Critique : Lawrence English - Cruel Optimism - Le Canal Auditif

Critique : Lawrence English – Cruel Optimism

Lawrence English se définit sur son bandcamp non pas comme un musicien ou un compositeur, mais plutôt comme un philosophe de l’écoute. Il ajoute qu’il « remet en question généralement la vie, la mort et tout ce qui se trouve entre. » Prétentieux? Peut-être, mais on peut comprendre l’intensité de ces propos lorsqu’on entend sa musique; difficile d’accès, riche, dense, mais ô combien intéressante si l’on se met à l’écouter attentivement.

La photo de couverture de son dernier album, Cruel Optimism, est à ce niveau admirablement choisie : une sorte de monolithe triangulaire transperçant le ciel et flottant dans des couches nuageuses. Du brouillard inquiétant dans les oreilles, quelle belle image pour représenter la musique d’English.

Ce dernier nous projette dès la première seconde dans une tempête sonore inondée d’une basse pulsée avec la pièce Hard Rain. Comme une soudaine pluie glaciale en plein été, ce sont cinq minutes frénétiques où il vaut mieux profiter de l’averse plutôt que d’aller se mettre à l’abri. Ça rappelle le récent travail de Tim Hecker sur ses albums Love Streams et Virgins. L’exaltation cède sa place à la quiétude dans le second morceau parfaitement intitulé The Quietest Shore. On peut voir la brume qui se déplace tranquillement sur la rive. Après un certain temps, une église se matérialise, alors que le son de ses cloches retentit au loin. C’est incroyable à quel point une musique peut être visuelle…

Plutôt que de travailler seul comme sur ses albums précédents, l’Australien, fondateur de l’étiquette Room40, a plutôt décidé de collaborer avec une multitude d’artistes, tels que Thor Harris et le guitariste Norman Westberg, tous deux du groupe Swans. Intéressant. Cependant, le travail des musiciens invités s’est quelque peu évaporé dans le mix et la production d’English. Impossible d’entendre une violoncelliste jouer dans Object of Projection ou bien un contrebassiste dans Negative Drone. Par contre, les voix humaines sont facilement discernables dans les morceaux Requiem For a Reaper/Pillar of Cloud et Crow. Ceux-ci sont tout à fait somptueux et se succèdent après l’irritant Hammering a Screw, le seul que l’on pourrait qualifier de superflu.

On ne peut pas écouter l’album d’une oreille inattentive. Cruel Optimism est une expérience en continu où les pièces, indissociables les unes des autres, s’enchainent sans temps mort. Abstraites et vaporeuses, elles sont comme des nuages qui prennent différentes formes selon la personne qui les regarde.

Au final, les moments les plus réussis sont sans doute les plus calmes, mais ils sont peu nombreux. L’album ressemble alors à son tumultueux prédécesseur Wilderness of Mirrors, et ce, même si ce philosophe de l’écoute prétend avoir fait quelque chose de nouveau.

Ma note: 7/10

Lawrence English
Cruel Optimism
Room40
39 minutes

http://www.lawrenceenglish.com/

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