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SXSW 2015: Jours 3, 4 et 5

sxsw-2015Après deux premières journées bien remplies, je venais d’atteindre mon «groove de festival». Autrement dit, c’est le moment où l’alcool ne fait plus vraiment effet, car elle a remplacé le sang dans les veines et le manque de sommeil sitedemo.cauit l’adrénaline et compense. Cela permet de voir spectacle sur spectacle sans jamais défaillir. Mon premier de jeudi dernier me menait à des visages familiers: Milk & Bone. Comme j’avais manqué le lancement fort couru des deux demoiselles à Montréal, je me suis rattrapé à Austin pour goûter à leur pop sensuelle.

Lafond-Beaulne et Poliquin ont prouvé que leurs harmonies vocales sont tout aussi efficaces en concert qu’en version album. Elles ont interprété les pièces de Little Mourning avec aplomb dont l’excellente New York. Puis, je me suis dirigé au Mohawk, toujours hanté par l’attente d’une heure subie la veille, pour attraper Waxahatchee dans le cadre d’une vitrine parrainée par Pitchfork. Katie Crutchfield a interprété un mélange bien efficace de pièces provenant du premier album et de celles qui sont à venir le 7 avril prochain.

Toujours sur la «go», je me suis rendu au Fader Fort pour attraper le groupe canadien Badbadnotgood qui offrait une performance avec Ghostface Killah. Le mélange fort réussi de jazz et de hip-hop de la bande était tout aussi délicieux en «vrai». De plus, Raekwon est venu prêter main-forte sur quelques morceaux au grand plaisir de la foule. J’ai ensuite traversé au Hype Hotel pour tomber sur le préféré du Canal Auditif: Twin Shadow! Lewis Jr. a offert les pièces de ses deux derniers albums au public qui se déhanchait. Il faut dire qu’il donne un bon spectacle. Les fans du genre auraient sans doute adoré. Pour me rincer les oreilles, j’avais l’intention d’aller assister à spectacle du groupe de Nate Mendel: Lieutenant. Avec un album à son actif, mais seulement un spectacle avant celui auquel j’ai assisté, on sentait Mendel et sa bande un peu nerveux sur scène. Tous des musiciens d’expérience, ceux-ci n’ont pas offert une prestation catastrophique, mais clairement, un peu de rodage ne leur feront pas de tort!

Je me suis par la suite dirigé (oui, mes pieds souffraient) vers le Cedar Street Courtyard où m’attendait le groupe anglais The Vaccines et les natifs de Calgary, Viet Cong. Les premiers ont offert une performance honnête, bien que ce genre de punk bon enfant me laisse un peu de marbre. Par contre, les deuxièmes, eux, ne me laissent pas du tout froid. Malgré un son moyen, les Canadiens ont donné une bonne performance surtout que leur batteur avait un bras dans le plâtre. Oui, oui, un batteur à un seul bras. Et avec 7 ou 8 vitrines pendant la semaine, je crois qu’on peut lui remettre l’étoile du parfait soldat. C’est ce qu’on appelle de la détermination. Pour l’occasion, un deuxième batteur avait rejoint le groupe et aidait à pallier certaines lacunes du «manchot».

Je me suis ensuite dirigé vers le Cheer Up Charlie’s pour attraper Alvvays que j’avais loupé la veille ainsi que The Dodos et Deerhoof. Une programmation digne de ce nom. Encore une fois, la file d’attente m’a empêché de pénétrer à temps pour attraper le spectacle de la formation canadienne. Mais, pour voir le verre à moitié plein, j’ai pu mettre les pieds à l’intérieur pour la dernière pièce… c’est toujours bien ça de pris. S’ensuivit le duo The Dodos avec leur pop décalée aspergée allègrement de distorsion. Les deux jeunes hommes ont donné tout un spectacle et les spectateurs semblaient unanimement emballés. Enfin, c’est Satomi Matsuzaki et sa bande qui suivaient. La chanteuse portait une petite laine pendant tout le temps de préparation, mais lorsqu’elle l’enlève, attention! Une solide performance du combo de San Francisco qui a terminé en nous traitant d’animaux et en disant que les animaux, c’est «awesome».

J’ai par la suite quitté pour le Hype Hotel où Autre Ne Veut donnait un spectacle. Le chanteur R&B a une bonne voix, mais malheureusement la faiblesse des compositions, le pathos un peu trop présent dans son interprétation et la redondance d’une pièce à l’autre m’ont convaincu d’aller me coucher.

Vendredi s’annonçait toute une journée surtout que la veille j’avais reçu une confirmation de l’acceptation de mon invitation à la vitrine parrainée par Spin aux fameux Stubb’s BBQ. Et qui commençait l’après-midi? Viet Cong… eh oui, pour une deuxième fois j’ai regardé la formation canadienne se démener sur la scène, cette fois, en version un seul batteur… toujours le «manchot» à l’oeuvre. Après que Metz m’ait une fois de plus rincé les oreilles, c’est le groupe de musique suédois Kate Boy qui a pris la scène. La chanteuse du groupe scandinave a une bonne voix, mais l’ensemble laisse un peu à désirer.

