Hannah Georgas - For Evelyn - Le Canal Auditif

Hannah Georgas – For Evelyn

Hannah GeorgasReconnue pour son interprétation nuancée, ses paroles intelligentes prenant des tournures souvent inattendues, l’Ontarienne Hannah Georgas est le genre d’auteure-compositrice hors du commun dans le paysage musical canadien actuel. Son pop-rock n’est pas loin des beaux de jours des compilations Women & Songs bien carrées des années 90, début 2000, tout en choisissant d’expérimenter avec la technologie, les textures et sonorités électroniques. Drôle de mélange, mais quoi qu’il en soit, elle fait son bout de chemin depuis une quasi-décennie. Malgré tout, elle n’est jamais parvenue à acquérir le succès qu’elle mérite, et reste un secret bien gardé, relayée à être la première partie d’artistes bien moins intéressants (City And Colour, par exemple) depuis le début de sa carrière.

Quatre ans après son excellent deuxième album homonyme, elle nous revenait cet été avec For Evelyn, une troisième proposition nommée en hommage à sa grand-mère de 98 ans. Visiblement meurtrie par une ou plusieurs peines d’amour, l’album a les deux pieds dans la pop contemporaine, mais celle-ci est remplie de questionnement, de doutes, tantôt pleins de douleur, d’autre fois de courage, de folie, le tout arborant une intimité jamais entendue sur l’un de ses disques. On ne nage pas dans la pop frivole des ingénues à la Ariana Grande, mettons.

«I wake up in the middle of the night, thinking “Oh my god who the hell am I”». C’est sur ces paroles/confidences que s’ouvre la pièce Rideback, qui ouvre l’album, sur une ligne de saxophone en boucle. Elle nous chante dans le creux de l’oreille, comme une confidence pour le moins universelle, «What if the best times are all up?/What if it’s just the ride back now?» S’ensuit le premier extrait de l’album, la belle ballade Don’t Go, qui a tourné pas mal sur les radios alternatives canadiennes cet été. Evelyn, rassembleuse, le point dans les airs, s’offre sur un dancefloor, tandis que Waste, une des meilleures pièces de Georgas jusqu’à maintenant, propose sa vision d’une relation déchue avec une section de cuivre et des synthés hypnotiques. Loveseat et Crazy Shit retrouvent Georgas un peu moins perdue, dans un univers plus anecdotique. C’est à partir de la deuxième partie de l’album que ça se solidifie. Le trio ferme l’album avec Lost Cause, Angel All The Time et City. Elles sont mélancoliques à souhait, mais elles renferment un certain espoir, son auteur espérant mieux, recherchant à être meilleure et à ne pas s’apitoyer sur son sort.

Le tout est coordonné par les arrangements délicieux de Graham Walsh, un tiers du trio électronique expérimental Holy Fuck, qui avait aussi piloté son second effort. Walsh amène les pièces intimes de Georgas dans des lieux incongrus, où elles se font martelées par des percussions puissantes (Angel All The Time), où elles tombent dans un tourbillon de synthés (Evelyn, Waste, Naked Beaches, Crazy Shit), où elles se présentent dépouillées (Lost Cause, City). Quant à l’interprétation de Georgas, elle n’a jamais été aussi retenue, nuancée et vulnérable.

À la fin de ce troisième album, on a l’impression que rien ne semble arrêté, résolu, que tout est en constante évolution. En résulte un album solitaire que vous pourrez écouter seul dans votre coin, avec une larme à l’oeil, sur lequel vous pourrez même danser seul sans grande honte. Bien qu’il soit incroyablement intime, après son écoute, on se sent moins seul, ce qui le rend grand, beau et universel.

Ma note: 8/10

Hannah Georgas
For Evelyn
Dine Alone Records
41 minutes

http://www.hannahgeorgas.com/

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