Kate Bush - Hounds Of Love - Le Canal Auditif

Kate Bush – Hounds Of Love

Hounds_of_loveCette semaine, le cinquième album de Kate Bush souffle ses trente bougies. Voilà une excellente occasion de revisiter Hounds Of Love, oeuvre majeure de l’artiste britannique qui demeure somme toute assez culte au Québec, même si elle a grandement influencé un paquet d’icônes des années 1990 partout à travers le globe. Encore aujourd’hui, l’opus éternellement avant-gardiste continue d’être cité comme référence par un paquet d’artistes «indie» contemporains.

Je n’étais pas très vieux quand ma mère m’a offert une copie cassette de Little Earthquakes, première offrande de l’américaine Tori Amos. La semaine d’avant, j’avais vu le clip de Winter (qui est finalement assez quétaine quand on le regarde à nouveau vingt ans plus tard) et quelquechose dans l’interprétation de la grande rousse est venu me frapper direct dans le coeur. Je voulais absolument en savoir plus quitte à harceler ma pauvre maman pour mettre la main sur l’album. Finalement, c’était le début d’une belle histoire d’amour qui allait durer jusqu’à To Venus And Back (1999). Aujourd’hui, je m’informe toujours de ce que Tori fait sans me faire trop d’illusion sur un éventuel retour de notre relation passionnelle.

Mais je m’égare.

Arrivé à la maison, je m’installe sur le divan du salon après avoir appuyé sur le bouton PLAY du tape deck. Mes parents sont dans la cuisine avec leurs amies Annie et Nathalie. Au bout de deux ou trois chansons, Annie vient me rejoindre pour me demander si j’écoute Kate Bush.

Kate qui? Que je lui réponds pendant qu’elle observe le livret de ma cassette. Elle commence alors à me parler longuement de cette chanteuse anglaise qui a révolutionné la musique pop des années 1980 et des ressemblances entre la musique de Tori Amos et sa musique à elle. Il ne m’en faut pas plus pour être intéressé. Quelques jours plus tard, Annie m’a offert sa copie vinyle de Hounds Of Love après avoir décidé de se le racheter en CD suite à notre conversation (autre temps, autres moeurs).

Pour tout vous avouer, je ne pigeais pas grand-chose de la musique de mademoiselle Bush quand je l’ai entendue pour la première fois. Je reconnaissais certaines formules mélodiques semblables à celles utilisées par Tori, mais après quelques écoutes, j’ai rangé ce disque étrange dans la collection familiale. Il me faudrait encore plus que dix ans avant de le ressortir.

Nous sommes donc en 2003 lorsque j’entends la reprise de Running Up That Hill par Placebo à la radio étudiante de l’université. Placebo n’est pas un band qui a fait des quantités industrielles de bonne musique. Par contre, quand une chanson de ce groupe-là est réussie, ce n’est pas qu’un peu. Je ne pouvais pas arrêter de réécouter leur excellente version et je me suis replongé tête première dans Hounds Of Love avec, cette fois-ci, assez de bagage de mélomane et de rat de bibliothèque pour en profiter pleinement.

Hounds Of Love, tout comme la plupart des albums de Kate Bush est un album très chargé. Bourré de références littéraires improbables, d’arrangements complexes et de détails originaux (que l’on se rappelle seulement la mélodie des «backvocals» de la chanson titre, qui évoque subtilement des jappements de chiens, les fréquences radio fantômatiques de And Dream Of Sheep ou encore les sons de baleines et les voix électroniques de Waking The Witch)… Dans le contexte actuel, un tel disque serait apprécié par une certaine communauté de mélomanes, mais dans l’Angleterre de 1985, ce disque majestueusement anti-conformiste est devenu le disque pop le plus populaire de l’année, ravissant le titre au Like A Virgin de Madonna.

Les hits de l’album (Running Up That Hill, Hounds Of Love, The Big Sky et Cloudbusting) se trouvent tous sur le côté A de l’album. Ce sont ces cinq chansons qui constituent Hounds Of Love à proprement parler. Le côté B de l’album est un album concept intitulé The Ninth Wave. On y raconte l’histoire d’une personne qui dérive seule dans l’océan mais qui est sans cesse tourmentée par les démons et les anges de son passé, de son présent et de son futur. Ces différents combats l’empêcheront de s’endormir et se noyer pendant la nuit, jusqu’à l’arrivée du matin. Oui, effectivement, c’est pas mal «trippy». Mais pour ceux qui ne connaissent pas du tout l’univers de la chanteuse, je dirais que les concepts de ce genre sont, pour elle, monnaie courante depuis le début de sa carrière (son dernier album, paru en 2011, est un album qui a pour thème la neige. Façon poétique de parler d’un album de Noël, finalement!)

