces quelques impairs, ça demeure un disque de Louis-Jean Cormier… Donc, une création de qualité. Parmi les bons moments, on a affectionné la jouissive St-Michel (un rock psychédélique qui exulte à la finale), la prenante balade folk, qui atteint le nirvana au «bridge», intitulée Le jour où elle m’a dit…, la fédératrice Complots d’enfants (une pièce de Félix Leclerc) évoque quant à elle le dynamisme du Treizième étage, l’intimiste Les hélicoptères, le lent crescendo de Deux saisons trois quarts ainsi que la superbe Montagne russe; titre qui résume à lui seul le récent parcours de Cormier, mais aussi la trajectoire un tantinet instable de ces Grandes artères.

Ne vous méprenez pas, ce disque est résilient et fait son chemin tout en douceur dans le cortex cérébral. Cependant, après un opus aussi unificateur et redoutable que Le treizième étage, nos attentes étaient probablement trop élevées. Cela dit, ne boudez pas votre plaisir! Louis-Jean Cormier fait encore preuve musicalement de son envergure. On a peut-être affaire ici à un disque qui prendra de l’ampleur au fil des écoutes.

Ma note: 7,5/10

Louis-Jean Cormier
Les grandes artères
Simone Records
52 minutes

http://louisjeancormier.com

Commentaires

  1. Xavier L. a écrit : :

    Très bon album de L-J-C. Je trouve la critique un peu sévère par contre.
    C’est le genre d’album avec lequel on grandi au fil des écoutes mais qui peut paraitre un peu surprenant au premier abord.

    Tout à fait d’accord avec des passages qui rappellent Karkwa , à mon grand plaisir.
    La nostalgie s’empare de moi.

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Je ne la trouve pas nécessairement sévère puisqu’en fin de critique, j’affirme que ce disque pourrait être un «grower». C’est un très bon disque… mais je préfère l’énergie déployée sur Le treizième étage. Comme je le mentionne, Louis-Jean Cormier est incapable de médiocrité. Donc, c’est un très bon disque qui m’a un peu laissé sur ma faim. Mais tant mieux si tu as apprécié! Moi aussi, soit dit en passant!

  2. David a écrit : :

    Après une première écoute seulement hier soir, je peux dire que cet album m’a beaucoup plu. Je suis allé acheter le CD au magasin et je me suis installé bien confortablement dans mon salon pour l’écouter attentivement (ce qui m’a ramené à une tout autre époque où l’achat d’un album était un réel événement, un rituel). C’est bizarre, mais contrairement à vous ce qui m’a particulièrement plu, c’est la musique sur l’album. Ce n’est certainement pas un disque de party, mais les mélodies sont envoûtantes et planantes, et j’ai trouvé les sons de guitares très riches et « organiques ». Pour moi, à ce niveau, c’est du bonbon. En ce qui concerne les textes, j’ai toujours trouvé Louis-Jean un peu cryptique dans ses paroles ce qui m’agaçait parfois, mais là ici il semble avoir cherché une plus grande simplicité, qui peut parfois tomber dans le simplisme un petit peu. Néanmoins, au final, je crois que je n’ai pas apprécié un album de Karkwa/Louis-Jean Cormier autant que depuis Les tremblements s’immobilisent. À réécouter encore plus attentivement.

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Comme je le mentionne dans ma critique, ce disque est un «grower». De toute manière, ce que fait Louis-Jean Cormier est toujours à la hauteur. Cela dit, je demeure persuadé que compte tenu de la « Cormiermania », ce disque aurait pu mariné un peu plus longtemps avant d’apparaître dans les bacs. Je répète, très bon disque, mais une petite coche en-dessous du Treizième Étage… et j’ai plusieurs écoutes derrière la cravate, essayant même de me convaincre que c’est supérieur à l’effort précédent. Pas d’inquiétude, j’apprécie toujours autant le travail de LJC! Merci de ce pertinent commentaire.

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