Critique : Philippe Brach - Le silence des troupeaux - Le Canal Auditif

Critique : Philippe Brach – Le silence des troupeaux

À la réception du nouvel album de Brach, j’ai eu une petite angoisse après avoir décompressé le fichier. Misère… la quétaine Troupeaux est toujours là. En fait, c’est Le silence des troupeaux est plutôt le titre. Mais sur le coup… ça fait peur. J’étais certain que c’était une blague. Une blague qui lui a tout de même valu des places dans des palmarès. Il faut dire que Brach qui fait une toune quétaine, ça clenche encore bien des chansons qu’on retrouve sur les ondes FM. Bref, je retiens mon souffle. Je pèse sur play. Et soudainement, je laisse aller un grand soupir de soulagement alors que les bruits de chevaux sur le champ de bataille prennent la place du simple.

Brach lance son troisième album en carrière intitulé Le silence des troupeaux qui fait suite aux réussis La foire et l’ordre et Portraits de famine. Vous comprendrez que le titre vient avec une certaine critique sociale. Ça ne serait ni la première ni la dernière fois que Philippe Brach nous renvoie bien franchement nos travers par la bouille. La chanson-titre dans sa version du mois de septembre le rappelle une fois de plus. Heureusement, cette nouvelle galette du jeune homme est campée à l’inverse totale. Brach revient avec une approche plus directe et quelques surprises.

On retrouve les textes engagés de Philippe Brach. La peur est avalanche est particulièrement réussie dans le genre :

Il y aurait un pour cent de tâches de pédos récidivistes
Qui se promènent en public partout sauf dans les églises
Pis ça, c’est le révérend qui me la dit, même si ses sources sont étanches
La peur est avalanche.
La peur est avalanche

Par la suite, Brach nous prend par la main pour nous mener dans un jam bruyant et lourd où le solo de guitare prend de la place comme dans une chanson de Queens of the Stone Age. C’est délicieux pour les oreilles. Le malheur amoureux tient encore une place de choix dans les thèmes de Philippe Brach. Dès La fin du monde, deuxième chanson de l’album, où l’amour se vit au temps d’Hiroshima avec une fatalité certaine annoncée. Rebound est aussi loquace dans ce terreau :

J’t’en train d’essuyer ton refus
Ça fait un maudit beau dégât
La dernière fois qu’on s’est vu
Le bon goût m’a vomi dans les bras

L’oiseau vient de cogner su’a fenêtre
Y a le cœur ben plus gros que la tête
Y va battre de l’aile un bout
Pis se câlicer de toute.
Rebound

Pakistan arrive avec une douce mélodie qui est empreinte d’une nostalgie indéniable. Une couleur qu’on retrouve étampée un peu partout sur Le silence des troupeaux. Peut-être qu’il nous fait rire à une occasion, lorsque le chœur d’enfants nous surprend avec ses airs de cantique de Noël doublé d’un message beaucoup plus trash destiné aux adultes. La guerre (expliquée aux adultes) est une chanson non seulement remplie d’espoir qui se transforme en champ de bataille, mais touchante lorsqu’on a dépassé le fou rire initial. En fait, il n’y a absolument rien de drôle avec celle-ci. Qu’un constat que l’humain est souvent cruel et idiot. S’il y a un seul défaut à la galette, c’est sa courte durée. On aurait pris une ou deux chansons de plus. Mais bon, on ne va pas non plus se plaindre le ventre plein non plus.

C’est vraiment un retour réussi pour Philippe Brach qui nous envoie un Silence des troupeaux à la hauteur de son talent. C’est touchant, c’est mélancolique et c’est acerbe. Son meilleur à ce jour? Certainement son plus audacieux et sa production la plus impressionnante. On y retrouve de nombreux moments orchestrés et magnifiques.

Ma note: 8/10

Philippe Brach
Le silence des troupeaux
Spectra musique
30 minutes

Site Web

Exprimez-vous!

*