C’est tout de suite après avoir pris deux saisons de pause d’affilée pour la première fois de sa carrière que Kate Bush, 27 ans, s’est attelée à la tâche d’écriture gargantuesque de cet album incomparable. Inutile de s’étendre sur le sujet d’avantage, mais il faut absolument mentionner que le mixage, l’ajout d’overdubs et les arrangements ont occupés une année complète de la vie de l’artiste qui travaillait là-dessus dans le studio qu’elle s’est fait construire derrière sa maison en 1983. Un véritable travail d’orfèvre. Surtout à une époque ou il fallait presque tout faire à la main.

Et ça s’entend!

Le monde entier est tombé en amour avec Kate Bush grâce à Hounds Of Love et elle a même réussi à grimper jusque dans le Billboard américain! Même si elle se fait très discrète en général dans la vie pour se pointer le bout du nez dans des salles combles une fois par décennie (genre!), son influence se fait encore et toujours entendre dans le travail d’artistes époustouflantes. Je pense entre-autres à St.Vincent, Jenny Hval et Kristeen Young pour ne nommer que des auteures-compositeures de la présente décennie qui ont autre chose à offrir que des selfies en bobettes. Des artistes que l’on qualifie de féministes juste parce que leur musique va plus loin que le party ou la chambre à coucher.

Enfin, bref, si ce texte a piqué votre curiosité, je vous conseille fortement de mettre Hounds Of Love dans vos écouteurs puisque ça fait 30 ans que vous vous en privez!!! Continuez ensuite avec Lionheart et The Kick Inside (les deux premiers albums) qui sont également de véritables chefs-d’oeuvres.

http://www.katebush.com

Commentaires

  1. Nat Prieto a écrit : :

    Pour ma part je trouve chaque album de Kate Bush incontournable :
    « Never For Ever » paru en 1980 marque la charnière entre les deux premiers albums et les suivants : un mélange évident de classicisme et d’avant-gardisme. On y trouve le tube Babooshka et des pépites comme « All we ever look for », « The wedding List », Army Dreamers », « Breathing » ou « Violin ».

    « The Dreaming » (1982) est peut-être l’album de Kate Bush qui est resté le plus confidentiel, malgré une originalité et une cohérence évidentes. Le seul et unique « tube » est « Suspended in Gaffa ». Pour ma part je trouve cet album imparable et d’une grande modernité : aucune chanson n’est de trop.

    « The Sensual World » (1989) renoue avec les influences folk de Kate Bush, en sachant que rien n’est jamais vraiment classique avec cette artiste. Sa forte personnalité ne permet jamais de classer son oeuvre dans une case bien précise… les compositions sont splendides et la production a bien vieilli.

    Quant à « Aerial » (2005), qui marque son retour après des années de retraite, c’ est un chef d’oeuvre…

    Kate Bush est une artiste qui se mérite. Nombreux sont ceux qui se sont moqués de ses clips parfois datés, qui l’ont vue comme une caricature de hippie mystique un peu kitsch, une énième chanteuse à voix de Blanche Neige… Tant pis pour eux, dommage pour leurs oreilles… C’est une artiste unique, souvent copiée mais jamais égalée.

  2. Dum Dum Boy a écrit : :

    La vraie Reine de la Pop Music (terme réducteur la concernant, mais je l’utilise de façon très globale, y incluant aussi King Crimson et les Pixies, par exemple), c’est Catherine et nulle autre.
    J’ai beaucoup de respect pour nombre d’excellentes chanteuses ou compositrices, mais Kate avait tout mieux que les autres, depuis son plus jeune âge de surcroît : les prouesses vocales sans avoir l’air d’y toucher et surtout sans casser les oreilles (et les c…) de l’auditeur (même de l’auditrice, à laquelle j’ajoute donc des c…métaphoriques), un talent d’auteur très original, nourri de sa culture littéraire qu’on imagine conséquente, et surtout ce don de composition qui, si son inspiration l’y guide, l’autorise à prendre n’importe quelle suite d’accord convenue et de la bousculer en finesse afin d’en faire quelque chose de racé et de si personnel (une espèce de Bowie au féminin, finalement, si qqn a besoin d’une comparaison pour se faire une idée). Et ce qui sublime le tout, c’est cette sensibilité, cette féminité délicieuse, à la fois sensuelle et innocente, qui donne à ses créations ce cachet unique qui nous fait savourer ses rares œuvres comme si on avait entre les mains et les oreilles un objet précieux, une relique à conserver telle la prunelle de ses yeux (je ne connais pas l’équivalent pour les oreilles).
    Ouh là, j’ai fait dans l’emphatique, désolé, mais je n’arrive pas à me contrôler quand je parle de Kate…
    Kate qui est de la famille des plus grands, des vrais créateurs de cette musique qu’on aime tant, Brian Eno, Robert Fripp, David Bowie, évidemment Macca, et quelques autres…(j’ai volontairement cité des British)
    Et j’ai même pas évoqué l’album en fait ^^

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