Puis, ce sont les rockers Screaming Females qui ont pris d’assaut le Stubb’s. Beaucoup plus convaincant de ce côté. Armé de bonnes pièces, on a parfois l’impression d’écouter du vieux Yeah Yeah Yeahs, ce qui est très séduisant. Un groupe qui sera de passage au Ritz P.D.B. le 8 avril prochain, un concert qui pourrait s’avérer intéressant! Faisant fi des genres, c’est Earl Sweatshirt qui a repris le flambeau. Après plusieurs minutes instrumentales, le jeune rappeur est venu livrer une quinzaine de minutes de matériel à la foule qui commençait à se douter que la pluie serait de la partie. Will Butler est venu nous faire oublier tout ça avec ses choristes/musiciennes Carrie, Sara et Julie… comment le sais-je me demandez-vous? Eh bien parce que le groupe en entier portait des chandails avec leur nom. Butler était en grande forme et n’a pas hésité à chanter debout sur le speaker pour les gens qui faisaient la file aux toilettes. Le jeune homme sait mater une foule et il l’a démontré avec habileté.

Prochains au menu? ENCORE notre Twin Shadow… mais cette fois sous la flotte… ça ne donne pas plus envie d’aimer sa musique qui rappelle vaguement Haddaway (crédit de la blague à Marc-André Mongrain de Sors-tu.ca). Mais la charmante Courtney Barnett est venue remettre le tout en ordre avec son pop-rock bien efficace. Pas totalement propre la Barnett, elle fait parfois penser à une Sheryl Crow, mais en pas mal plus trash. Un spectacle qui a confirmé pourquoi tout le monde tripe sur elle. Le coup de grâce a été donné gracieuseté de Run The Jewels. C’est avec une épaule amochée que Killer Mike et son comparse El-P ont soulevé la foule au Stubb’s. L’album est solide, la performance l’est tout autant. Mélangeant bien des chansons du dernier disque et quelques pièces du premier, le duo a atteint son paroxysme à Close Your Eyes (And Count To Fuck).

En soirée, je me suis dirigé vers le Maggie Mae’s où les Canadiens (pas l’équipe, le monde) étaient à l’oeuvre. Needs, groupe de Vancouver qui s’apprête à lancer son premier album a fait sensation avec son punk abrasif. Le chanteur Sean Orr est toute une bête de scène, se laissant couler un crachat dans la barbe, poussant les spectateurs, se faisant lui-même un «wedgie»… vraiment toute une bête de scène! Mais c’est à la vitrine de POP Montréal que la découverte fut à l’honneur. Kate Tempest, jeune Anglaise qui fait un rap positif est tout simplement sublime. Non seulement dotée d’une habile plume, la jeune femme contrôle la scène d’une main de maître. Un très bon coup de POP Montréal.

Puis, un moment que j’attendais avec impatience arrivait à échéance. J’allais avoir la chance de voir Speedy Ortiz et Failure! À la vitrine Yahoo! C’est d’abord sur Creepoid que je suis tombé. Le groupe fait un rock bruyant et mélancolique qui ne manque pas de bonnes mélodies. Puis, Speedy Ortiz a entamé avec American Horror tiré de leur maxi Real Hair. D’ailleurs, ils ont mélangé les pièces de leur EP, de leur album précédent et deux de Foil Dear à paraître le mois prochain. Une prestation tout à fait délectable. Mais bon… Failure! Le groupe a assuré à la hauteur de leur réputation en jouant neuf pièces de Fantastic Planet, quatre de Magnified et une qui ouvrira leur prochain album! Du gros bonbon pour les fans. Et croyez-moi, j’ai fait aller allègrement ma tête sur les rythmes des Américains sauf pendant The Nurse Who Loved Me… puisque je versais une larme. Un concert de très haute qualité.

Samedi était la journée la plus faible sur papier… et elle l’a été tout autant en réalité. En après-midi, j’ai attrapé Girlpool qui avait lancé un maxi très intéressant l’année passée. Malheureusement, le manque d’expérience fait mal au duo féminin. Bien que les pièces soient bien interprétées, c’est entre celles-ci que ça fait mal. Elles se parlent entre elles, mais jamais à la foule et ça prend une éternité. Mais bon, mettons le tout sur le compte de la jeunesse. Puis, Alex G qui est un genre de Mac Demarco, mais vraiment moins intéressant et beaucoup plus conventionnel… c’est un peu faible. Par la suite, c’est Kevin Gates qui a offert un bon concert de rap classique bien que le jeune homme soit un peu plus «lover» dans son approche. Il parle ouvertement de ses problèmes de dépression; une façon de rappeler que c’est un problème important.

Puis, le premier «invité spécial» du Fader Fort: roulement de tambour… Porter Robinson. Non pas qu’il soit mauvais, mais vraiment? Un invité spécial? C’est un peu créer une grande attente autour de… rien. Mais bon, reste que Robinson a offert une bonne performance électro. Puis, Timbaland est débarqué pour lancer quelques pièces de son répertoire avant d’introduire Tink. Celle-ci a offert une présentation honnête, mais certainement pas aussi marquante que ce que son mentor semblait lui prédire. Tink sera tout de même à suivre dans le futur.

Finalement, Hudson Mohawke a pris la scène. Bien des rumeurs courraient sur la présence d’un invité spécial après Mohawke. Celui-ci étant signé sur le label de Kanye West et le fait que ce dernier était supposément sur les lieux alimentait la machine à rumeur. Finalement, c’est Travi$ Scott et Twista qui ont fait des apparitions pendant une vitrine un peu étirée de Mohawke. La déception se lisait sur plusieurs visages à la sortie. J’ai terminé mon SXSW avec Tei Shi au Hype Hotel; un baume sur mon après-midi plutôt décevant. La jeune femme est franchement douée, faisant parfois penser à Grimes, mais en moins «orientale» dans ses influences. Son maxi sera réédité en avril et mérite votre attention.

Et maintenant retour à Montréal, entre mon coup de soleil intense et mon escale ratée à Houston qui m’a obligé de demeurer une nuit de plus en terre américaine… c’est le retour à la neige… le soleil me manque déjà. Austin, on se revoit l’année prochaine!

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