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Critiques

Les Chatons

Miaou métal

  • Indépendant
  • 2026
  • 38 minutes
6

D’abord, c’est quoi ça, Les Chatons?

C’est un quatuor de Montréal composé de Loko, Toto, Floppy et Chipitt, qui sont en réalité des musiciens techniquement très doués qui nous proposent un album de huit chansons, leur premier en carrière.

Avec Miaou métal, Les Chatons ont trouvé une recette aussi simple qu’une boîte de conserve Whiskas : prendre du métal provenant d’un large éventail de sous-genre, ajouter des jokes de brosse, quelques histoires de ruelles montréalaises et beaucoup d’autodérision, puis espérer que le mélange nous décroche un sourire. Le problème, c’est que l’humour ne fonctionne pas nécessairement par accumulation. Et sur ce premier album, l’idée est parfois plus drôle que les blagues elles-mêmes.

Le communiqué du groupe annonce pourtant leurs couleurs avec enthousiasme : Coupon King, Poésie culinaire, Tirer une pisse, Belle journée, L’dragon… Les titres donnent effectivement une bonne idée de l’univers des Chatons. Leurs sujets de prédilection : l’inflation, la poutine, les lendemains de brosse, les mauvaises journées et même la Saint-Jean transformée en épopée décadente un peu dégueulasse. Rien de tout cela n’est particulièrement subtil et ça convient parfaitement à un groupe qui revendique ouvertement le métal humoristique. Il faudrait par contre que l’écriture parvienne à dépasser la simple inside joke entre amis.

C’est sur ce point que Miaou métal risque de laisser certains auditeurs sur leur faim. Les Chatons semblent parfois confondre l’absurde avec le fait de simplement nommer une situation absurde. Une chanson intitulée Tirer une pisse n’est pas automatiquement drôle parce qu’elle parle d’une conséquence bien connue du calage de bière. De même, faire une longue balade sur la poutine ou un rap métal sur les coupons (qui semble avoir été écrit en 1997, tout comme son bridge tiré du rap d’un personnage de Radio-Enfer) ne suffit pas à transformer ces sujets en bonne satire. L’humour musical est un créneau difficile et demande généralement un peu plus : une observation inattendue, une chute efficace, une écriture punchée. Ici, le gag semble souvent se jouer avant même la chanson.

Mais bon, qui suis-je pour prétendre en savoir plus que n’importe quel quidam sur l’humour? Je suis davantage connaisseur en matière de musique, alors parlons-en!

Le groupe revendique un vaste terrain de jeu musical, passant du death au power métal, du thrash au rapcore en passant par la power ballade et le métal progressif. Cette profusion de références, au demeurant fort bien exécutées, peut donner aux compositions une certaine énergie, mais elle ne règle pas le problème principal : un riff particulièrement musclé ne peut pas faire rire à la place d’un texte. Les Chatons ont visiblement compris qu’ils pouvaient jouer sérieusement leur métal tout en racontant des niaiseries. Reste à démontrer que ces niaiseries sont suffisamment bien écrites pour devenir autre chose que de simples niaiseries.

Même L’épopée d’un déprimé, qui prétend s’attaquer à l’idée reçue voulant que la tristesse soit nécessaire à la création d’une bonne chanson, semble davantage annoncer une bonne blague qu’en livrer une véritablement mordante.

Et puis il y a Mentir, reprise de Marie-Mai transformée en version féline « pour les grands pouelles de même que les petits poilus ». Le concept est amusant sur papier. Encore une fois, cependant, il semble porter une bonne partie du poids comique à lui seul. C’est un peu le problème récurrent de l’album : Les Chatons ont manifestement beaucoup d’idées, mais toutes ne semblent pas avoir reçu le même traitement au moment de devenir des chansons. Musicalement irréprochables, les pièces originales du groupe sont énergiques et techniquement impressionnantes, à défaut d’être très drôles ou très accrocheuses. Vous l’aurez deviné, la seule qui nous reste en tête est ladite reprise de Marie-Mai.

Il serait toutefois bien injuste de reprocher au groupe de ne pas être autre chose que ce qu’il revendique. Les Chatons ne prétendent pas révolutionner le métal ni réinventer l’humour québécois. Ils veulent manifestement s’amuser, garrocher quelques gros riffs et raconter des niaiseries entre deux ronrons. Mission accomplie, sans doute. Aussi, ce qui ne me fait pas rire va peut-être faire rire aux éclats quelqu’un d’autre, ça, c’est un fait. Mais entre « c’est sympathique » et « c’est vraiment drôle », il y a un monde et Miaou métal ne le franchit pas toujours. En d’autres mots, ne sont pas Mononc’ Serge et Anonymus qui le veut bien.

En fin de compte, Les Chatons semblent avoir beaucoup plus confiance en leur concept qu’en leur capacité à faire décrocher des dentiers. Les riffs sont bien présents, mais les éclats de rire sont parfois plus difficiles à attraper. Bref, chacun son sucre d’orge et c’est peut-être le tien! Reste que je suis bien curieux de les voir livrer ces performances sur scène parce qu’au niveau de l’exécution, ils semblent irréprochables. Ça tombe bien, ça se donne au Piranha Bar ce vendredi 14 août (la mi-août, bien sûr).

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