Critiques

Christian Scott

Diaspora

  • Stretch Music
  • 2017
  • 50 minutes
5,5

Diaspora est le deuxième album d’une trilogie — précédé de Ruler Rebel — de Christian Scott explorant le « Strech Music », concept théorisé par ce dernier. J’ai fait le tour du sujet dans ma critique de Ruler Rebel, pour les curieux. Le trompettiste adopte dans l’album une esthétique explicitement semblable à son dernier… J’embarque donc dedans en croisant les doigts, en espérant qu’il soit à la hauteur de ce qu’on connaissait de Scott.

L’album débute avec une pièce éponyme à celui-ci qui nous procure immédiatement un peu d’espoir. Il manque encore d’originalité au niveau des sonorités de drum machine (le snare en particulier est assez insipide), mais le reste est très bien. On y trouve de belles mélodies mémorables harmonisées à la Scott, un solo à faire dérailler un train de Pinderhughes — en symbiose avec le délai —, le groove de batterie au tiers de la pièce qui est selon moi un des meilleurs de toute sa discographie… Si seulement la pièce ne se terminait pas inutilement en fade-out (après le hip-hop, les beach boys?)! Idk, la pièce suivante, joue dans le même ordre d’idées, avec un beau contrepoint entre la trompette et le sax. Elle est un peu répétitive, mais ça passe jusque là. On est dans une esthétique qui se veut complémentée du hip-hop après tout. Et disons que je vais faire comme si le fade-out sur celle-ci n’était pas fait par pure paresse artistique. Our Lady of New Orleans possède une des plus belles progressions d’accords dans l’album, jouée par un piano à moitié étouffé qui ajoute au son déjà original de la pièce. Et encore une fois, PINDERHUGHES nous pond un solo à tout casser. S’en suit Bae, un interlude bien laid back dominé par un des riffs de piano les plus groovy et originaux de toute la carrière de Scott. Jusque là, tout va bien.

Desire and the Burning Girl est comme un point d’ancrage de l’album; tout lui succédant semble statique. La pièce est monotone à mort et meurt justement en fondu, pour que ça finisse encore plus en queue de poisson. Uncrown Her n’est ni désagréable, ni à la hauteur du début de l’album, et se termine en un fade-out presque justifié par le fade-in de Lawless. D’ailleurs, cette dernière a pour seule distinction son excellent rythme à la batterie, et quelqu’un a dû s’en rendre compte, parce que la dernière minute lui est entièrement dédiée. Completely et No Love sont à l’image d’Uncrown Her; toutes trois auraient dû, soit être filtrées en B-Side, soit être perfectionnées et développées. New Jack Bounce, quoiqu’exécutant un frottement intéressant entre l’électronique (toujours aussi botché) et les peaux, est mal amenée et mal développée dans le cadre de l’album (et finit, elle aussi, en fade-out complètement inutile). La pièce finale, The Walk, est à Diaspora ce que Phases était à Ruler Rebel, soit la seule pièce vocale de l’album. La seule différence, c’est que celle-ci est placée à la fin au lieu du centre de l’œuvre. C’est un peu moins dérangeant ainsi (dans l’autre album, on s’attendait dans une première écoute à ce que la voix réapparaisse), mais ce n’est pas plus cohérent pour autant. D’autant plus que les deux pièces sont très semblables. Par contre, l’énergie de la pièce est assez intéressante, comporte de belles harmonies entre la trompette et la flûte ainsi qu’encore, un excellent solo de Pinderhughes. Cet album serait franchement moins bon sans les solos de cette flûtiste; j’irai même jusqu’à dire qu’elle vole la vedette à Scott sur l’opus.

Une fois l’album terminé, on se rend compte que le dilemme est semblable à celui de Ruler Rebel : l’album n’est pas conséquent — seule la moitié de l’album est intéressante pour la peine —, mais les pièces intéressantes ont beaucoup de potentiel. La trilogie de Scott se révèle peu à peu comme ce qui aurait pu être un seul disque, étiré comme par orgueil. On connaît tous l’immense talent de trompettiste et de compositeur de Christian Scott, mais on apprend actuellement beaucoup plus à connaître son ego, sa volonté de nous prouver qu’il possède réellement ce talent. Paradoxalement, son show de boucane provoque, à ce jour, l’effet contraire.

P.S. Cet album vaut un bon 6. Qu’est-ce qui lui vaut le demi-point retranché? Les maudits fade-outs paresseux. Les fade-outs sont un choix artistique qui doit avoir une raison d’être, qu’elle soit conceptuelle ou musicale. Ce n’est pas une échappatoire de paresse compositionnelle. Sorry Brian Wilson.

MA NOTE: 5,5/10

Christian Scott
Diaspora
Stretch Music
50 minutes

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