Critique : Nicolet - Hochelaga - Le Canal Auditif

Critique : Nicolet – Hochelaga

Nicolet mettait vendredi en liberté son deuxième album, Hochelaga, trois ans après Le Quatrième. Le montréalais a un style assez particulier, zigzagant constamment à mi-chemin entre le rétro et l’actuel. Ça donne parfois l’impression qu’il est de l’avant-garde du temps de The Smiths. Comme un groupe qui serait la plupart du temps dans le style de ses contemporains, à l’exception de la production futuriste de certains passages. Autant certains sons de synthèse et certaines compositions semblent très nostalgiques, autant certains passages et certaines sonorités sont foncièrement actuels.

Cet arrangement hétéroclite entre le vintage et le nouveau n’est cependant pas sans me laisser perplexe par moments. J’ai tendance à penser qu’il aurait avantage à assumer un côté où l’autre. En considérant que personne n’apprécie les différentes esthétiques de la même façon, le frottement perpétuel des deux côtés ne se fait pas sans égratignures par-ci par-là. Un exemple assez représentatif de l’œuvre serait La Mystification, une pièce très différente lorsqu’on la considère d’une façon ou de l’autre. D’un point de vue rétro, c’est une pièce pop fort intéressante, non sans rappeler la fin des années psychédéliques, avec une forme assez simple, un refrain, etc. Mais justement, le refrain est à la fois le point fort de la pièce et son tendon d’Achille. Il se distingue beaucoup du reste de la pièce par son esthétique plus actuelle — avec des harmonies vocales complexes et une texture plus réverbérée — et quand on regarde la pièce du point de vue du refrain, mieux produit et plus actuel, le reste de l’œuvre semble soudain moins intéressant. Ses synthés sonnent le déjà-vu et son rythme est un tantinet générique. Quand on goûte à des sonorités plus travaillées et plus intéressantes, on a plus le goût de revenir à de vieux sons déjà surutilisés. D’adhérer de manière plus intègre à une esthétique dominante serait une bonne manière de minimiser ce type d’incohérences. Ce n’est probablement pas impossible de faire cohabiter les deux esthétiques, mais c’est certainement risqué. Je ne dis pas que l’esthétique rétro est à éviter, mais bien qu’elle doit être maîtrisée davantage avant de pouvoir se l’approprier artistiquement sans accrocs.

Néanmoins, la composition est à la hauteur de son dernier album, parsemé de progressions intéressantes et de belles mélodies accrocheuses. La production est aussi beaucoup mieux exécutée que dans Le Quatrième, qui était fait maison. Ce dernier était aussi près de deux fois plus court qu’Hochelaga, qui est néanmoins sans longueurs et intéressant du début à la fin. Les sons rétro ainsi que le phrasé du chanteur sont efficaces en soi et bien dans le style quand il y a lieu. À l’opposé, les parties de la production et de la composition qui se veulent plus actuelles le sont tout aussi efficacement. On a dans l’album tout ce qu’on pourrait espérer d’un album de pop : des formes et des rythmes simples et efficaces, une variété bien modérée de styles, quelques vers d’oreilles assez tenaces, des paroles claires et au moins une fois le mot « Doppleganger » mentionné (prérequis intrinsèque en tout album réussi). On passe de Ratio, une pièce rock bien entraînante, à Tempérance, pièce plus calme qui tend plus vers la chanson ou la ballade. On termine avec Il tombe toute la nuit une neige étincelante sur Hochelaga-Maisonneuve, solo-épilogue bien hivernal à la guitare, et ce sans perdre de vue une seconde le fil conducteur flexible qui relie le tout ensemble.

Somme toute, l’album est assez bien réussi. Malgré que la clutch manque parfois d’huile dans les changements de vitesse stylistiques, ça ne brise pas vraiment la fluidité de l’album. Des 43 minutes qui composent l’album, aucune n’est redondante, aucune n’est ennuyante. C’est un bel album avec une belle balance de déhanchement et de hanchement (le contraire de déhanchement). Il ne lui reste plus qu’à définir s’il veut continuer d’explorer le passé ou converger vers l’avenir. Quant à moi, le plus dur sera de choisir, parce qu’il est déjà capable de faire les deux — individuellement.

Ma note: 7,5/10

Nicolet
Hochelaga
Chivi Chivi
43 minutes

https://nicoletmusique.bandcamp.com

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