Critique : Depeche Mode - Spirit - Le Canal Auditif

Critique : Depeche Mode – Spirit

Le groupe britannique Depeche Mode fait partie de l’évolution de la musique électronique depuis bientôt quarante ans avec ses quatorze albums studio ainsi qu’une quantité indécente de simples, de best-of, de vidéoclips et d’albums live. Leurs débuts synthpop des années 80 n’auraient sans doute pas survécu à la vague grunge des années 90 sans l’influence d’éléments blues, country, folk et rock ajoutés à leurs fondations électroniques. Le départ d’Alan Wilder allait accélérer cette transition en laissant Martin Gore seul aux commandes des albums subséquents, confiant la production entière au réalisateur, tout cela pour le meilleur et pour le moins bon (DM ne fait pas de pire).

Après l’implosion annulée du groupe à la mi-90s, le quatuor devenu trio nous offrait Ultra (1997), une sorte de prière satirique en remerciement au fait d’avoir survécu à leur égo. Il faudra Exciter (2001) et Mark Bell (producteur de Björk) pour ramener DM au sommet de leur forme, au point de se démarquer du point de vue de l’audiophile. La trilogie de Playing the Angel (2005), Sounds of the Universe (2009) et Delta Machine (2013), produits par Ben Hillier, avaient une première moitié d’album très solide, mais se dégonflaient généralement à mi-chemin en suite de contes pour s’endormir. Le trio était de retour en mars dernier avec leur quatorzième album, intitulé Spirit (2017), avec James Ford (Simian Mobile Disco) à la production, de la politique dans les textes et une approche musicale quelque part entre Construction Time Again et Ultra.

Going Backwards ouvre en forme de Personal Jesus au ralenti, excellente jusqu’à ce que le texte darwinien un peu moralisateur prenne le dessus. On ressent un mélange de malaise et d’excitation de type « j’écoute le nouvel album de DM. Where’s The Revolution démarre l’album pour vrai avec un rythme alourdi, Gahan clame avec plus de conviction, les harmonies vocales en deuxième partie jouent à un niveau d’hymne rassembleur. The Worst Crime marque (déjà) une première pause, plus lente, avec une guitare rockabilly qui accompagne bien la trame dramatique. Scum joue sur les contretemps avec sa forme hip-hop et Gahan qui fait de l’attitude comme s’il venait de la rue; très bien joué même s’il n’est pas fâché pour vrai.

You Move ressuscite le DM sensuel à la rythmique qui fait déhancher le bassin de façon suggestive, avec un homme de 55 ans qui chante «I like the way you move for me tonight»; pas le même genre de sexy que sur Songs of Faith and Devotion. Cover Me nous fait oublier ça avec une atmosphère planante dont la deuxième moitié fait évoluer le rythme avec ingéniosité. On retrouve la complainte de Gore (un thème récurrent) sur Eternal, accompagné d’une trame à la teinte circassienne et au clown triste; très cute. Le rockabilly revient sur Poison Heart, version chanson d’amour des années 50, avec Gore en accompagnement vocal.

So Much Love nous ramène au post-punk, au rythme industriel et au refrain en chœur, simple et efficace. Poorman fait penser à un « work song » de bluesman, avec un clin d’œil à un album sur le temps de la construction (encore). La balade de stade No More (This Is The Last Time) revisite le passage de DM du côté obscur du synthpop et sonne comme un last call de soirée au Passeport. Gore conclut tout en trémolo sur Fail, fidèle à sa poésie teintée de mélancolie.

Quand ça fait trente ans que tu écoutes un groupe, il y a un niveau d’appréciation qui n’a pas le choix de se rendre jusque dans les plus petits détails de chaque pièce, de chaque album. DM conserve ce souci du détail sur Spirit, et bien que le mixage n’accote pas Exciter, c’est probablement l’album le plus homogène et équilibré depuis, avec une deuxième moitié qui réveille les sens au lieu de les endormir.

Ma note: 7/10

Depeche Mode
Spirit
Columbia Records
50 minutes

http://www.depechemode.com

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