Critique : Spoon – Hot Thoughts - Le Canal Auditif

Critique : Spoon – Hot Thoughts

Ouverture sur une note de clavier persistante.

Puis, arrivée de la batterie, au claquement sec.

Et de la basse, précise et à la fois molle.

La guitare – élément distinctif chez Spoon – se fait attendre… La voilà.

Britt Daniel, de sa voix éraillée, mais si précise, arrive au micro :

«Your teeth shining so white
Light up this sad street in Shibuya tonight;
Hot thoughts all in my mind and all of the time;
You must be trouble for sure.»
– Hot Thoughts


 

Hot Thoughts est lancé.

Le neuvième de la formation rock d’Austin – Texas reprend là où The Want My Soul s’était arrêté. Littéralement. Vous vous souvenez? Petit rappel. Le huitième opus, sorti en 2014, se concluait par la chanson New York Kiss, où une sonorité axée principalement sur les claviers était exploitée. Différente des autres compositions par son tempo rapide à la tendance électro et même – attention – danse-club, elle proposait une aventure hors des sentiers pour Spoon, groupe qui a en horreur le surplace et la redondance. Et elle signait l’entrée en scène d’Alex Fischel, récupéré de l’expérience (douloureuse) Divine Fits, band parallèle où il a sévi en 2012, en compagnie de Britt Daniel.

Fin du rappel.

Nous voici de retour en 2017.

Spoon compte donc maintenant sur les services de deux claviéristes (Fischel et un petit nouveau, Gerardo Larios, qui joue également de la guitare), et, évidemment, laboure ce champ des possibles sur le nouvel album. Même le batteur Jim Eno s’y met, proposant des percussions enregistrées et séquencées, où le drumbeat remplace la batterie physique la plupart du temps.

En résulte un disque aux multiples couches numériques, même si les instruments à cordes y ont encore leur place (excellente basse par ailleurs, merci Rob Pope), tout comme le piano. Hot Thoughts est possiblement le produit le plus touffu proposé par le band en plus de 20 ans de carrière. La deuxième chanson, WhisperI’lllistentohearit, se veut un exemple parfait du « nouveau mur du son » spoonien : une composition bourrée d’électros, tout en crescendo et en ajout d’instruments. La voix de Daniel rappelle ici celle de Win Butler, d’Arcade Fire. Le pastiche pourrait déplaire, mais non, ça passe la rampe haut la main, principalement grâce à cette façon de jouer des gars de Spoon, ce rythme saccadé si distinctif dans leur ADN.

Malheureusement, comme cela est arrivé à quelques reprises dans l’histoire de Spoon, l’album s’avère inégal. La faute à cette recherche active de l’expérience sonore, à cette prise de risque qui, quelquefois, entraîne les gars du mauvais côté de la clôture. La faute aussi au réalisateur Dave Fridmann, qui n’a pas été en mesure de circonscrire la musique, la laissant notamment « s’échapper » sur Do I Have To Talk You Into It (ennuyeuse et redondante) et sur la pièce instrumentale Us (bel effort, mais sans éclat).

Au final, ce Hot Toughts se veut un disque complexe et ouvert, qui entraîne le fan de Spoon sur un nouveau terrain, plus électro. Sans en avoir la force, le produit est à l’image du magnifique Ga Ga Ga Ga Ga : comme l’album de 2007, il s’aventure sur un chemin musical distinct. Et c’est réussi, en grande partie.

Ma note: 7,5/10

Spoon
Hot Thoughts
Matador
42 minutes

http://www.spoontheband.com/

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