Critique : Fever Ray - Plunge - Le Canal Auditif

Critique : Fever Ray – Plunge

En 2009, Karin Dreijer Andersson a lancé un premier album sous le pseudonyme de Fever Ray. La moitié du groupe The Knife avait composé la musique alors que la formation était en pause. Rapidement, un engouement s’est formé autour du projet, plusieurs chansons se retrouvant dans des émissions télévisuelles et des films. Une scène magnifique de Les amours imaginaires de Xavier Dolan était rythmée par Keep the Streets Empty for Me tout comme If I Had a Heart dans Lawrence Anyways. Le style minimaliste de Fever Ray se collant à merveille à la cinématographie.

En surprise, Andersson a lancé Plunge, son deuxième album, le vendredi 27 octobre. Celui-ci arrive une semaine après la sortie du simple To the Moon and Back. On retrouve sur Plunge des trames minimalistes comme sur le précédent. Par contre, c’est plus rythmé et un peu plus fourni. On retrouve moins de trames qui se rapprochent de la transe, troquées pour des mélodies pop. Celles-ci ne sont pas pour autant anodines. Fever Ray transcende la pop pour faire un objet d’art plus obscur et campé dans des zones grises où tout est permis.

Les textes sont une fois de plus tournés en majorité vers les relations amoureuses et intimes. Andersson conserve l’ambiguïté des genres qu’on retrouve chez The Knife. Le climax de la chanson To the Moon and Back est un bon exemple avec ses paroles crues :

First I take you then you take me
Breathe some life into a fantasy
Your lips, warm and fuzzy
I want to ram my fingers up your pussy
— To the Moon and Back

Musicalement, Fever Ray continue de s’aventurer dans des zones marginales où le staccato occupe une grande place. Dès les premières notes Wanna Sip qui ouvre l’album, on retrouve ces rythmes hachurés si caractéristiques du projet. Certaines pièces retombent un peu dans l’univers sonore du précédent opus, notamment la lente et progressive Falling. Andersson trouve constamment des manières de chanter qui installe un effet d’étrangeté. En variant sa voix et ses intonations, on a l’impression d’écouter un spectre légèrement inquiétant.

Lorsqu’il est question de chansons qui se collent un plus à de la pop, on compte A Part of Us qui est mélodieuse à souhait. Encore une fois, on ne parle pas d’une pop pure. Ce ne sont que les mélodies qui le sont. Un peu à la manière de Grimes sur Visions. Red Trails pour sa part offre une tournure originale au son de Fever Ray. L’air est facile d’approche alors que musicalement, une boîte de rythme et un violon font le travail. C’est totalement convaincant.

Fever Ray a peut-être mis 8 ans à lancer un nouvel album, mais elle réussit sa rentrée. Non seulement, elle conserve les aspects qu’on aimait du premier album, mais elle pousse plus loin la facture en essayant de nouvelles avenues. C’est fait avec bon goût et audace. C’est un album qui mérite le détour.

Ma note: 8/10

Fever Ray
Plunge
Mute Records
48 minutes

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