Critique : Foster The People - Sacred Hearts Club - Le Canal Auditif

Critique : Foster The People – Sacred Hearts Club

Stéphane Deslauriers dit une expression qui m’a toujours fait rire : musique à numéro. Comme une peinture du même nom, il ne suffit que de remplir les bonnes cases avec la bonne couleur et vous obtenez l’image qui est censée s’y retrouver. De la même façon, certains musiciens ou groupes s’amusent à faire de la musique à numéro pour s’assurer de tourner sur toutes les radios beiges de ce monde (allo la radio commerciale!). Vous me voyez venir, hein?

Foster The People, ceux qui avaient conquis le monde avec Pumped Up Kicks en 2010, en sont maintenant à leur troisième album. Issu de ce foisonnement de groupes dits « indie rock », le quatuor a eu de la misère à recréer le succès qu’était leur simple devenu viral. Disons simplement que lorsque Mark Foster nous chante :

«Just close your eyes
We’re gonna run this light
We live our lives
Yeah, we’re not wasting time
Baby, we lost our minds
We’re gonna get, gonna get
Get what we can
We’re not doing it for the money»
-Doing It for the Money

J’ai envie de répondre : T’es sûr, Mark? Parce que ça a pas mal l’air que tu fais ça pour le cash quand on écoute Sacred Hearts Club.

Dès les premières notes de Pay The Man qui se pare d’un châle de hip-hop/urbain/trip-hop, on est très conscient qu’on a affaire à un Maroon 5. Ça ne s’améliore pas avec un début à la semi-Skrillex pour Doing It for the Money qui vire assez rapidement en autre chanson pop aux mélodies convenues à souhait. Ça se poursuit avec l’insipide I Love My Friends qui est elle aussi est construite sur ce bon vieux modèle : couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain… Misère.

Ne vous inquiétez pas, tout n’est pas négatif sur Sacred Hearts Club. Il y a l’expérimentale, quasi psychédélique Orange Dream. Mais comble de malheur, elle ne dure qu’une minute vingt. En plus, elle n’est pas cohérente dans l’ensemble. Un peu plus de chansons qui se dégagent des modèles entendus comme celle-ci aurait grandement aidé la cause de Foster The People. Static Space Lover sur laquelle apparaît Jena Malone n’est pas totalement ratée. Oui c’est convenu, mais on y retrouve une certaine énergie juvénile et naïve intéressante. Lotus Eater avec ses grosses guitares dégraisse un peu la machine, mais sans jamais vraiment offrir une proposition artistique intéressante. III est partiellement réussie, malgré Foster qui tombe un peu trop dans le pathos, pour être réellement pertinent.

Disons que ce troisième album de Foster the People nous laisse avec une impression de groupe qui aura été un « one hit wonder ». Sa pop convenue et ses compositions qui ne digressent jamais des sentiers battus laisse sur sa faim. Les quelques moments où le groupe touche à quelque chose d’intéressant sont trop rares à travers Sacred Hearts Club pour qu’on y retourne.

Ma note: 4,5/10

Foster The People
Sacred Hearts Club
Columbia
42 minutes

http://www.fosterthepeople.com/

Commentaires

  1. Apoq a écrit : :

    Pas vraiment d’accord avec cette critique. Pour « I love my friends » ce n’est pas parce que la structure de la chanson est très répandue que ça en fait un mauvais titre. À ce moment là autant dire que toutes les musiques de Years and Years se ressemblent parce qu’elles ont toutes ou presque cette même structure. Sauf que « I love myself » n’est pas une musique faite pour être artistiquement innovante. Il faut mettre en lien le fond et la forme, et cette musique est censée être parlante, elle est censée pouvoir s’adresser à tout le monde. Critiquer le choix d’une structure très répandue dans une musique qui veut s’adresser à tout le monde c’est un peu comme dire « J’aime pas la dernière musique de David Guetta et Justin Bieber, on dirait une musique pour faire la fête ». Tu peux pas critiquer une musique par rapport à ce qu’elle est censée évoquer. Tu peux pas critiquer la forme d’une musique sans la mettre en relation avec le fond, et dire du coup qu’elle est pas intéressante artistiquement.

    Pour ce qui est des similitudes par rapport à Maroon 5 ou ce début à la « semi-Skrillex » de « Doing it for Money » j’ai l’impression qu’on est sur un jeu de retrouve les similitudes de l’album par rapport aux autres artistes connus. On peut prendre n’importe quel album de n’importe quel artiste et y trouver des similitudes et influences en relation à d’autres artistes. Mais réduire ces morceaux à un manque d’originalité, ça donne juste l’impression que personne ici n’a écouté cet album comme il se doit. L’album est beaucoup plus varié que les précédents, et le groupe tente de nouvelles approches assez différentes de leurs deux premiers albums, tu prends « Loyal like Sid and Nancy » et « I love my friends » et t’as l’impression d’être sur deux albums différents.

    Il y a tellement de choses à dire sur cet album, déjà il faut noter l’évolution du groupe par rapport aux anciens albums, on retrouve pas ici ces musiques presque saturées, qu’on avait dans Torches ( avec Don’t stop par exemple, ou Helena Beat même, ) et dans Supermodel ( Call it what you want par exemple ) on retrouve un Mark Foster qui se rapproche presque du rap dans certains morceaux, notamment dans Doing it for the money, ou dans Loyal like Sid and Nancy qui est une musique qu’on pourrait presque écouter en club. Bref on a une évolution, alors qu’on critiquait Supermodel pour être trop similaire à Torches, ici on a un changement assez marquant et on voit que le groupe cherche de nouvelles sonorités. C’est pas un album à succès mais c’est un album qui annonce pour moi un tournant dans leur style musical. C’est presque un album test en fait, un album palette, comme un étalage de ce que le groupe sait faire et veut faire, sans qu’on perçoive dans cet album une ligne à suivre. Difficile en effet de trouver une cohérence à travers tous ces morceaux en les mettant ensemble, et c’est surement la plus grosse critique qu’on peut faire dessus.

    L’album est pas fait pour être vendeur ou commercial, autrement le groupe aurait sorti la même recette de Torches et Supermodel et n’aurait rien tenté de nouveau. De mon point de vue, c’est un album test, un album d’exploration, annonciateur d’un tournant dans le style du groupe, et j’espère écouter d’eux un 4ème album qui sera digne de ce changement.

    • Bonjour Arthur, c’est une réponse structurée et intelligente. Je suis foncièrement en désaccord, je trouve que c’est mou et paresseux. Mais bon, c’est aussi ça qui le fun avec l’art, tout le monde ne le perçoit pas de la même façon. Merci de nous lire! Au plaisir.

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