Francis Faubert - Maniwaki - Le Canal Auditif

Francis Faubert – Maniwaki

Francis Faubert Le finaliste des Francouvertes édition 2012, Francis Faubert, avait fait paraître en 2013 le maxi Duclos – St-Prime, disque enregistré sous la houlette du maître rocker et indécrottable «gars du Lac», Fred Fortin. Pour ce Maniwaki, le songwriter a confié la réalisation à un autre «bleuet» en la personne du fort compétent Dany Placard qui ne s’est pas contenté de conseiller Faubert. Il l’a également épaulé en jouant de la basse, de la guitare et de l’orgue Farfisa tout au long de l’enregistrement. Un disque colligé à trois têtes avec l’excellent Mathieu Vézio à la batterie.

La genèse de ce disque remonte à près d’un an. Faubert s’est enfermé dans un chalet situé en Outaouais et l’artiste a recueilli soigneusement les histoires des trente-cinq résidents de son patelin de naissance: un petit village nommé Duclos… et ces confidences qui ont inspiré le travail littéraire de Faubert n’ont rien de superficielles. Quand on entend des perles aussi crues que «décider d’exister, c’est vomir ce que tu ravales» (Moman), on ne peut qu’avoir la gorge serrée.

Musicalement, l’empreinte «rock salopé du Lac» est omniprésente; du rock classique qui décape et qui accentue la mélancolie assumée et sans compromis exprimée sur la plupart des chansons de ce Maniwaki. C’est magnifiquement lourd autant dans le propos que dans l’esthétique sonore proposée. Maniwaki est une création cafardeuse où l’espoir est saupoudré parcimonieusement comme si on recevait en pleine gueule une avalanche de mauvaises nouvelles.

J’ai adoré tous ces personnages de perdants magnifiques qui meurent à petit feu. J’y vois même une allégorie à ce Québec qui n’en finit plus de décliner et de décroître. La chanson Le courage est mort hier est particulièrement pertinente dans le contexte sociopolitique actuel. On y entend même un extrait d’une lecture du poète/député, feu Gerald Godin; texte qui passe l’épreuve du temps avec éloquence. Parmi les réussites prisées par l’auteur de ces lignes? J’ai adoré la chanson-titre Maniwaki qui raconte le passé affligeant du père de Faubert, camionneur de métier. J’ai tripé sur Celle qui s’couche. Une chanson totalement Fred Fortin… mais y’a pire comme ascendant, on s’entend! J’ai apprécié le moment guitaristique dissonant dans Moman ainsi que la complainte folk R’tourne pas danser dans laquelle l’auteur dit à sa blonde effeuilleuse: «Je préfère trouver un autre job que tu relèves ta robe en plein hiver».

J’entends tous les jovialistes de ce monde me dire: «Encore une scrap keb dépressive à l’os!». Ben oui mon chum. On n’en sort pas! Il y a un grand nombre de Québécois qui souffrent en silence et qui assistent impuissant au lent déclin de ce non-pays… Pour la prochaine galette, je souhaiterais un peu plus de distanciation quant aux aveuglantes influences qui dominent ce disque, mais ça ne vient en aucun cas amenuiser la magnifique besogne effectuée par Francis Faubert. Fred Fortin a fait des petits pour le plus grand plaisir de mes oreilles!

Ma note: 7,5/10

Francis Faubert
Maniwaki
Coyote Records
36 minutes

http://francisfaubert.com

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