Avec pas d'casque - Effets spéciaux - Le Canal Auditif

Avec pas d’casque – Effets spéciaux

Avec pas d'casqueEn plus d’être un fan fini du cinéma de Stéphane Lafleur, j’ai également un profond respect pour le folk d’Avec pas casque, particulièrement pour ce qui est des textes de ce poète de génie. Oui, j’utilise sans gêne le mot «génie» pour qualifier la prose de Lafleur. En 2012, Avec pas d’casque nous avait gratifié d’un Astronomie célébré ici même au Québec, mais aussi chez nos cousins français (http://www.lesinrocks.com/musique/critique-album/avec-pas-dcasque-tresor-inoui/). Vendredi dernier, le tout dernier né, Effets spéciaux, était révélé au grand jour.

À la fin du mois de juillet dernier, bien installé dans le décor enchanteur du quai de Baie-St-Paul, j’avais eu droit à un avant-goût du nouvel album dans le cadre du Festif! Un concert mémorable, il va sans dire. Et bien honnêtement, j’avais été conquis pour ne pas dire «flabberglasté» par les nouvelles pièces du quatuor folk. Après 4 ans d’attente, à quelle destination nous convie Avec pas d’casque?

Cette fois-ci, la bande à Lafleur simplifie encore plus sa proposition, saupoudrant minutieusement claviers et cuivres, ajoutant à certains moments des percussions exotiques tels que des bols tibétains et des congas. Plus que jamais, Avec pas d’casque prend son temps, forçant ainsi l’auditeur à s’immerger dans cet album d’une tranquillité assumée. Il y a un je-ne-sais-quoi d’ensorcelant dans ce folk d’une simplicité désarmante. Et c’est ce dépouillement qui permet au poète Lafleur de faire sa marque, car la musique d’Avec pas d’casque n’aurait sûrement pas le même impact sans les textes du bonhomme.

Lafleur écrit des chansons aux antipodes de cette époque effervescente, verbeuse, opiniâtre et souvent très très désagréable. Avec Lafleur, c’est paisible, indolent et serein, et ce, malgré les savantes observations à caractère social qui sont éparpillées tout au long de l’opus. Des exemples?

«Quand l’hiver nous travaille au noir/Quand le froid nous vandalise/Tu dis: «Callons malade pour le restant de nos vies» – Il fait noir de bonne heure.

«Et je vois revenir des idées mortes/Je m’arrête et je baille au milieu de notre époque» – La peur de perdre.

«Maintenant que le feu est brisé/Que les oiseaux nous mangent la tête/Lentement/Nous pourrons devenir» – Hu-Hum.

Et je pourrais continuer longtemps à noircir ce texte de ces petites perles gracieuseté de Lafleur. Actuellement, il est le meilleur parolier québécois et par une bonne marge à part de ça! Comme vous pouvez le constater, je n’ai que du gros bien à dire de ce disque; création qui confirme hors de tout doute qu’Avec pas d’casque et Stéphane Lafleur sont là pour durer.

Ce disque magnifiquement déprimant (j’entends d’ici certains jovialistes s’en plaindre) est à l’image de ce Québec qui n’en finit plus de mourir, qui répète inlassablement les mêmes erreurs sociales et politiques depuis plus de 20 ans. Le rythme, les mots finement choisis, le ton monocorde de Lafleur, tout est conçu pour nous rappeler que le Québec est un «has been»… qui devrait peut-être se grouiller le cul! Aucune inquiétude à y avoir. Malgré tout, l’espoir pointe subtilement le bout de son nez tout au long de l’album.

Depuis les 5 dernières années, je m’évertue à répéter, le plus délicatement possible, que c’est en étant parfaitement authentique et parfaitement local qu’un artiste parvient à toucher à l’universel. Et Avec pas d’casque réussit cet exploit avec une délicatesse et une humilité bouleversante. Un disque folk introspectif et contemplatif parfait.

Ma note: 8/10

Avec pas d’casque
Effets spéciaux
Plate comme le ciel (Grosse Boîte)
40 minutes

https://avecpasdcasque.bandcamp.com/

Exprimez-vous!

*